Affaire Vincent Lambert : Marisol Touraine sommée de s’exprimer

Bonsoir

C’est un rebondissement dans une affaire sans précédent qui n’en manque guère. Six membres de la famille de Vincent Lambert viennent de prendre la parole sur le site lemonde.fr (1). Ils demandent solennellement à Marisol Touraine, ministre de la Santé d’œuvrer pour que le Conseil d’Etat soit saisi. Nous sommes lundi et il doit l’être avant vendredi. Plusieurs voix s’étaient prononcées en ce sens le 16 janvier dernier.

C’était peu après le jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne s’opposant à l’arrêt de la nutrition-hydratation de cet homme tétraplégique en état de conscience minimale. Depuis, rien. Une situation étonnante au vu de la montée des revendications médicales accusant les juges d’outrepasser le (leur) droit (mémoire-blog).

Place publique

Marisol Touraine avait pour sa part publiquement estimé que ce jugement plaidait en faveur de l’initiative dont le président de la République l’a chargée : tenter de trouver un consensus national préalable à la rédaction d’un projet de loi autorisant certaines fins de vie médicalisée. Contrairement à certaines assurances le CHU de Reims ne s’est pas tourné vers le Conseil d’Etat. La femme de Vincent Lambert et un neveu engagé dans la procédure non plus. Les six membres de la famille portent l’affaire sur la place publique. On peut ne pas partager leurs convictions et leur volonté. On ne peut pas ne pas les écouter. Leur propos est grave. Il ne pourra rester sans suite.

(A demain)

 

(1) Voici le texte de leur tribune

« En matière de prise d’otages, lorsque les situations s’enlisent, ce sont souvent les familles qui poussent les gouvernements à trouver des solutions ou qui agissent elles-mêmes quand cela est possible.

Aujourd’hui, avec notre frère et oncle, Vincent Lambert, c’est le pays tout entier qui est pris en otage par une frange extrême de la société représentant une minorité, très agissante comme souvent.

Le délai de quinze jours depuis le verdict de Châlons-en-Champagne prononcé le 16 janvier est très supérieur à ce qui semble être raisonnable pour décider d’un recours auprès du Conseil d’État. Pourtant rien n’a été fait, malgré la volonté unanime d’une équipe médicale dévouée qui ne peut se résoudre à laisser les choses en l’état. Cela montre que la gestion administrative d’un hôpital et la dispensation d’un service public dans le souci d’une certaine éthique sont deux choses qui peuvent être parfois contradictoires.

Cela justifie-t-il de renoncer ? Ce serait accepter que dans notre pays démocratique, des mouvements extrémistes décident de nos vies.

Si le Conseil de l’Ordre des médecins du département de la Marne a pris une position favorable sur le respect de la procédure du Dr Kariger et de son équipe, l’encourageant ainsi à tenter un recours, cela n’a pas été le cas au niveau national. Le problème est pourtant national aujourd’hui puisque personne n’est dorénavant protégé devant un acharnement thérapeutique lorsque certains membres d’une famille le décident.

Si notre ministre de la santé Marisol Touraine a assuré l’hôpital, le médecin, l’épouse de Vincent de son soutien, les encourageant aussi à faire un recours, aucun courrier n’est venu confirmer ces paroles.

La quasi totalité des analystes dans les médias ont affirmé qu’il ne pouvait pourtant en être autrement. Les Français attendent donc de savoir non pas si le recours va être décidé, mais quand il le sera…

Cette situation selon nous pose plusieurs questions : comment l’équipe médicale peut-elle en être réduite à penser maintenant que des menaces de procédure pénale puissent réellement aboutir entre les mains d’un procureur qui étudierait sérieusement cette menace ? Procédure « qui aurait des retombées sur votre carrière, vous-même et votre famille », dixit les quatre requérants… Comment a-t-on pu en arriver à un point où les membres d’une famille qui ont voulu soutenir le CHU dans cette épreuve judiciaire difficile en sont réduits, au choix, à regarder impuissants l’acharnement sur un être cher en attendant qu’une nouvelle loi soit votée pour le soulager ou à demander eux-mêmes à ce qu’une décision médicale soit respectée auprès du Conseil d’État ?

A force de ne pas vouloir dire les choses, cette loi semble inapplicable. Elle autorise une injection létale de calmants (et seulement de calmants) sans intention de donner la mort (sic). Elle demande à ce que soient prévenus (y compris oralement) les membres d’une famille, sans définir ce qu’est la famille, et à défaut, un proche.

Elle propose également de lutter contre l’acharnement thérapeutique en le définissant de façon floue. Elle demande enfin à des juges de vérifier la légalité de tout cela en 48 heures. C’est ainsi qu’on en arrive à la situation désastreuse de Vincent, qui a payé une première fois une erreur de forme, une deuxième fois la velléité de juges qui ont jugé du contenu-même de la décision.

Pour exiger de la rigueur (envoi en recommandé de l’information à la famille, contrôle en amont par une commission indépendante par exemple), il faudrait préciser la réalité : oui, il s’agit bien de soulager des souffrances, jusqu’à la mort quand c’est le souhait de la personne et la dernière et seule solution qu’il lui reste. Vincent ne peut toujours rien dire, et il ne le pourra plus jamais. Pour cela, il paie un prix que nous ne souhaitons à personne.

Cette tribune n’a d’autre but que de demander instamment à Madame Marisol Touraine, à toutes les institutions compétentes, aux médecins, aux intellectuels que ce verdict effraient, de se prononcer par écrit, clairement, et de façon urgente, auprès de Monsieur le Directeur Général du CHU de Reims en faveur d’un recours. Faute de quoi, Vincent – mais aussi toutes les personnes pouvant un jour se retrouver dans sa situation – risque fort de devoir continuer à vivre dans la souffrance et le déni de sa volonté clairement exprimée par oral : Vincent n’anticipait pas cette situation au point d’écrire ses directives, comme 98 % de la population française.

Ce texte est cosigné par Marie Lambert (sœur de Vincent Lambert), Joseph Lambert (frère de Vincent Lambert), Marie Geneviève Lambert (demi-sœur de Vincent Lambert), François Lambert (neveu de Vincent Lambert), Guy Noël Philippon (demi-frère de Vincent Lambert) et Frédéric Philippon (demi-frère de Vincent Lambert).

 

 

 

Une réflexion sur “Affaire Vincent Lambert : Marisol Touraine sommée de s’exprimer

  1. Je suis en désaccord, lorsque vous écrivez : « On peut ne pas partager leurs convictions et leur volonté. On ne peut pas ne pas les écouter ». Les deux premières phrases parlent de « prise d’otage » (à deux reprises !) et de « frange extrême de la société » qui « représente une minorité ».
    Où sont les mitrailleuses ? Où est le cachot ?
    Qui est cette minorité qui a élu les ministres, les juges, les comités d’éthique, au mépris de ce que pense la « majorité » (dont je suppose cette famille considère être l’incarnation légitime) ??
    La communication est un métier. Détourner les compétences de ce métier pour parvenir à ses buts personnels au mépris d’une éthique de la communication est méprisable, comme le sont ceux qui détournent la médecine de ses buts.
    Alors si, il y a des gens que je ne peux pas écouter. Lorsque j’entends un chanteur qui chante faux, je coupe le son. Lorsque je lis des gens qui commencent leur discours par de la mauvaise foi, je considère qu’ils se disqualifient pour la suite de la lecture.
    Je précise qu’en ce qui me concerne, je suis athée, et n’ai aucun « préjugé » en ce qui concerne la prolongation de vie médicalement assisté et son allègement voire son arrêt.

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