Evènement : la e-cigarette fait la nique aux substituts nicotiniques

Bonjour,

C’est un évènement. Et il est de taille. On connaissait le développement contagieux de la cigarette électronique. Voici désormais que ce phénomène se double d’un autre ; la chute des ventes des traitements dits de substitution nicotinique. Evènement considérable en ce qu’il apporte les premiers éléments d’une démonstration inédite dans l’histoire de l’addiction.

Osons une image, empruntée à notre confrère Dominique Dupagne  – lors d’un précédent combat. C’est, toute proportion gardée comme si une part croissante des malades alcooliques se tournait spontanément vers la bière sans alcool – et si ces derniers décidaient, spontanément encore, de faire collectivement  une croix sur les médications (assez peu efficaces mais remboursées) habituellement prescrites pour tenter de lutter contre cette méchante addiction.

Imageons. Des débits spécialisés de bière sans alcool s’ouvriraient dans les villes. Des barmaids souriantes et en tenue y  expliqueraient comment user au mieux des « bag in box », vanteraient les mérites respectifs des houblons et des malts, ceux de l’ambre et de la moustille. On imagine aisément la tête des patrons de bar et celle des agents de la gabelle. Quelques réactions violentes seraient à attendre. Mais nous allons trop vite en besogne.

Niquitin

Pour l’heure l’affaire est rapportée ainsi. « Depuis l’essor fulgurant de la cigarette électronique, les ventes de patchs, gommes et comprimés à sucer sont en chute libre en France comme dans les autres pays européens. « C’est carrément un décrochage depuis la rentrée de septembre », constate Sophie Ragot, responsable marketing OTC et dermatologie pour le laboratoire GSK qui commercialise produits Niquitin. »

Mme Ragot  s’exprime dans le magazine Challenges  (Laure-Emmanuelle Husson). Et l’affaire est reprise dans lemondedutabac.com, le site qui comprend les buralistes.

Explosion

 Challenges : « D’après les derniers chiffres connus, le marché des substituts nicotiniques en France aurait ainsi baissé de 6,6% en 2013 pour repasser pour la 1èrefois depuis 2010 sous la barre des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires (99,2 millions d’euros exactement). « Si on regarde uniquement le dernier trimestre, les chiffres sont encore plus mauvais. La baisse atteint 17%, et même 35% pour les patchs », détaille Sophie Ragot.

Dans le même temps, la consommation de cigarettes électroniques a explosé. D’après un récent décompte du Collectif des acteurs de la cigarette électronique (CACE), 2 millions de Français vapotent régulièrement. Ce marché, qui était quasiment inexistant en 2009, pèserait aujourd’hui près de 100 millions d’euros, soit autant que le marché des substituts nicotiniques. »

Bref, la  cigarette électronique fait la nique (1) aux substituts nicotiniques.

Tout le monde demandera s’il y a, ici,  un lien de causalité. Et une fois de plus nous sommes ici confrontés à l’incurie des autorités sanitaires française qui n’ont pas vu (se refusent à voir) l’ampleur et l’importance de ce phénomène majeur de santé publique. Faute de référentiel officiel, d’études épidémiologiques et économiques, d’enquête sociologiques, toutes les interprétations sont possibles.

Souffrances des patches

« En l’absence d’étude sur le sujet, les avis divergent, observe Challenges. Pour Arnaud Dumas de Rauly, le secrétaire adjoint du CACE, « les fumeurs ont la possibilité d’arrêter voir de diminuer leur consommation de tabac grâce à la e-cigarette » mais il rappelle que « ce n’est pas un substitut nicotinique. » Par contre, pour Sophie Ragot, les doutes sont peu nombreux. « Les patchs ont souffert sérieusement à partir de l’été 2013, justement lorsque les points de vente de cigarettes électroniques ont commencé à se multiplier en France ».

Découragement

Les fumeurs désireux d’arrêter de fumer seraient découragés par le traitement à suivre pour arrêter le tabac avec des substituts nicotiniques classiques. En effet, il faut compter au moins trois à six mois de traitement et consulter un médecin pour connaître sa dose optimale de nicotine et ainsi optimiser ses chances de succès, contrairement à la cigarette électronique où chacun peut en acheter comme il l’entend. »

Lobbying

Challenges oublie de mentionner que le fumeur qui veut sortir de son esclavage goudronné et nicotiné doit payer de sa poche les substituts nicotiniques qui luis ont prescrits par un médecin.Ce magazine (groupe Perdriel)  proche des milieux économiques nous dit aussi que les laboratoires qui commercialisent des substituts nicotiniques (GSK, Pierre Fabre, Johnson&Johnson) estiment que leurs perspectives économiques sont on ne peut plus sombres. Ils prévoient une baisse à deux chiffres du marché des substituts nicotiniques pour 2014, avant une stagnation en 2015. « Le plus difficile c’est que l’on ne sait pas encore vraiment comment agir par rapport à ce phénomène de société. On ne connait pas bien les pratiques autour de la e-cigarette », souligne  Sophie Ragot. A qui la faute ?

GSK, Pierre Fabre, Johnson&Johnson s’y connaissent assez bien en matière de lobbying. Pourquoi n’œuvrent-ils pas (en secret auprès du gouvernement) pour obtenir le remboursement intégral de leurs substituts ? L’heure semble venue.

(A demain)

(1) Cette expression ne doit pas choquer nos lecteurs. Littré (qui ne se trompe jamais) accepte nique. Il est seulement usité dans la locution  « faire la nique à quelqu’un ». Ce qui signifie « lui témoigner moquerie et mépris par un certain signe de tête ».

« On le rapporte d’ordinaire à l’allemand nicken, faire un signe de tête ; mais Scheler recommande de préférence le hollandais nuk, suéd. nyck, danois nykke, malice, méchanceté. Toutefois ce qui paraît donner l’avantage à la première étymologie, c’est qu’on trouve le verbe niquer avec le sens de branler la tête. »

Niquer

Littré fait aussi mention de « La mère Nique ». Attention, pas de confusion : c’est sorte de démon, d’après une superstition populaire (Normandie, Laigle). Quant à niquer, en vogue depuis longtemps chez les adolescents, il renvoie à escroquer, abuser, voire même à s’unir sexuellement (s’accoupler).  A distinguer de pique-nique (connu depuis 1740) : « repas de plaisir où chacun paye son écot, et qui se fait soit en payant sa quote-part d’une dépense de plaisir, soit en apportant chacun son plat dans la maison où l’on se réunit ». (Angl. pick nick, pique-nique, de to pick, saisir, prendre, et nick, point, instant. Cette étymologie dispense de toutes les étymologies qui ont été faites sur pique-nique).

Pour finir, un proverbe, devenu obsolète : « Les mots terminés en ique (paralytique, hydropique etc.) font aux médecins la nique ».

2 réflexions sur “Evènement : la e-cigarette fait la nique aux substituts nicotiniques

  1. C’est une réalité : depuis la fin de l’année 2013, les rendez-vous pour aide au sevrage tabagique suivent la même pente descendante que la vente de cigarettes.
    Je le constate à Lyon, dans un CSAPA et au Centre Léon Bérard ; de plus, la question de la e-cigarette est systématiquement abordée par nos patients, qui l’ont parfois déjà essayée.
    Ce qui pose problème, c’est la poursuite de la cigarette classique avec la e-cigarette : pas de bénéfice pour la santé.

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