Poitiers : la régulatrice du Samu est-elle responsable de la mort du fumeur ?

Bonjour

Le Dr Patrick Pelloux  ne devrait guère tarder sur les ondes. Et certains, jeudi prochain, regarderont « 24 heures aux urgences » (TF1) sous un angle différent.

L’affaire fait aujourd’hui la Une de la Nouvelle République du Centre-Ouest. Comme on peut le voir ici. Tout se noue le 28 juin 2006. En pleine nuit on appelle le Samu. L’homme souffre de violentes douleurs à la poitrine et au bras. « L’entretien téléphonique avec le médecin se passe mal. Après plusieurs appels, le régulateur consent finalement à envoyer une ambulance privée, aux frais de la famille, rapporte le quotidien régional. A peine embarqué, le trentenaire convulse. Le Smur est envoyé sur place. Sans succès. A 32 ans, Emmanuel Granier vient de succomber à un malaise cardiaque sur le chemin des urgences du CHU. »

Faire la morale au téléphone

Sept ans et huit mois plus tard on apprend  que les experts et le juge d’instruction  considèrent que le médecin régulateur a bel et bien commis une faute. Un entretien téléphonique trop sommaire ne lui aurait pas permis de prendre la pleine mesure de la gravité de la situation. La famille estime que la régulatrice  « n’a pas fait ce qu’il fallait ». « Elle pouvait l’entendre pleurer et hurler au téléphone. Elle nous faisait la morale. Si elle avait posé les bonnes questions, il aurait pu être sauvé ».

La justice  vient de décider de renvoyer devant le tribunal correctionnel de Poitiers un médecin régulateur du Samu 86. Le Dr Catherine Compain, en retraite depuis peu, après plus de trente années passées aux urgences du CHU, est poursuivi pour homicide involontaire. Le juge d’instruction a prononcé un non-lieu sur la question de la non-assistance à personne en danger.

« Ce procès, après tant de temps, c’est quand même une victoire, a réagi la compagne de la victime.  C’est surtout un soulagement. Je suis soulagée que la médecin du Samu soit jugée. Soulagée pour moi, pour les enfants. Je vais enfin pouvoir faire le deuil. »

Epilogue public

La praticienne visée ? « Elle termine sa carrière dans la souffrance. Une carrière sans tache, elle a toujours continué à exercer, éclare le bâtonnier charentais Lionel Béthune de Moro, défenseur du Dr Catherine Compain, urgentiste à Poitiers depuis 1980.  J’interviens pour des établissements publics. De plus en plus en souvent, nous sommes confrontés à des actions judiciaires qui sont engagées contre des professionnels de santé, ce qui provoque une grande inquiétude et une grande incompréhension de leur part. On ne devient pas médecin par hasard, et encore plus médecin aux urgences. Ils sauvent des milliers de vie. Attention à ce que l’action judiciaire n’interfère pas avec les missions médicales. »

L’avocat se dit encore surpris d’apprendre le renvoi de sa cliente en correctionnelle. Le parquet ayant toujours considéré qu’il n’y avait pas matière à poursuites. « Il y aura un épilogue judiciaire public. C’était la volonté de la partie civile. Soit. Le tribunal correctionnel va devoir se prononcer dans un dossier où les positions sont tranchées. Il va devoir dire s’il y a bien eu une faute caractérisée. »

Comportement gravement fautif

Après une première plainte déposée en 2006 et classée sans suite, un juge d’instruction avait été saisi en 2008, contre l’avis du parquet qui a toujours considéré ici qu’il n’y avait pas matière à poursuites judiciaires. Puis avait suivi une mise en examen, en 2012.
« Ce renvoi devant le tribunal correctionnel est parfaitement justifié, ajoutent les deux avocates de la plaignante.  Il ne sanctionne pas une banale erreur de diagnostic commise au sein du Samu, laquelle serait excusable, mais bien le comportement gravement fautif d’un médecin qui n’a pas laissé au malade la moindre chance d’expliquer ses symptômes et n’a jamais pris le temps nécessaire pour tenter de poser un diagnostic. »

Régulatrice ou tabagisme ?

« Le tribunal correctionnel de Poitiers aura la tâche difficile, prévient la Nouvelle République.  Les débats promettent d’être passionnés tant l’instruction s’achève sur des positions tranchées. Depuis le début de l’affaire, le ministère public estime que le dossier est vide de toute faute. Classement sans suite, réquisitions de non-lieu, le parquet considère qu’il n’y avait pas matière à poursuites judiciaires. Le juge d’instruction en a décidé autrement. L’expertise confiée à deux patrons d’un Samu, l’un à Dijon, l’autre à Amiens, était accablante. Elle a été déterminante. Au vu des symptômes décrits, le régulateur aurait dû envoyer tout de suite une équipe du Smur, notent les deux professeurs. Le médecin« a commis une faute de négligence caractérisée qui a exposé Emmanuel Granier à un risque d’une particulière gravité », considère le magistrat instructeur. La faute en question, c’est « un diagnostic insuffisamment étayé », à cause d’un questionnement téléphonique incomplet.

L’affaire de Poitiers (1984-1988)

La tâche sera encore plus difficile que l’on pourrait croire. Car si la mort prématuré semble pouvoir être rapportée à une prise en charge effective tardive la cause directe du décès, selon l’expertise médicale, c’est le tabagisme de la victime. Il est toujours passionnant d’observer de quelle manière (et jusqu’où les jugent remontent dans l’enchaînement des causalités. Notamment à Poitiers avec la célèbre affaire Mériel – que nous avions couverte pour Le Monde. Le jugement devrait ici être connu avant la fin de l’année 2014.

Le CHU de Poitiers jeudi soir sur TF1

« La nouvelle ne pouvait pas tomber à un plus mauvais moment pour le CHU de Poitiers, observe encore avec une sagacité toute médiatique La Nouvelle République. La décision rendue par le juge d’instruction arrive alors que l’établissement est sous les feux de la rampe de l’actualité pour mettre en valeur le travail de toutes les équipes des urgences. Le premier épisode des six épisodes la série « 24 heures aux urgences », tournée en octobre dans les locaux du CHU, est diffusé jeudi soir  20 février sur TF1. Cette série permet de découvrir le travail quotidien des soignants. »

A demain

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