« Télé-flicage » : fausse alerte, les apnéiques peuvent dormir tranquilles

Bonjour,

Les esprits chagrins en appelaient déjà à Huxley, à Orwell. (1). Allons, respirons, soufflons ….. Que de passions pour un simple aménagement comptable. En matière d’assurance maladie aussi les bons comptes font les bons amis. Certes mais les bons comptes restent à faire. Comptes financiers bien évidemment, mais qui devront s’inscrire dans une perspective démocratique et éthique – sans laquelle il n’est pas de santé publique qui vaille.

Grands mots

Voilà de bien grands mots dira-t-on. C’est vrai. Il est tous aussi vrai que certains sujets méritent que l’on adapte la taille des mots aux enjeux qui les sous-tendent. Pour la première fois, en France, une disposition ministérielle conditionne la prise en charge d’un traitement au comportement de malades. L’affaire vaut que l’on s’y attarde un instant. On ne le regrettera pas.

Il est ici question d’apnée du sommeil et de traitement à domicile par pression positive continue (PPC). Il est aussi question de prise en charge par notre collectivité désormais conditionnée à une bonne observance. Le tout via une forme de télésurveillance que l’on désigne ici par « télé-suivi de l’observance ».

www.automesure.com

On découvrira tout ou presque de l’historique cette affaire sur le site www.automesure.com du Dr Nicolas Postel-Vinay et notamment ici. Ce spécialiste de la modernité médicalisée a été le premier à lancer l’alerte auprès du grand public non apnéique. On lira notamment sur son site une tribune publiée dans Le Monde (daté du 20 novembre 2013) – tribune qui précédait la publication de La Croix – détail chronologique médiatique  qui nous avait échappé lors de la rédaction de notre texte du 14 janvier dernier (mémoire blog)

Fallait-il  à ce point s’inquiéter, s’émouvoir, s’indigner ? Voici ce que nous apprenons par une dépêche de l’Agence de Presse Médicale (APM) :

« Une vaste majorité des patients traités par pression positive continue (PPC) pour un syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS) se déclarent « globalement satisfaits » du télésuivi de l’observance thérapeutique, se félicite la fédération des prestataires de santé à domicile (PSAD), mercredi [29 janvier] dans un communiqué.

OpinionWay

Pour connaître la perception qu’ont les patients de ces nouveaux dispositifs et de leur traitement, la fédération des PSAD a fait réaliser par OpinionWay « la première enquête de satisfaction » des patients sous PPC avec télésuivi, interrogeant par téléphone 1.012 patients sur une base de près de 10.000 personnes équipées par huit prestataires privés ou associatifs (Adir Assistance, Bastide Le confort medical, IP Santé, Linde Homecare, Orkyn’, Sadir Assistance, VitalAire et Vivisol).

Avec 92% des patients qui se déclarent satisfaits (52% tout à fait et 40% plutôt satisfaits), cette étude « démontre la forte adhésion au traitement de PPC avec télésuivi », se réjouit la fédération, qualifiant ces résultats d' »extrêmement encourageants » alors qu’il s’agit « d’une pathologie grave et d’un traitement qui peut vraiment être perçu comme contraignant pour le patient ».

Télé-suivi

Dans son communiqué, la fédération pointe que 88% des patients interrogés jugent le système de déremboursement prévu acceptable. « Si l’on pouvait craindre quelques appréhensions des patients à la perspective d’un déremboursement par l’assurance maladie en cas de sous-utilisation prolongée de leur dispositif, il n’en est rien », commente la fédération.

« Le télé-suivi, qui a été vu par certains comme intrusif, est finalement perçu par les patients concernés comme une aide à la bonne observance et comme une amélioration de la relation du patient avec son médecin et son PSAD », commente Olivier Lebouché, président de la fédération. »

Conseil d’Etat

De quoi se plaint le peuple des apnéiques ? De rien (nous traduisons). Faudrait-il dès lors s’intéresser à l’autre partie de la dépêche de l’APM ? Elle rappelle que  La Fédération française des associations et amicales de malades, insuffisants ou handicapés respiratoires (FFAAIR) a déposé un recours devant le Conseil d’Etat contre le texte mettant en place le télé-suivi de la PPC. Un jugement sur le fond est encore attendu après un rejet du référé-suspension.

Le hasard faisant les choses comme on le sait ce sondage est publié au moment précis où s’ouvre, à Marseille, le Congrès de pneumologie de langue française (CPLF). Le sujet du télésuivi de la PPC sera discuté dans différentes sessions, notamment avec l’intervention du Dr Sylvie Royant-Parola qui coordonne le programme de télémédecine Respir@dom dans l’apnée du sommeil.

Intrusif

Dans un éditorial publié mi-janvier sur le site du projet (www.respiradom.fr), elle a estimé que l’assurance maladie « est en droit d’exiger des patients une utilisation de l’appareil qui leur est fourni » tout en regrettant que le système de télésuivi exclut à la fois le médecin et le patient. « Cela ne concourt pas à la responsabilisation du patient, et c’est sans doute pour cela que l’on voit apparaître des termes comme flicage utilisés par certains d’entre eux ». Sans doute. Ou le terme intrusif  que réfute M. Lebouché.  D’autres parlent encore de stratégie du bâton.

Comme on le voit, beaucoup de passions. Elles peuvent désormais se calmer. Ce sondage OpinionWay  de la PASD est là pour nous rassurer. Et il nous rassure pleinement puisqu’une vaste majorité des patients exprime librement son contentement. Remettre en question la valeur du sondage?  Au motif qu’il répond pleinement aux attentes de ses commanditaires ? Qui y songera ? Personne. Sauf, peut-être, quelques esprits décidément bien chagrins.

A demain

(1) Dans un esprit anglais voisin , ne pas hésiter à lire « De la fumisterie intellectuelle » de Bertrand Russel (traduction de l’anglais de Myriam Dennehy) que viennent de rééditer les belles éditions de L’Herne. 15 euros. Avec une fort précieuse préface de Jean Bricmont

3 réflexions sur “« Télé-flicage » : fausse alerte, les apnéiques peuvent dormir tranquilles

  1. Merci pour ce relai d’information.
    Peter Gotzsche parle de mafia à propos de l’industrie pharmaceutique en son dernier livre non traduit en français : http://www.amazon.fr/Deadly-Medicines-Organised-Crime-Healthcare/dp/1846198844/ref=sr_1_1?s=english-books&ie=UTF8&qid=1391203875&sr=1-1&keywords=gotzsche
    Dans l’affaire de l’apnée du sommeil on est confondus devant la corruption volontaire de certains et par la naïveté volontaire d’autres.
    On confond tout ici : télémédecine et télé surveillance, efficacité thérapeutique et contrôle personnel des vies, économies de la santé et économies d’éthique.
    Un beau texte de Dany Baud, il y a quand même des pneumologues qui l’ont en travers de la gorge, http://docteurdu16.blogspot.fr/2014/01/lere-de-la-tele-surveillance-est-en.html, résume à mon sens la situation.
    Heureusement que quelques associations ont réagi. D’autres, attirées par la servitude volontaire et par des médecins qui ont fait de l’apnée du sommeil leur fond de commerce sonnant et trébuchant tout autant qu’académique, se sont engagées avec panurgisme dans le règne des caméras de surveillance dans les chambres à coucher.
    Quant au Conseil National de l’Ordre, il trouve cela normal : le plat de lentilles, vous dis-je.
    Nous espérons que cela n’en restera pas là.
    Bonne soirée.

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