PMA-GPA : plus personne ne sait où le pouvoir va

Bonjour,

Où est donc passé le centre de gravité français sur les questions de société ? Il y a quelques heures le ministre de l’Intérieur annonçait  que le gouvernement s’opposerait à tous les amendements en faveur de la PMA et de la GPA lors de la prochaine discussion parlementaire du projet de loi sur la famille. Avant midi les services du Premier ministre confirmaient à l’AFP ce que Manuel Valls avait affirmé sur RTL (mémoire blog) : « Nous confirmons que le gouvernement s’opposera à d’éventuels amendements visant à légaliser en France la PMA et la GPA », indiquait-on  dans l’entourage du Premier ministre, précisant que le calendrier du projet de loi sur la famille n’était « pas arrêté ». Comme un recul en ligne annoncée. Avant l’épilogue de la soirée (1).

Règle du jeu

Pourquoi l’Hôtel Matignon prend-il soin de confirmer à la mi-journée ce qui était affirmé le matin par l’un des poids lourds socialistes du gouvernement ? Pour bien des raisons qui nous échappent. Et pour d’autres, qui n’échapperont à personne. Dans la matinée Bruno Le Roux, chef de file des députés PS, a une nouvelle fois manifesté sa liberté. Il a déclaré  haut et fort (sur LCI et Radio Classique)  ne renoncer à « aucune ouverture de nouveaux droits pour les enfants » (sic) et a demandé à Manuel Valls de respecter « la règle du jeu » (resic) concernant la future loi sur la famille. En clair : attendre l’avis du Comité national d’éthique.

Introuvable au sein du parti majoritaire la majorité ne sera pas trouvée ailleurs. Ainsi Europe Ecologie Les Verts (EELV) réaffirme sur France 2 être favorable à la PMA et révèle « ne pas avoir encore de position arrêtée encore pour la GPA ». Le journal de France Culture analyse la fragilité de la situation présente en faisant l’historique des atermoiements de François Hollande sur la question de la PMA. A commencer par un entretien au magazine Têtuet les exégèses qui en avaient été faites.

Sur la table

On retrouvera sans mal ici la trace d’un meeting organisé par les associations LGBT le 31 mars 2012 au cours duquel Najat Vallaud-Belkacem, représentait le candidat Hollande (mémoire blog). Celle qui est aujourd’hui porte-parole du gouvernement  s’était engagée bien au-delà du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe. Elle avait alors déclaré  que « reconnaître l’homoparentalité allait supposer plusieurs réformes », parmi lesquelles  « ouvrir l’assistance médicale à la procréation avec donneur anonyme à tous les couples, sans discrimination ». Elle ajoutait : « François Hollande a pris l’engagement que l’ensemble de ces réformes aboutissent d’ici le printemps 2013 (…), le projet de loi est déjà prêt, il est sur la table. »

Nous sommes bientôt au printemps 2014 et la table de marbre est comme introuvable. Le chef du gouvernement dont Mme Vallaud-Belkacem porte la parole annonce que l’on en restera à la situation présente. Plus de projet de loi PMA-GPA. Certains députés socialistes soutiennent le contraire, avec l’aval de leurs collègues  verts. Le président de la République se tait. Nous attendons les lumières du Comité national d’éthique. Ce dernier a toujours dit qu’il était contre cette manière de donner la vie. Changera-t-il bientôt, lui aussi, d’avis ?

A demain

(1) Ce billet a été rédigé en milieu de journée, au moment même nous dit-on, où François Hollande et Jean-Marc Ayrault décidaient conjointement de botter en touche. Ce soir c’est le projet de loi sur la famille qui n’existe plus. Une action politique d’envergure pour prévenir les amendements socialistes et verts. Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille est publiquement  désavouée. Najat Vallaud-Belkacem aussi, qui ne s’est pas encore exprimée. Les manifestants d’hier pourront avoir le sentiment de la victoire.

La Croix

L’avis du Comité d’éthique perd brutalement de son intérêt politique. Ce qui ne signifie nullement que tout est aplani. Ainsi cet extrait de l’éditorial de La Croix (à paraître demain 4 février) signé Dominique Quinio:

 » (…) Le gouvernement n’a pas souhaité ouvrir un nouveau front avec une partie des Français profondément opposés à de telles évolutions. Mais, au nom de l’intérêt de l’enfant, des réflexions sont actuellement menées pour permettre l’inscription sur l’état civil français d’enfants nés par GPA à l’étranger. Ce qui reviendrait à contourner l’interdit français. Par ailleurs, des sociétés étrangères démarchent des couples français, selon des méthodes qui ne laissent aucun doute sur le caractère marchand de leur projet. Le débat n’est donc pas clos. (…) »

Libération

A l’autre extrémité du spectre on lira aussi ce billet (François Sergent) de Libération (4 février) qui ne résiste pas à user de la traditionnelle et problématique référence à la nausée :

« La rue a gagné. La Manif pour tous, qui réunissait dimanche 100 000 personnes à Lyon et Paris selon la police (540 000 selon les organisateurs) a eu raison de la loi sur la famille promise par le gouvernement. Matignon a acté hier son recul, désavouant totalement la pauvre ministre de la Famille, Dominique Bertinotti. Le gouvernement reporte notamment sine die la PMA, en contradiction avec des engagements explicites de plusieurs de ses membres, dont le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls lui-même. Des déclarations que l’UMP s’est fait hier un plaisir de retrouver. Une défaite en rase campagne qui donne raison aux manifestants des deux derniers dimanche, à ce peuple de droite et d’extrême droite qui répète ad nauseam qu’une famille c’est papa et maman, une fille en rose et un garçon en bleu. Une défaite qui sonne aussi comme une déception pour les hommes et les femmes qui peuvent avoir une conception différente et plus ouverte de la famille et de la sexualité, de la paternité et de la maternité. Cette palinodie est aussi une faute politique. Les plus habiles ou les plus cyniques des caciques socialistes avaient proposé de reculer avant même les manifestations de rue. Ce recul est aussi synonyme d’un manque de courage politique. Impopulaire, ce gouvernement cède à la première bourrasque, que ce soit sur les impôts des «poussins» ou aujourd’hui sur les questions fondamentales de famille et de société, qui sont autant de marqueurs politiques de gauche. »

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