Comment parler gentiment du genre avec vos enfants : la leçon de Jean (Rostand) et celle d’Elisabeth (Roudinesco)

Bonjour

Le « genre » enflamme la France. Il vous angoisse ? Il vous parle ? Vous gonfle ? Faut-il dire gender studies ? Etudes ? Théorie ? Idéologie ?  Deux leçons pour y voir plus clair, pour en mieux en parler lors d’un prochain dîner. Pour échanger utilement avec vos enfants, présents ou à venir, garçons ou filles. Vous pouvez lire le second avant la première.

La première leçon est celle d’Elisabeth Roudinesco, psychanalyste et l’une des historienne-gardienne du temple. Elle s’exprime aujourd’hui dans un Libération à bout de souffle, en passe de devenir « marque ». Extraits de l’entretien accordé au « quotidien créé par Jean-Paul Sartre » (recueilli par Cécile Daumas) :

Pourquoi un programme visant à l’égalité, dispensé à l’école, a-t-il laissé croire qu’on allait transformer les filles en garçons et les garçons en filles ? Pourquoi dans le sillage du mariage pour tous, tout projet sociétal concernant la famille est-il désormais vécu par une part de la population comme une mise en danger de l’enfant et un démantèlement de la structure familiale ?

«  Au XIXe siècle déjà, l’industrialisation et ses transformations sociales avaient provoqué une terreur de la féminisation de la société, liée à l’essor du travail des femmes. A chaque fois, les boucs émissaires sont les mêmes : les juifs, les étrangers, les homosexuels. A chaque époque, les arguments sont récurrents : la famille se meurt, la nation est bafouée, l’indifférenciation sexuelle menace, l’avortement se généralise, les enfants ne vont plus naître. C’est une grande peur, une peur de l’avenir, la peur de n’être plus rien du tout (…) »

Couples sans fertilité

. »J’approuve entièrement la décision de Manuel Valls de faire interdire le spectacle antisémite de Dieudonné. Il ne s’agit pas d’un problème de liberté d’expression mais bien d’incitation à la haine raciale. En revanche, je ne pense pas qu’il était nécessaire de repousser sine die le projet de loi sur la famille, d’autant qu’il était vidé des deux points les plus polémiques, la PMA (procréation médicalement assistée) et la GPA (gestation pour autrui). Je peux comprendre que l’on puisse repousser ces deux questions provisoirement pour des raisons politiques. Mais il est illusoire de s’opposer aux progrès de la science, il faut l’encadrer. Dans dix ans, qu’on le veuille ou non, droite ou gauche, la PMA sera autorisée pour les lesbiennes et la GPA pour les couples infertiles. Cela passera via les pays voisins où elle est déjà pratiquée, et via la demande de filiation des enfants ainsi conçus.

C’est dans ces familles à l’apparence la plus normale qu’adviennent aussi les pires turpitudes. En réalité, le premier malheur d’un enfant est la misère économique. Ce qui détruit une famille, c’est avant tout le chômage, la pauvreté, l’alcoolisme, la violence, les inégalités : ce que disait Victor Hugo dans les Misérables est d’actualité. L’autre besoin fondamental pour l’enfant est un attachement affectif personnalisé avec un être, qui est communément attribué à la mère, mais qui peut être assuré par une autre personne. Cet attachement fort va structurer l’enfant, c’est ce qu’on appelle l’amour. Le bien d’un enfant exige ainsi qu’il soit adopté le plus vite possible s’il est dans un orphelinat, qu’il ne soit ni maltraité ni considéré comme un objet mais comme un sujet. »

Le concept de chien n’aboie pas

« Nous devons défendre toutes les recherches sur ce thème, elles sont essentielles. Le genre est une hypothèse qui permet de montrer que tout ne découle pas de la nature. Mais le genre est une notion renvoyant à un «sentiment de l’identité» et il ne s’agit en rien de l’appliquer bêtement dans le quotidien de la vie. Cela n’aurait aucun sens. Un concept, une notion ne doivent pas descendre dans la rue : le concept de chien n’aboie pas. Il est extraordinaire de voir comment une des théories les plus sophistiquées a pu engendrer une rumeur aussi stupide. Un des grands fantasmes qui circulent est qu’on ne fabriquera plus les enfants par voies naturelles. On estime à 7% de la population le nombre d’homosexuels. Tous ne veulent pas avoir des enfants. La quasi-totalité des enfants seront encore conçus par une copulation classique, rassurez-vous, c’est tellement plus simple, y compris d’ailleurs chez des homosexuels hommes et femmes entre eux. Penser que différence des sexes, accouplement et naissance des enfants sont remis en cause dans la réalité sociale relève du fantasme, voire du délire. »

