Des femmes stériles et d’autres, fertiles, devront bientôt quitter la France pour procréer

Bonjour,

Faut-il voir ici la provocation d’un mandarin de la procréation ? D’un ancien mandarin, puisqu’il a fait le choix d’abandonner l’Université pour l’exercice privé dans les beaux quartiers. Le Dr François Olivennes s’exprime fréquemment dans les médias ; il vient de signer une profession de foi peu banale dans Le Monde (18 février). Sujet : « l’accès à l’assistance médicale à la procréation (AMP) des couples homosexuels ». Cet accès, on le sait, est fermé en France du fait de la loi.

Un homme et une femme

Au nom de l’éthique et d’une certaine conception de l’homme et de la vie en société, la loi dispose que les techniques biologiques et médicales en question sont des thérapeutiques; qu’elles sont réservées au traitement de la stérilité. Et pas de stérilités étiquetées pathologiques. Celles dont souffrent des couples – couples composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer.

« Le débat fait rage, écrit le Dr Olivennes. Le gouvernement recule, les associations menacent, certains députés se rebiffent. La presse s’en donne à cœur joie, et s’interroge sur l’insémination avec donneur, sur la gestation pour autrui (GPA) et sur le devenir des enfants. Des manifestants défilent contre ces possibilités, et l’opposition à ce projet fédère les foules. »

Opportunités

C’est, pour ce gynécologue-obstétricien, une opportunité. Celle de rappeler qu’en matière de reproduction, la France est « l’un des pays parmi les plus rétrogrades d’Europe ». Pour lui, c’était mieux avant, nous déchantons aujourd’hui et cela devra être mieux demain.

« La France a été le troisième pays à réussir la fécondation in vitro (FIV). Nos équipes ont été abondamment citées lors de l’émergence de cette technique, il y a trente ans, se souvient-il. Les médecins du monde entier venaient en France s’initier à ces techniques qui ont révolutionné la prise en charge de l’infertilité. La situation a bien changé. Aujourd’hui les résultats de la FIV nous classent parmi les plus mauvais d’Europe. Même si elle est prise en charge par la Sécurité sociale, la tarification des actes et les moyens dont nous disposons ne nous permettent pas de nous mettre au niveau des meilleures équipes mondiales. »

Tarifications

On démontrerait sans mal que c’est là une lecture bien partiale de la réalité. Comment imaginer qu’une tarification plus élevée des actes médicaux (publics et privés) permettrait d’améliorer les résultats de l’AMP ? La prise en charge intégrale de ces actes par notre Assurance maladie est une exception notable à l’échelon international. L’ensemble de l’activité de la PMA est –sauf dépassements d’honoraires- le fait des deniers de la collectivité. A ne pas oublier.

Mais le véritables propos du Dr Olivennes est ailleurs. Il tient au fait que « certaines pratiques ne sont pas autorisées en France », ce qui selon lui « oblige de plus en plus de couples ou de femmes à se rendre à l’étranger pour bénéficier de moyens techniques adaptés à leur situation ». Deux points majeurs dans son propos.

Véritable scandale ?

Il s’agit tout d’abord du don d’ovocytes. « Le don d’ovocytes est parfois le seul recours pour permettre à une femme de porter l’enfant conçu avec le sperme de son mari, écrit-il. Bien que pareil don soit légal en France, en pratique, il est très difficile à réaliser. Il oblige la femme à trouver une donneuse et le taux de succès est inférieur à ceux obtenus ailleurs en Europe. Le dernier recensement en France conduit par l’Agence de biomédecine faisait état de 400 dons en 2011. Aucun chiffre officiel n’existe, mais des milliers de Françaises partent chaque année à l’étranger pour recevoir un tel don. C’est un véritable scandale. Depuis des années, les professionnels de santé réclament une table ronde pour réfléchir à des solutions. Cette situation ne peut plus durer, car le don d’ovocytes sera de plus en plus nécessaire à la reproduction. »

Une « table ronde » ? Pout autoriser la rémunération des donneuses, pratique retrouvée dans cet « étranger » où vont ces femmes ?

Pédopsychiatres réticents

Il s’agit enfin et surtout de la grande question des « femmes seules ». Qui sont ces femmes ? Ecoutons le Dr Olivennes :

« Elles sont de plus en plus nombreuses à se présenter dans mon cabinet autour de la quarantaine. Pour la plupart elles rêveraient, bien sûr, de procréer avec un partenaire masculin. Elles ne l’ont pas trouvé ou se sont retrouvées avec des partenaires sans réel désir d’enfant ou avec un désir à contretemps. Elles sont inquiètes de voir leur horloge biologique tourner et ne veulent pas vivre sans enfant. Elles se tournent alors vers l’AMP en quête d’insémination avec donneur.

Les pédopsychiatres français sont plutôt réticents sur ce type de projet, mais certaines équipes étrangères qui pratiquent ces inséminations pensent que si la femme ne rejette pas a priori toute relation masculine et qu’une attention est portée à ne pas établir une relation trop fusionnelle avec l’enfant, l’équilibre de ces enfants n’est pas menacé. Le travail de suivi fait par ces équipes démontre que ces familles se portent bien si la sélection des candidates à l’insémination est faite avec attention. Ce type de demande d’AMP va aussi en augmentant. »

Si l’on comprend bien la demande sociétale justifierait à elle seule une offre médicale, alors même qu’il n’est plus question ici de thérapeutique. Pour le dire autrement, le savoir médical et les deniers publics devraient pallier l’absence de partenaires masculins ad hoc (« Elles ne l’ont pas trouvé ou se sont retrouvées avec des partenaires sans réel désir d’enfant ou avec un désir à contretemps »).

Sélection par l’argent

« En Europe, la Belgique, l’Espagne, le Royaume-Uni, les pays scandinaves, sans parler de nombreux pays de l’Est pratiquent toutes ces techniques de reproduction, poursuit le Dr Olivennes. Ces pays ne sont pas tous irresponsables ; ils ont aussi des lois et se sont posé les questions éthiques. Ils ont des positions plus pragmatiques et aussi plus respectueuses du désir actuel des couples ou des femmes. » L’éthique réside-t-elle toujours dans le respect du désir du demandeur, désir exprimé dans un espace marchand ?

L’argent, le Dr Olivennes en parle. « Notre pays reste un petit village gaulois campé sur ses positions rétrogrades mais surtout hypocrites, car des milliers de femmes se rendent à l’étranger, parfois à une heure de Paris, pour bénéficier de ces techniques. Cela institue une insupportable sélection par l’argent et donc par le statut social. La France n’est pas un pays ami pour les femmes confrontées à une stérilité présente ou future. Elles doivent ou devront quitter leur pays ou renoncer à leur désir d’enfant. Il est peut-être temps pour elles de se rebeller sérieusement. »

Sérieusement ?

A demain

Une réflexion sur “Des femmes stériles et d’autres, fertiles, devront bientôt quitter la France pour procréer

  1. Impressionnant de penser aussi peu à celles qui vendent leurs ovules, et au pourquoi de cette vente… Ah la sélection par l’argent, ça vaut pour protéger les riches stériles, mais pas les pauvres donneuses au risque de leur santé. Merci pour cette subtile mise en valeur des propos de M. Olivennes.

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