Affaire Lambert : pour la mort ou la vie il faudra attendre samedi

Euthanasie médiatisée,  euthanasie judiciarisée. Les tréteaux et les micros se sont déplacés jusqu’à Châlons-en-Champagne.

Le tribunal administratif  va rendre son verdict. Il devait le faire hier. Il devait le faire aujourd’hui. Ce ne sera pas le cas. La France attendra jusqu’à samedi (1)

Ce n’est pas la place de Grève bien sûr. C’est la démocratie in live. C’est aussi une forme moderne, médiatique, la non-séparation des pouvoirs.  

Malaise.

Hier mercredi 15 janvier Jean-Jacques Louis, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne  a expliqué que  le « caractère inhabituel » de l’affaire réclamait « une formation collégiale et élargie ». Il faudra donc neuf magistrats au lieu d’un seul pour une « requête en référé liberté visant à suspendre une décision médicale d’arrêt de traitement ». La justice sait prendre des gants.

Dr Eric Kariger

Toute la France a appris à connaître l’affaire : Vincent Lambert, tétraplégique de 37 ans est tenu pour être « en état de conscience minimale »  – ou en état « pauci-relationnel ».  La France sait que sa vie  est au centre d’un conflit familial qui n’a que trop duré. Neuf mois dit-on. D’un côté les parents et leurs avocats (parmi eux Jérôme Triomphe dont la presse nous rappelle « qu’il a défendu les manifestants de La Manif pour tous ». Avec eux  une sœur et un demi-frère, ainsi que deux médecins. Ils souhaitent également  le maintien en vie de Vincent.

De l’autre quatre avocats et leurs clients. Dont le Dr Eric Kariger, qui a pris la décision d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de son patient. Il y a aussi l’épouse et un neveu. Ils partagent ce choix. Le Monde nous dit que des membres de l’équipe soignante sont venus apporter leur soutien. Il nous dit encore que « la rapporteure publique retoque l’un après l’autre les arguments de la requête ». Comprendre que la loi Leonetti peut s’appliquer au cas de Vincent Lambert. Et que la procédure collégiale mise en place pour décider de sa mort n’est pas entachée d’irrégularités.

Me Triomphe

Question centrale : y-a-t-il ici  « obstination thérapeutique déraisonnable » ? Une partie invite le tribunal à suspendre la décision d’arrêt des traitements. Me Jérôme Triomphe : « C’est la première fois depuis 1981 qu’un avocat doit plaider pour un condamné à mort. »  Pour les avocats des parents Vincent Lambert n’est pas mourant. Il n’est pas malade non plus. Il est handicapé. Pour l’avocate de l’hôpital ses confrères ne connaissent pas la loi. Elle les accuse presque de faire acte de propagande. La parole est libre.

Dr Jean Leonetti

Elle est libre aussi pour les politiques. Ce qui ne va pas sans poser quelques petits problèmes. Comme lorsque le député (UMP) médecin cardiologue par ailleurs rapporteur de la loi qui porte son nom –Jean Leonetti– dit dans les médias l’interprétation qu’il faut ici en faire. Comme on peut le voir ici. Ce qui ne manque pas d’interroger sur la séparation des pouvoirs – voire des savoirs. « Son cas [celui de Vincent Lambert] relève de la loi actuelle sur la fin de vie et les droits des malades, explique-t-il au Figaro (article payant). Le chapitre sur l’acharnement thérapeutique dit bien que l’on peut interrompre les traitements qui apparaissent comme disproportionnés et dont seul le but est le maintien artificiel de la vie. »

 Le juge Jean-Jacques Louis

Le Monde : « Avant de clore l’audience, le juge avait rappelé que le tribunal ne porterait de jugement ni sur les comportements ni sur les convictions morales et éthiques, mais uniquement sur l’application de la loi Leonetti. Pas seulement d’un point de vue juridique cependant : ‘’Notre ordonnance initiera une jurisprudence, prévient-il. A mon sens, nous serons le premier tribunal à devoir trouver un sens opérationnel à cette loi.’’ »

C’est la vieille question du contrôle des médecins qui est ici une nouvelle fois posée. Blouses noires versus blouses blanches. Le toute face aux caméras démocratiques. Le président  Jean-Jacques Louis a estimé impossible que l’ordonnance soit rendue dans l’après-midi du mercredi comme le délai de quarante-huit heures l’imposait. La justice sait prendre son temps. .

 

(1) Peu après midi Le tribunal administratif de Chalons-en-Champagne a  annoncé sa décision de suspendre la décision des médecins d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de leur patient. Et donc de donner gain de cause à ses parents.   On annonce déjà que le CHU, le neveu de Vincent Lambert et son épouse vont déposer un recours auprès du Conseil d’Etat. Celui-ci devra rendre sa décision dans les 48 heures.

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