L’accident du train des Pignes ou l’acceptation de la fatalité

Bonjour

Un rocher tombé du ciel ? Soyons sérieux. Comment un rocher de vingt tonnes peut-il tuer deux personnes et en blesser neuf autres ? En France et en février 2014 et dans l’accident d’un train touristique ? Après la réponse à celle (vite réglée) de savoir s’il fallait « aller ou pas » aux Jeux Olympiques de Vladimir Poutine c’est la question du week-end. Et c’est une question assez passionnante.

Urgence absolue

Résumons. Un train a déraillé dans la matinée du samedi 8 février sur la commune de Saint-Benoît (Alpes-de-Haute-Provence). L’accident a fait au moins deux morts et neuf blessés. Le train, qui reliait Nice à Digne-les-Bains, a heurté un rocher tombé sur la voie et une voiture s’est couchée, comme le montrent les photos publiées par Nice-Matin et aussitôt décalquées sur l’immensité de la Toile.

Selon le parquet l’une des deux personnes tuées est une femme de nationalité russe, l’autre originaire du département. Toutes deux étaient septuagénaires. Un passager est en « urgence absolue » et huit autres sont blessés plus légèrement, dont le conducteur, ont indiqué les pompiers. Trente-quatre personnes se trouvaient à bord.

Carotide ouverte

Selon les témoins et Stéphane Kellenberger procureur de la République à Digne un bloc (une vingtaine de tonnes ?) est tombé sur le train, heurtant une des voitures qui a plongé dans le ravin, entraînant la seconde dans son sillage. « C’est comme si le rocher était tombé du ciel, comme un tremblement de terre », a confié un voyageur de 47 ans, Jean-Jacques Messaoud. Il a aussi vu une victime avec la « carotide ouverte ».

Après, tout a parfaitement fonctionné. Le plan Orsec « nombreuses victimes » (NOVI) a été déclenché par la préfecture et les services de secours. Puis 110 pompiers et 32 véhicules ont été mobilisés ainsi que deux hélicoptères : un de la section aérienne de la gendarmerie des Alpes-de-Haute-Provence et le Dragon 06 de la Sécurité civile des Alpes-Maritimes.

Le vide

Puis les secours ont évacué sans mal  l’ensemble des passagers en dépit  des conditions difficiles : enneigement du site, zone isolée, difficile d’accès, wagons accidenté penchait dangereusement dans le vide.

Incriminer, une nouvelle fois, la SNCF ? Tout le monde y a bien pensé. Impossible : le train des Pignes est exploité par la Régie régionale des transports de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ajoutons qu’il ne s’agit pas du réseau ferré national. Et les voies appartiennent à la région PACA. Ce qui n’a pas empêché la SNCF de faire preuve de solidarité : elle a proposé (par la voix de son président qui plus est) son assistance à la régie régionale.

Au pays des oliviers

Ce que la France découvre du train des Pignes fait aussitôt songer à Giono, aux grillons et au pastis, à la laïcité. Il  relie quatre fois par jour les deux villes, traversant l’arrière-pays niçois avant de monter à l’assaut des Alpes-de-Haute-Provence. « Du pays des oliviers à celui des châtaigniers, le train des Pignes constitue, depuis un siècle précisément, un élément-clé de la mémoire collective provençale, peut-on relire dans un reportage du Monde remis opportunément en ligne sur le site.  Les voyageurs prennent place près des fenêtres. Il faut être aux premières loges pour le spectacle à venir. Une vingtaine de personnes pour 50 places, ils n’ont que l’embarras du choix. Des rangées de sièges, un poste de pilotage de chaque côté du wagon, l’équipement est sommaire. Ne cherchez pas de livrées dignes de l’Orient-Express. Le personnel se veut simple et accueillant. Un puissant sifflet retentit. Il est temps de partir. Le train s’ébranle. Les suspensions sont un peu surannées, le passager bringuebalé de droite à gauche. »

Cent ans

Reste l’essentiel : cela fait cent ans que le tortillard effectue, plusieurs fois par jour, le même parcours sur ce chemin de fer à voie unique. La ligne régulière, à mazout, fonctionne toute l’année. Il aura pour cela des travaux colossaux : « en 1861 l’ingénieur dignois Alphonse Beau de Rochas imagine de relier Nice à Grenoble en passant par la vallée du Var, Digne et Gap. Les travaux nécessaires sont colossaux : 25 tunnels, 16 viaducs, 15 ponts métalliques. Le 14 août 1891, un premier tronçon de voie ferrée est ouvert entre Digne et Mézel. La ligne complète est achevée en 1911. Le réseau, vaste de 610 km, court sur quatre départements. » Puis on abandonne Nice-Meyrargues et Toulon-Saint-Raphaël. Seule la ligne Nice-Digne-les-Bains tient le coup.

Pas de responsable ?

« Ce train est indispensable au quotidien des habitants des vallées traversées : on le prend pour aller consulter le médecin ou se rendre à son travail. Lycéens et collégiens des petites localités rejoignent ainsi leur établissement. Un ramassage scolaire en quelque sorte. L’hiver, il permet de se rendre à Nice sans avoir à braver les routes verglacées. »

Dès lors comment comprendre ? Où est sont les responsables ? Les politiques et les médias cherchent et ne trouvent pas. Tout était en règle, tout avait été inspecté, vérifié, autorisé. Frédéric Cuvillier,  ministre des Transports s’est déplacé et n’a rien dit de plus. A bien chercher peut-être trouvera-t-on le coupable Pour l’heure il nous faut nous en remettre au hasard. Ou à la fatalité. Sera-ce accepté ?  Serait-ce régresser ?

A demain

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