« Connasse », ou la féminité genre néo-salace

Bonjour

C’est un « bon coup ». Comprenons-nous. Sur  la jaquette en vitrine, blonde à lunettes. Faite pour attirer l’œil. De fait l’œil est attiré. « La femme parfaite est une connasse !». Le tout pour 5 euros. Pourquoi se priver ? On va bien rigoler. D’ailleurs nous  « sommes chez J’AI  LU (humour).» Humour-bis : « Guide de survie pour les femmes ‘’normales’’ ». Déjà 300 000 exemplaires vendus. Mieux:  « La Femme parfaite est une connasse 2″ à paraître en mai.

Maquillage

Notre confrère Jean-Marc Proust vient d’en faire la recension ad hoc sur Slate.fron peut la lire  ici. Grâce à lui on peut ne pas acheter l’œuvre des sœurs jumelles Anne-Sophie et Marie-Géraldine Girard. On peut aussi se venger de la vulgarité : feuilleter l’œuvre sans l’acheter. Le kiosquier n’aura pas le temps de vous menacer. En deux minutes c’est fait, vous avez saisi ce que peut être la vulgarité maquillée au second degré.

Mr Bovary

« Le titre est amusant, sinon alléchant, mais le livre ne contient rien » résume Jean-Marc Proust. Pour un peu on songerait à Bovary (Charles, le mari). Souvenez-vous : celui qui meurt aussi, mais complètement à la fin, cet officier de santé que l’on ouvre et chez qui l’on ne trouve rien. Rien de rien.

Jean-Marc Proust va plus loin. Dans « La femme parfaite est une connasse ! » on trouve les stéréotypes que les jumelles prétendent dénoncer. C’est là, très précisément, le second degré raté. Le second degré qui tombe comme un soufflet et qui peut tuer (1).

Trooooop !!!

Ici le prétexte à la vulgarité est tout trouvé  décomplexer les femmes imparfaites. « C’est-à-dire toutes les femmes, puisque la femme parfaite, belle, riche, intelligente, qui réussit sa vie de couple, sexuelle et les bons petits plats…, n’existe pas. Ou bien est une connasse à laquelle il faut cesser de vouloir ressembler, car ce modèle est hors d’atteinte, écrit le critique de Slate.fr. Ce préjugé favorable s’assortit d’un soupçon de légèreté bienvenue car la lecture de l’ouvrage n’est pas longue. De la page 11 à la page 157, il y a à peine 97 pages écrites (un bien grand mot), près d’un tiers du livre étant composé de schémas « proverbes », bons à découper, pointillés… Le texte est réduit à la portion congrue.  Rapidement pourtant, la déception s’installe, face à l’accumulation de platitudes et, surtout, un humour qui tombe à plat. Les conseils dépassent rarement le niveau des pages philo de Biba (les auteures «écrivent bite au lieu de pénis» car le mot est «bien plus rigolo»), des cris («Wooo»ou «Haaaaaaaa!!!»), des redondances de voyelles pour imiter le langage parlé («Aller voir le DJ pour lui dire qu’il assure trooooop!!!») et une accumulation de points d’exclamation, évoquant les rires pré-enregistrés qui accompagnent des émissions censément comiques. »

Coucher

Pour Jean-Marc Proust la cible semble être une femme citadine (qui confond le basilic avec le muguet le 1er mai), âgée de 30 ans à 35 ans. Passé les 20 ans, elle est «trop vieille pour ces conneries» comme faire la fête, coucher par terre chez un copain ou survivre à une nuit blanche. Sans doute est-elle employée ou cadre, la vie de bureau étant souvent citée, avec ses rituels (retours de vacances, machine à café…) et ses mesquineries (comment donner le minimum dans l’enveloppe des pots de départs). Elle est accro aux séries, parfois célibataire (et passe le Jour de l’an seule avec son chat), tient mal l’alcool, a une vie sexuelle désordonnée et peu satisfaisante. Et ne parlons pas du sucre et du poids corporel. Encore moins du jean-test.

Corvée

La cible collatérale est peut-être aussi ceux qui ciblent cette cible : la femme objet qui veut se libérer.  D’où cette quête de l’équité : partager ou pas l’addition au restaurant (notamment  au premier rendez-vous) ? On apprend le bipolaire féminin :  d’un côté la «chagasse» ou «cagolle», c’est-à-dire «une fille ayant pour vocation d’inspirer le sexe», de l’autre la femme pour qui la sexualité est, comment dire, une corvée.

« Sans entrer dans le débat du viol conjugal, on s’étonnera cependant de cette approche où le désir sexuel féminin est forcément inférieur à celui de l’homme (une approche absurde car l’inverse a souvent prévalu) auquel il faudrait se soumettre pour avoir la paix, conclut Jean-Marc Proust. L’idée implicite est qu’une femme aimant le sexe est une salope (chagasse, chaudasse..), les autres préférant regarder la télé. »

Sympathique

Le public ? Il  «like» raisonnablement sur Facebook, témoigne de son plaisir ici ou . Jamais en reste sur le décryptage des phénomènes sociétaux le news L’Express  décrit «un très sympathique vade-mecum à même de décomplexer n’importe quelle donzelle en porte-à-faux avec les diktats énoncés par une certaine presse féminine et relayés par un marketing agressif».

« La plus belle paire de seins du monde ». C’est le titre d’un ouvrage de Roland Topor que viennent de rééditer les éditions Wombat (2) et que nous avons déniché par le plus grand des hasards dans une librairie remarquable où il nous en a néanmoins coûté 18 euros. C’est un ouvrage à conseiller chaudement au ministre Vincent Peillon et aux responsables du programme ABCD. Un ouvrage à ne pas lire toutefois dès l’école maternante.

Superbe

La nouvelle qui donne le titre à l’ouvrage commence ainsi :

« Bien entendu, Simon avait déjà repéré cette fille à la poitrine superbe. Il l’avait croisée deux trois fois sur la Croisette. Seulement, quand elle jaillit hors de la cabine de l’ascenseur qu’il avait appelé pour descendre dîner au restaurant de l’hôtel, la surprise lui coupa les jambes.

Il sourit comme un idiot, les yeux exorbités et ne s’écarta même pas. Elle dut le bousculer pour se frayer un passage. Puis la fille disparut au détour du couloir, les portes se refermèrent et Simon demeura planté devant le tableau où les numéros lumineux des étages défilaient à toute allure.

Un petit cliquetis attira son attention. Il baissa les yeux et vis un bouton de chemise qui roulait sur le tapis, après avoir heuré la porte métallique.

C’est quand il voulut vérifier de quel bouton il s’agissait quand il ressentit le choc de sa vie.

La fille lui avait refilé sa poitrine.

Simon avait hérité d’une paire de seins de toute beauté. (…) »

A demain

(1) On n’a jamais tant visionné qu’aujourd’hui le sketch-culte de Pierre Desproges évoquant la présence de Juif qui se seraient glissés dans une salle de spectacle. Hommage au talent de ce méchant génie ou quête de mètre-étalon du second degré ? La question est posée. Le sketch est ici. Le décryptage est là.

(2) Topor R. « La plus belle paire de seins du monde » Editions Wombat. Préface de Jean-Paul Carrière. Cet ouvrage était devenu introuvable après une première parution aux éditions Le Pré aux Clercs en 1986.

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