(…) A tort, l’homosexualité est envisagée comme un troisième sexe : cela fait très longtemps d’ailleurs que ce terme est employé. S’est greffée sur cette idée la peur qu’on allait transformer les garçons en filles et les filles en garçons. Nous sommes dans le délire. L’homosexualité n’est pas un «autre sexe», c’est une orientation sexuelle. L’homosexualité n’est pas une construction identitaire liée au genre, les homosexuels sont soit hommes, soit femmes, comme les bisexuels. Le transsexualisme (conviction d’appartenir à un sexe opposé) n’a rien à voir avec l’homosexualité, et c’est ultra-minoritaire. Il existe bel et bien deux sexes, l’un masculin, l’autre féminin. L’hermaphrodisme est une anomalie anatomique, connue depuis la nuit des temps et l’androgynie un mythe : il y a une immense littérature sur cette question.

N’être femme

Mais l’identité sexuelle est aussi une construction sociale et psychique, comme l’a démontré Simone de Beauvoir et d’autres après elle. «On ne naît pas femme, disait-elle, on le devient.» Notre identité est bien triple : biologique, psychique, sociale. On est homme ou femme, réalité biologico-anatomique incontournable, et le genre, comme construction, c’est une autre réalité qui relève du «vécu», de l’existentiel (…) Tout ne se vaut pas, contrairement à ce que disent des médias fous qui veulent mettre en face à face constamment tout et n’importe quoi pour faire de l’audimat ou de la polémique : les juifs contre les antisémites, les racistes contre les antiracistes, les évolutionnistes contre les créationnistes, les partisans des rumeurs contre ceux qui les invalident, etc. Il faut dire non et non à toutes ces sottises. Et mener des combats clairs. »

La seconde leçon est celle offerte par Jean Rostand (1894-1977). On se souvient peut-être d’un vieil homme en noir et blanc expérimentant génétiquement sur des grenouilles dans ses étangs de Ville-d’Avray. Cet enfant des Lumières fils  d’Edmond  et de Rosemonde fut  un biologiste, moraliste, écrivain et vulgarisateur hors pair.  En 1941 il publie « L’homme. Introduction à l’étude de la biologie humaine » aux Editions Gallimard. Extraits :

« Chez l’Abeille, toute la différence entre la reine et l’ouvrière tient à une différence dans le régime des larves. Or qu’elle n’est pas la différence dans le régime spirituel entre la larve de l’homme et celle de la femme !

Les cheveux de l’âme

Education scolaire, relations avec les parents et avec les étrangers, habillement, coiffure,  jeux, suggestion collective, tradition affective et culturelle : tout diffère pour le petit garçon et pour la petite fille. Ils ne respirent pas la même atmosphère, ils n’habitent pas le même univers. Ne doutons pas que l’âme ne se ressente de la longueur des cheveux, de la coupe des vêtements, du symbolisme des jouets… Toute la société est là, qui, dès la naissance, pèse insidieusement sur l’individu, pour le modeler conformément à un certain idéal conventionnel. L’éternel masculin et l’éternel féminin sont, pour une large part, fonction des contingences sociales et rien n’est plus malaisé que de démêler, dans l’empreinte sexuelle, ce qui appartient, en propre à l’animal masculin et à l’animal féminin.

Poupées de plomb

Qu’il y ait une certaine dissemblance innée de l’affectivité en rapport avec les différences d’instinct sexuel, cela est des plus probables, mais cette dissemblance, en tout cas, est considérablement renforcée, tans par la répercussion psychique des différences structurales que par toutes les circonstances de l’éducation. En fin de compte les poupées et les soldats de plomb n’auraient-ils pas presque autant de responsabilité que les horomes dans la différenciation psychique de l’homme et de la femme ? »

Ne jamais désespérer. Peut-être est-il encore temps de compléter le programme ABCD de l’égalité par la lecture de Jean Rostand. Une croix sur les poupées de cire ? Bientôt les poupées de plomb ? Le ballon est chez Mr Vincent Peillon

A demain

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