Tabac et E-cigarette : la HAS est à l’ouest

Bonjour

Euphémisme – AFP : la Haute Autorité de Santé (HAS) « ne déconseille pas l’utilisation de la e-cigarette ». Il est question de  sevrage tabagique et de recommandation. Autre traduction (Le Figaro) : « l’e-cigarette tolérée ». Attention, la HAS s’adresse ici non pas aux fumeurs mais aux médecins prescripteurs. Elle leur dit de « tolérer » (de « ne pas déconseiller  ») un objet en vente libre acheté par plus d’un million de personnes en France. Un objet permettant d’inhaler de la vapeur nicotinée – un objet auquel ne font d’ailleurs plus barrage un nombre croissant de médecins éclairés.

Pinçage et sevrage

Pour un peu, face à de telles recommandations et au vu de l’ampleur du sujet, on se pincerait. Comme on ne peut que se pincer en découvrant l’immobilisme absolu de la HAS sur les conditions de prise en charge du sevrage.  Tout est là.

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient (qui l’auraient oublié) la Haute Autorité de Santé est une structure d’importance dans la machinerie sanitaire nationale. Elle s’est dotée d’une noble devise « Contribuer à la régulation par la qualité et l’efficience ».C’est une « autorité publique indépendante à caractère scientifique dotée de la personnalité morale ». Elle évalue (d’un point de vue médical et économique) « les produits, actes, prestation et technologies de santé en vue de leur admission au remboursement ». C’est dire, en amont du politique et de l’Assurance maladie, le poids de cet organisme. Une institition que certains continue à percevoir comme une usine à gaz

Dix ans déjà.

Cette usine fêtera ses dix ans en août prochain. Son budget de fonctionnement dépasse les 60 M€, elle emploie plus de 400 agents  et a recours à l’expertise de myriades d’experts. Ce qui l’a conduit à traiter avec le plus grand soin les questions de  déontologie et de gestion des conflits d’intérêt.

Arrêter de fumer ? La HAS recommande aux médecins de prescrire les substituts nicotiniques classiques actuellement sur le marché (patchs, gommes à mâcher, pastilles, spray buccal)  et qui ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. Prescrire ces traitements substitutifs médicamenteux et ne pas laisser  au patient la liberté d’user de l’e-cigarette.

Impossible actuellement

Pourquoi ?  La HAS répond clairement : « en raison de l’insuffisance de données sur la preuve de leur efficacité et de leur innocuité, il n’est pas actuellement possible de recommander les cigarettes électroniques dans le sevrage tabagique ou la réduction du tabagisme».

Mais rien n’est simple avec l’addiction-inhalation. Les médecins doivent savoir qu’ils ne doivent « pas déconseiller »  l’usage de la e-cigarette  chez un fumeur refusant les substituts nicotiniques classiques. Pourquoi ?  La HAS répond clairement : parce que  « les cigarettes électroniques sont supposées être moins dangereuses que le tabac ». On appréciera ici la dentelle précautionneuse. Cette e-cig, si e-cig il doit y avoir, « doit s’inscrire dans une stratégie d’arrêt ou de réduction du tabac avec accompagnement psychologique».

Raison garder

« L’avis de la HAS était très attendu alors que la cigarette électronique est devenue un véritable phénomène de société puisque près d’un Français sur cinq affirme l’avoir déjà testée, selon un récent sondage IPSOS » observe l’AFP.  Qui ajoute qu’elle échappe à la fois à la réglementation sur les médicaments et aux contrôles applicables

Pour la HAS il faut savoir raison garder : les médecins doivent selon elle se borner aux traitements nicotiniques de substitution en première intention. Mieux : les combiner en associant un timbre transdermique et des gommes à mâcher. Pour le plaisir et la curiosité on verra ici ce que doit faire  un médecin recevant un fumeur exprimant le souhait de sortir de son esclavage goudronné et nicotiné : « recommandation de bonne pratique- parcours du combattant ».

Un quinquennat et demi

Mais les recommandations de la HAS ne s’adressent pas qu’aux troupes de première ligne. Certaines sont à destination de l’Etat Major. Au gouvernement il est ainsi suggéré de prendre les mesures qui s’imposent pour aller progressivement vers « la  couverture totale de la prise en charge de l’arrêt du tabagisme pour tous les fumeurs ». On lira ici ce que qu’écrivait, sur le même sujet, la HAS en janvier 2007.

Sept ans et un quinquennat et demi plus tard rien n’a changé : un assuré social qui veut cesser de fumer doit payer sa tentative de levée d’écrou. Même s’il souffre d’un cancer dû au tabac (1).

La HAS suggère encore au gouvernement de prévoir que « tous les professionnels de santé et notamment les médecins généralistes soient formés ». Suggère, enfin, « de mettre en place des études sur l’innocuité et l’efficacité dans le cadre du sevrage tabagique des cigarettes électroniques et des nouvelles formes de tabac ou de nicotine qui pourraient apparaître sur le marché ».

Chef des armées

Où l’on voit par là qu’il manque encore quelques boutons de guêtre avant la prochaine offensive annoncée de Big Tobacco contre la Révolutions des Volutes – tandis que la division de l’INPES annonce le lancement d’un dirigeable d’observation. Sans oublier le récent cri d’alarme lancé sur RTL par le soldat Apathie découvrant dans Le Parisien les fissures du Quartier Général. On attend désormais le discours sur le cancer du chef des armées. Ce sera le 4 février. En fin de matinée. A la Maison de la Mutualité. Chaque année près de 80 000 morts prématurées.

A demain.

(1) Soyons précis :

L’Assurance Maladie vous accompagne dans l’arrêt du tabac. Elle prend en charge, sur prescription médicale établie par un médecin ou une sage-femme, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhalateur… ) à hauteur de 50 € par année civile et par bénéficiaire. Pour les femmes enceintes, ce montant est porté à 150 € à compter du 1erseptembre 2011.

Quelles sont les conditions ?

Pour bénéficier de cette prise en charge, les substituts nicotiniques doivent figurer sur la liste des substituts nicotiniques remboursables par l’Assurance Maladie (voir la liste disponible ci-dessous en téléchargement).
Ils doivent être prescrits par un médecin ou une sage-femme sur une ordonnance consacrée exclusivement à ces produits ; aucun autre traitement ne doit figurer sur cette ordonnance.

En pratique

Votre pharmacien vous délivrera les substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhalateur…) qui vous ont été prescrits. Vous devrez les lui régler directement, la dispense d’avance des frais (tiers-payant) n’étant pas prévue dans le cadre de ce dispositif.
À noter que vous n’êtes pas obligé d’acheter en une seule fois le traitement qui vous a été prescrit ; vous pouvez échelonner vos achats.

Pour que vous soyez remboursé, votre pharmacien :

  • transmet directement, via votre carte Vitale, une feuille de soins électronique à votre caisse d’Assurance Maladie,
  • ou, à défaut, vous délivre une feuille de soins papier que vous enverrez vous-même à votre caisse d’Assurance Maladie.

À noter que les substituts nicotiniques peuvent éventuellement être pris en charge par votre mutuelle ou votre assurance complémentaire santé, si le contrat que vous avez souscrit le prévoit. Renseignez-vous auprès d’elle.

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