Médicaments « anti-Alzheimer » : l’abcès qui ne parvient pas à crever

Bonjour,

Un scandale peut en cacher un autre. On le sait mais on ne comprend pas toujours pourquoi. C’est le cas avec les quatre spécialités pharmaceutiques commercialisées, prescrites  (et remboursées) contre la maladie d’Alzheimer. Environ 400 000 personnes traitées et plus de 300 millions d’euros annuels pris en charge par notre collectivité.

Toxiques

Il a été amplement démontré (puis admis) que ces médicaments sont inefficaces (efficaces de manière très fugace dans certains cas sans que l’on puisse véritablement le démontrer). Puis on a découvert que ces mêmes médicaments pouvaient être toxiques, voire hautement toxiques. On parle alors pudiquement de « mortalité plus élevée », notamment d’origine cardiovasculaire. Qui s’en inquiète ? Rappelons qu’il s’agit de personnes âgées souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Tout ceci n’a nullement été caché. La revue Prescrire a traité du sujet à échéance régulière depuis plusieurs années.  Ici et là des voix se sont levées. Pour notre part nous les avons relayées sur Slate.fr (depuis trois ans) ou sur ce blog (comme ici, il y a un an).

Méditer

Mais rien n’y faisait. Ceci devrait donner à méditer : pour quelles obscures raisons un scandale peut-il prendre quand un autre ne prend pas ? Pourquoi le Mediator et pourquoi rien sur le peloton Aricept (donepezil) de la firme Eisai (commercialisé depuis septembre 1997) l’Exelon (rivastigmine) de Novartis (mai 1998), le Reminyl (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et l’Exiba (mémantine) de Lundbrek (mai 2002) ?

Prescrire y revient dans sa livraison de janvier (page 24). Le mensuel indépendant dispose cette fois d’un scoop : il a eu accès à une fraction des donnée de la Sécurité sociale. Un scoop sans pathos :

« Ces données montrent qu’en France les traitements anticholinestérasiques ou mémantine dépassent 6 mois chez trois patients traités sur quatre environ ; alors que ces traitements exposent les patients à des risques injustifié. Mieux vaux écarter ces médicaments et se concentrer sur des mesures non médicamenteuses. »

Alternative

Prescrire annonce, « dans un prochain numéro » des données d’exposition des patients aux interactions médicamenteuses impliquant les médicaments de la maladie d’Alzheimer ». L’affaire fera-t-elle scandale ?

A ce stade : deux options. Désespérer devant une telle immobilité ou postuler que l’abcès est sur le point de percer. Déprimer ou espérer. Ou, mieux encore, encore citer Albert Camus à propos de l’absurde (1).

Pour l’heure on pourra lire (2) la manière dont le quotidien économique Les Echos rapporte les conclusions de la cérémonie annuelle que vient d’organiser Prescrire. Et la place accordée à l’abcès.

(A demain)

(1) « L’absurde ne délivre pas, il lie ». Citation-avertissement adressée par Donna Tartt aux lecteurs de son dernier ouvrage. Hypnotique : « Le chardonneret » Editions Feux Croisés Plon (traduit de l’anglais -Etats-Unis- par Edith Soonckindt).

(2) Extraits des Echos daté du 31 janvier 2014 :

« La revue médicale indépendante Prescrire a primé jeudi un vaccin contre la méningite et publié une liste de 68 médicaments à éviter en raison des risques qu’elles font courir aux patients qui les prennent. « L’année 2013 est une année de plus sans progrès important apporté par de nouveaux médicaments », a indiqué le directeur de sa rédaction, Bruno Toussaint, précisant que la revue avait renoncé à décerner sa traditionnelle « Pilule d’or » en 2013, pour la sixième année consécutive.

La revue, qui se finance exclusivement par ses abonnements et refuse toute publicité par souci d’indépendance, n’a pas non plus placé de médicaments à son « Tableau d’honneur » 2013 (catégorie qui met en valeur un « progrès net pour certains patients »).

Mais elle a décidé de citer dans son « Palmarès » (qui salue une « amélioration modeste ») le Nimerix (GSK), un vaccin contre la méningite à méningocoques de type A, C, W135 et Y destiné aux enfants de 1 à 2 ans devant voyager en zone d’épidémie. Ce vaccin, a estimé M. Toussaint « a contribué à améliorer la prévention chez certains nourrissons ».

Balance bénéfices-risques

La revue Prescrire indique par ailleurs avoir remis à jour sa liste des médicaments « plus dangereux qu’utiles » qui devraient être écartés « dans l’intérêt des patients ». Se fondant sur des études réalisées entre 2010 et 2013, la revue liste 68 médicaments « dont la balance bénéfices-risques est défavorable dans toutes les situations cliniques pour lesquelles ils sont autorisés ».

Parmi ces médicaments, certains présentent des risques « disproportionnés par rapport aux bénéfices qu’ils apportent » comme par exemple le strontium ranélate (Protelos), utilisé dans le traitement de l’ostéoporose à risque élevé de fractures, mais qui peut entraîner des troubles neurologiques et cardiovasculaires graves pouvant aller jusqu’au décès. L’Agence européenne du médicament (EMA) vient d’ailleurs de recommander la suspension du marché du Protelos des laboratoires Servier.

La revue cite également la quinine (HexaquineOkimusQuinine vitamine C Grand), utilisée pour traiter les crampes mais qui expose également à des effets indésirables graves voire mortels comme des réactions anaphylactiques (réactions allergiques graves) ou des troubles hématologiques alors que leur efficacité est jugée faible.

Maladie d’Alzheimer

La revue déconseille également la prescription du dompéridone (Motilium) pour les reflux gastro-oesophagiens, soulignant que d’autres médicaments nettement moins dangereux existent.

De même, l’Izilox (moxifloxacine), un antibiotique de la famille des quinolones, n’est « pas plus efficace que d’autres » mais expose à des syndromes de Lyell (une atteinte brutale et grave de la peau, potentiellement mortelle) et à des hépatites graves.

Prescrire s’en prend par ailleurs aux médicaments de la maladie d’Alzheimer disponibles qui ont « une efficacité minime et transitoire » mais qui peuvent exposer à des effets indésirables graves lorsqu’ils sont prescrits en association avec d’autres médicaments. »

 

3 réflexions sur “Médicaments « anti-Alzheimer » : l’abcès qui ne parvient pas à crever

  1. Ebixa de Lundbeck et non Exiba de Lundbrek

    – interessant comme toujours – que pensez-vous de la serie d’essais cliniques desastreux visant a traiter Alzheimer avec des anticorps monoclonaux ? Je ne suis que pharmacien et j’ai du mal a comprendre comment de si gros composes sont supposes passer la BHE alors que la cetirizine par exemple ne peut pas ?

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