« La santé est devenue un droit. Un peu trop même » (France Inter)

Bonjour

Ce mardi 18 février est un « jour noir ». C’est une initiative ultra libérale qui fait florès sur les ondes publiques. C’est un mariage sans queue ni tête où la carpe retrouve son lapin.  C’est aussi le pur produit d’une entreprise de communicants, un piège classique dans lequel quelques journalistes professionnels semblent prendre plaisir à tomber.

Dès l’aube la France apprenait que les médecins étaient des suicidaires – au même titre que le sont certains agriculteurs financièrement aux abois. Des chiffres sans références bibliographiques, des sondages venant nourrir des intérêts catégoriels, des approximations en série et des intérêts sans conflits.

Salles de rédaction

Cette initiative est celle de  l’« Union française pour une médecine libre » (UFML). Il s’agit, sans fard aucun, de « sensibiliser le grand public au burn out chez les professionnels de santé ». Cette journée coïncide avec le début des négociations sur la généralisation du tiers payant qui, pour l’heure est le vrai combat des membres, amis et confrères de l’UFML. Comme on peut le voir ici.

Des communiqués de presse inondent les salles de rédaction :

« Stress, surmenage, conditions de travail difficiles… les professionnels de santé sont de plus en plus victimes d’épuisement professionnel. Le taux de suicide est d’ailleurs 2,37 fois plus élevé chez les médecins que dans les autres catégories d’actifs ! Selon un sondage réalisé en octobre 2010 par Groupe Pasteur Mutualité (acteur mutualiste dédié aux professionnels de santé) auprès de 3 786 médecins, 86% des médecins pensent qu’ils pourraient éventuellement avoir besoin d’une consultation de prévention à l’avenir!

Pour leur venir concrètement en aide, Groupe Pasteur Mutualité offre à ses adhérents une consultation de prévention et d’évaluation de l’épuisement professionnel. Dans le plus strict anonymat, cette consultation est assurée par un médecin formé à la détection et au traitement des symptômes d’épuisement professionnel. 

Plus d’informations sur le site www.souffrancedusoignant.fr N’hésitez pas à nous contacter pour toute information complémentaire. Le Docteur Bruno Gaudeau, Président du Groupe Pasteur Mutualité, est à votre disposition pour répondre à vos questions. »

Anonymat garanti

S’assurer coûte que coûte le soutien pro-actif des médias grand public. Ainsi, hier,  l’UFML recherchait :

« Un médecin victime d’un burn-out présent à Paris pour une interview sur Europe 1 ; Un médecin victime d’un burn-out présent à Paris ce mardi matin 07h50 pour une interview en direct sur Radio France (la matinale) ; Un médecin victime d’un burn out pour un témoignage sur France 2. » Et l’UFML d’ajouter : « C’est le moment ou jamais se bouger le cul et de porter ce triste problème au grand jour via des grands medias !!! Anonymat garanti. »

Où il est démontré que l’UFML postule que le burn out n’est pas incompatible avec la mobilisation du grand fessier.

Clara Dupont Monod

Ce matin, sur France Inter, au prime time des croissants pur beurre,  c’est le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML qui est invité. 7h50. « Invité de Clara Dupont-Monod ». Cette dernière « déplore le manque de débats d’idées dans les médias » (1).

Manque de débats ? De fait c’est bien le cas ce matin. L’invité-président lit son discours-tract avec des relances mécaniquement assurées  par la journaliste. On peut l’écouter ici.  Jusqu’au moment où le président de l’UFML en vient à parler de la mauvaise éducation grandissante des patients qui n’est pas étrangère à la grande déprime des médecins. On parle « consumérisme en matière de santé ». Et puis ceci (4’55)

« Donc la santé n’est plus un luxe mais un droit ?

–          La santé est assez souvent un droit. Un peu trop même ».

Clara Dupont-Monod n’en demandera pas plus. Pas plus qu’elle ne relèvera d’autres incongruités. Ce matin, sur France Inter, l’invité était vraiment chez lui.

A demain

(1) Clara Dupond-Monod est ainsi présentée sur France Inter : « Journaliste et écrivain, Clara Dupont-Monod  est née en 1973. Après des études de Lettres à la Sorbonne, où elle se passionnera pour l’ancien français, elle débute sa carrière de journaliste chez Cosmopolitan. Puis elle devient grand reporter chez Marianne, tout en intervenant sur RTL, France Culture ou Canal +.

Son premier roman, Eova Luciole, parait en 1998. Très intéressée par la littérature médiévale, elle écrit, deux ans plus tard, La folie du Roi Marc, inspiré de la légende de Tristan et Yseut ; La passion selon Juette (2007) est lui aussi inspiré d’une figure médiévale et sera en lice pour le Prix Goncourt 2007. Autres thèmes très présents dans les livres de Clara Dupont-Monod : la différence et la marginalité, que l’on retrouve dans Le corps froid, Histoire d’une prostituée (2003) ou dans Nestor rend les armes (2011). Déplorant le manque de débats d’idées dans les médias, Clara Dupont-Monod est par ailleurs à l’origine de la collection Indigne (chez Denoël), qui offre une liberté de ton et un point de vue différent sur les grands sujets de société actuels.

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