Françaises jeunes – fumeuses actives – devant vivre avec un cœur infarci

Bonjour

Ce matin l’actualité est paradoxale. Plus ou moins heureuse. Elle concerne le cœur des  fumeuses. L’information qui nous occupe figure dans une communication savante faite hier 28 janvier rue Bonaparte à Paris, sous les ors de l’Académie nationale de médecine – une Académie qui résiste aux sirènes contemporaines de la parité. Communication passionnante signée de spécialistes réputés. Il y était question de l’infarctus du myocarde en France (1).

Progrès majeurs

Communication pleine d’espoir témoignant des progrès considérables qu’ont permis ces quinze dernières années  des mesures éclairées de politique de santé associées à l’application généralisée (par les médecins urgentistes et les cardiologues) de la plupart des recommandations proposées par les sociétés savantes. Communication redoutable en ce qu’elle met en lumière l’un des dégâts, croissant et méconnu,  dû à la consommation de tabac. Résumons.

Mortalité en baisse

Les maladies cardiovasculaires restent une cause majeure de mortalité. A commencer par l’infarctus du myocarde Quatre enquêtes nationales (réalisées entre 1995 et 2010) permettent d’observer  une diminution de la gravité des infarctus les plus dangereux (ceux dits « avec sus-décalage du segment ST »), ceux qui surviennent chez des personnes les plus jeunes. Le recours de plus en plus fréquent à des traitements performants (angioplastie coronaire et médicaments de prévention secondaire) a permis de faire reculer la mortalité (à un mois) de 13,7 % à 4,4 %.

Voile au tableau

Toutefois un voile au tableau. La répartition des sexes des malades varie peu mais, au sein de la population féminine, la proportion de femmes de moins de soixante ans double. Elle est passée en quinze ans de 11,8 % à 25,5 %. Et les cardiologues constatent « une augmentation très importante de la proportion de fumeuses actives, dans le groupe des femmes jeunes ». Elles étaient 37% en 1995. Elles étaient 73 % en 2010. Et aujourd’hui ? Et demain ?.

«  Le tableau optimiste doit cependant être nuancé par deux constatations principales, soulignent les auteurs de cette communication. Il y a d’abord l’augmentation de certains facteurs de risque directement liés à notre mode de vie, l’obésité et le diabète, dont on peut craindre des conséquences graves à moyen terme sur l’incidence de l’infarctus et sur son pronostic à long terme. Il y a surtout la croissance inquiétante de la population de femmes jeunes touchées par les formes graves d’infarctus. »

Les cardiologues français se veulent scientifiques donc prudents . Précautionneux ? Il est fort possible, disent-ils, que d’autres facteurs de risque puissent aussi intervenir, liés aux modifications importantes du mode de vie des femmes dans la société française au cours des dernières décennies. C’est fort possible en effet. Mais il y a, avant tout, le tabac et la physiopathologie est là pour dire ce qu’il en est tant dans le champ du cancer que dans celui du cardiovasculaire.

Cœurs de femme

« Il conviendra sans doute de mettre en œuvre des mesures spécifiques dirigées vers cette population précise » soulignent les auteurs de la communication de la rue Bonaparte. Pourquoi user du futur et du « sans doute » ? La population est précisément connue. Les mesures spécifiques le sont également. A commencer par des mesures drastiques d’informations-préventions concernant les moins de dix-huit ans qui consomment massivement un tabac qu’ils n’ont pas le droit d’acheter. A suivre par des mesures politiques et économiques de prise en charge du sevrage, comme c’est le cas au Royaume Uni.

Constat de police

En France les femmes jeunes et actives fument. Leur cœur ne le supporte pas. La collectivité devrait-elle l’accepter ? C’est une affaire majeure de santé publique. C’est une affaire éminemment politique. Les responsables politiques français de la santé auraient déjà dû être alertés sur ce sujet depuis 2012 et une publication savante dans une revue médicale réputée. Nous verrons ici ce qu’il peut en être quand le constat de police est dressé rue Bonaparte à Paris, à quelques minutes du ministère de la Santé.

(A demain)

(1) « L’infarctus du myocarde en France métropolitaine de 1995 à 2010 : évolution de la typologie des patients, de la prise en charge et du pronostic à court terme ».

Nicolas Danchin et Etienne Puymirat (Hôpital Européen-Georges Pompidou,  Université Paris Descartes, Paris), Pierre Carli (Hôpital Necker, Université Paris Descartes), Jean Ferrières (Hôpital Rangueil et Université de Toulouse) et Tabassome Simon (Hôpital Saint-Antoine et Université Pierre et Marie Curie, Paris).

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