Le singe et les militants de l’anti-genre

Bonjour

Bien malin qui peut comprendre ce qui se trame dans la France d’aujourd’hui. Les gazettes nous rapportent qu’ils étaient quelques dizaines (quelques centaines) de milliers à manifester hier. A manifester contre quoi ? A manifester au nom de qui ?  Un nouveau terme est apparu sur les banderoles : « genre ». Nul ne sait précisément en donner une définition. Il semble, au mieux, cristalliser des angoisses collectives. On espère que cette cristallisation ne conduira pas à voir, une nouvelle fois, émerger le pire.

Arrières

Dans un entretien néo-préventif au Journal du Dimanche Manuel Valls, ministre de l’Intérieur avait prévenu les manifestants : « Attention, on ne revient pas sur les choix du Parlement et du peuple. C’est vrai pour le mariage pour tous comme pour l’IVG. Il est hors de question de revenir en arrière ». Les manifestants lisent-ils ce quotidien dominical ? Et comment perçoivent-ils Mr Valls ? Et souhaitent-ils, dans leur majorité « revenir en arrière » ?

Question au ministre de l’Intérieur : « Ce gouvernement joue-t-il avec le feu en multipliant les réformes sociétales » ? Réponse : « Non. Le mariage pour tous était un engagement du président de la République. Cette réforme a abouti après un long débat. Il est clos. Il appartient souvent à la gauche de mener des réformes de société ». Mais plus qu’un retour sur le « mariage pour tous » les slogans d’hier, au travers du « genre » s’en prenaient à la « PMA » et à la « GPA ».

Fractures

Le gouvernement rétorque que ces deux possibilités ne figurent pas dans le projet de loi « sur la famille » à venir sous peu devant le Parlement. Les opposants font valoir la possibilité d’amendements. Ils rappellent les ambiguïtés sur ce point des soutiens à ce même gouvernement – voire même de ses membres. De fait les polémiques passées autour du « mariage pour tous » ont amplement et publiquement témoigné de la ligne de fracture qui sépare ici les « forces de gauche ». Une opposition  personnalisée notamment par les affrontements entre Elisabeth Badinter et Sylviane Agacinski (voir ici le dossier du Nouvel Observateur). Manuel Valls affirme ce matin 3 février sur RTL que le gouvernement s’opposera à tous les amendements sur ce sujet. Ce que ne disait pas, il y a quelques jours au même micro la ministre Dominique Bertinotti, ministre chargée de la Famille  (mémoire blog).

Mais ceci n’est qu’une grille de lecture. En arrière-plan, rarement abordée, il y a la question de l’indisponibilité du corps humain (« mon corps ne m’appartient pas ») inscrite dans le fil du marbre de la loi française. Il y a aussi la question de l’usage de technique thérapeutiques développées depuis un bon quart de siècle (celles de la procréation médicalement assistée) à des fins qui ne le sont plus. Sur ce point les médecins spécialisés et les biologistes de la reproduction restent pour la plupart étrangement silencieux. On les a connu plus prolixes sur des débats de société qui concernaient leur savoir et leur pouvoir, tous deux croissants.

Singe et gène

Une autre grille de lecture des évènements auxquels nous assistons serait sans doute celle, traditionnelle,  qui oppose les forces du Progrès à celles de la Réaction. Les Lumières contre l’obscurité religieuse. Elle est fréquemment utilisée mais peine à tout embrasser. Une autre grille est celle, originale et pertinente, offerte par le sociologue Sébastien Lemerle dont les Presses Universitaires de France viennent de publier un essai documenté, parfois provocateur, toujours stimulant (1).

L’auteur ne craint pas de se mettre parfois en danger. Il met en lumière l’existence, en France, d’un puissant discours « biologisant » ; un discours qui trouve pour partie son pouvoir dans l’œuvre puissamment vulgarisatrice des éditions Odile Jacob. Un discours qui n’est pas sans conséquences sur notre perception du monde vivant et sur ce qu’est (ou n’est pas) l’identité humaine. Le titre : « Le singe, le gène et le neurone ». A coup sûr, on en reparlera.

A demain.

(1) « Le singe, le gène et le neurone ». Sébastien Lemerle. Presses Universitaires de France. Collection Science, Histoire & Société. 22 euros

2 réflexions sur “Le singe et les militants de l’anti-genre

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