Mort au Motilium®: les dessous de l’action de Prescrire

Bonjour

Aujourd’hui c’est le Motilium®. Prescrire  publie un nouveau réquisitoire contre cette spécialité pharmaceutique. La presse d’information générale est invitée à en amplifier le résumé qui lui est (gracieusement) fourni. Le « public » écoute et n’en pense pas moins. L’Agence du médicament revoit ses notes et fait le dos rond. Plus encore si le cabinet de la ministre de la Santé ne fait pas grand cas des « reprises médias ». Généralement la page se tourne. Puis on attend la nouvelle livraison de Prescrire.

TV5 Monde

Aujourd’hui mort au Motilium® (Janssen Cilag). Soit un neuroleptique commercialisé en France depuis trente ans.  Prescrire a présenté, le19 février, une étude concluant  que ce médicament anti- nausées et anti-vomissements pourrait être depuis trente ans à l’origine de morts subites. Par troubles du rythme cardiaque. Estimation pour la France en 2012 : « entre 25 et 120 ». Soit entre  2 et 10 par mois. L’Agence France Presse a publié dès la mi-journée une longue dépêche factuelle – reprise pour tout ou partie par de nombreux médias d’information générale. On verra ici ce qu’il en est avec TV5 Monde. Ou sur le site médical legeneraliste.fr. Ou sur Le Parisien. Mediapart n’en dit rien.

37 génériques

En finir avec le Motilium® ? Soit en finir avec son principe actif domperidone, 37 génériques officiels comme on peut le voir ici. C’est déjà une déjà vieille histoire. Tout ce qui peut être dit est disponible sur le site du gouvernement (ministère de la Santé) à cette adresse medicaments.gouv.frVoici ce qu’il en est (documents joints) avec le Motilium®.

Prescrire avait déjà demandé le retrait du Motilium® il y a, précisément un an (mémoire-blog « Les listes de Prescrire seront-elles toujours noires ? »

Aujourd’hui voici ce que dit Prescrire en résumé. Et voici, ici, le texte détaillé du même mensuel.

Entreprise

Deux observations doivent être ici être faites pour tenter d’éclairer les coulisses de l’entreprise.

La première n’est en rien une coïncidence. Dans quelques jours, l’Agence européenne du médicament doit rendre une recommandation sur cette spécialité. Où l’on voit que la rédaction de Prescrire entend poursuivre et conforter sa volonté d’être un contre-pouvoir. Avec l’aide (gracieuse) de la presse d’information générale. Ce qui n’est ni illégitime ni sans intérêt. Bien au contraire. C’est là une action indispensable face à la puissance néo-orwellienne du complexe médicamenteux national et international. On peut y aussi voir une action nécessaire mais nullement suffisante. Notamment du point de vue économique (et du troublant mystère que demeure la fixation des prix).

Numérateur

La seconde observation tient à la méthode employée. L’équipe de Prescrire a cherché ici à évaluer le nombre de personnes en France ayant consommé de la dompéridone, puis a estimé le nombre de morts subites qu’aurait pu entraîner cette consommation –et ce  en s’appuyant sur des résultats  d’études canadiennes et néerlandaises. Il lui a fallu pour cela un numérateur. Elle l’a trouvé dans l’« échantillon généraliste des bénéficiaires » (EGB). On verra ici de quoi il retourne.  Ou encore ici, pour les plus courageux.

Il s’agit de données rendues anonymes qui incluent les prescriptions de médicaments dispensées en pharmacie et remboursées par notre collectivité. D’où il ressort  qu’en 2012 les médecins français ont prescrit de la dompéridone à trois millions d’adultes et à 18 % des enfants entre 0 et 4 ans. Tant de nausées et tant de vomissements peuvent apparaître surprenants.  Et que prescrire quand la dompéridone aura disparu ? (1)

25 à 120 morts

Puis c’est en rapprochant les données de remboursements par l’assurance maladie et la fréquence des morts subites en France que Prescrire bâtit son « hypothèse vraisemblable » de 25 à 120 morts subites liées à la dompéridone par an. « Il est temps que les autorités sanitaires européennes retirent du marché ce médicament » conclut la revue. Qui refuse d’emblée « une simple mesure de réduction de posologie ou de durée de traitement ».

Il faut encore préciser que c’est l’ « Institut des données de santé » qui « a autorisé »  Prescrire à étudier l’EGB. Voici la raison d’être de cette structure. Prescrire avait déjà eu tout récemment recours à cette méthode pour obtenir des chiffres inédits concernant les quatre spécialités (inefficaces et potentiellement toxiques) largement prescrites chez des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer  (mémoire-blog).

Mediator®

Où l’on voit qu’il s’agit d’une approche différente de celle menée par le groupe « Initiative Transparence Santé » (ITS) qui via la Cada s’attache à découvrir la pleine et entière vérité sur l’affaire du  Mediator®  (on peut le voir ici sur Slate.fr : « Mediator®, le scandale va rebondir » ). Dans les deux cas il s’agit d’un combat essentiel sous l’oriflamme de l’Open Data : obtenir des données chiffrées dans le secteur du médicament, un secteur entièrement soutenu et pris en charge par notre collectivité. Pour l’heure l’ITS semble rencontrer plus de difficultés. Pourquoi ?

A demain

(1) Prescrire : « Pour les patients qui souhaitent malgré tout un médicament, un placebo vraiment dénué d’effet nocif est une option. En cas de reflux gastro-œsophagien, un inhibiteur de la pompe à protons tel que l’oméprazole (Mopral® ou autre) est préférable à la dompéridone. Et dans les rares situations où un « modificateur de la motricité » gastrique semble justifié, le métoclopramide (Primpéran® ou autre) est à discuter, mais avec beaucoup de prudence : à posologie minimale, en surveillant de très près ses effets indésirables de neuroleptique. La métopimazine (Vogalène® ou autre) et l’alizapride (Plitican®) n’ont pas d’avantage démontré sur le métoclopramide.

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