L’alcoolisme selon Eddy Mitchell

Bonjour,

Hier, dans le Journal du Dimanche, le chanteur Eddy Mitchell expliquait qu’il existe deux sortes d’alcoolisme (1). « Il fait partie de ces hommes qui boivent non pour s’enivrer, mais pour rêver et s’échapper » dit-il d’Albert Quentin. Albert Quentin, fils d’Antoine Blondin et cousin germain de Jean Gabin.

Eddy Mitchell/Claude Moine, 71 ans, nous parle d’alcoolisme à la veille d’une première théâtrale : « Un singe en hiver » (2), adaptation du roman devenu culte d’Antoine Blondin. Roman qui donna un film encore présent dans certaines mémoires. Un film où  Gabin et Belmondo traversaient l’écran sans restituer la tragédie de l’écrit. Un film signé Henri Verneuil dans lequel Michel Audiard décalquait Blondin. Un film magnifié par le contrepoint de Suzanne Flon sans laquelle le sevrage de Gabin ne serait pas – et ne serait rien.

Bourvil

Eddy Mitchell/Claude Moine ne nous disent rien d’autre sur l’alcoolisme. C’est grabd dommage. Peut-être pourraient-ils nous faire entrer dans le secret de ce qu’est  jouer l’alcoolique, ce jeu qui provoque aussitôt le rire-réflexe des spectateurs. L’ivresse désinhibitrice fait rire, peut-être parce que le ça fait peur. On nage d’emblée, ici,  dans le comique. Comme dans celui, sublime, de L’eau ferrugineuse.

Dans son entretien promotion le chanteur-acteur déclare au journal dominical : « J’ai compris pourquoi personne n’avait pensé à faire du roman une pièce de théâtre : il y en a, du texte ! Et ça n’est pas « Passe-moi le sel ! ». On a à peine réussi à se mettre un paragraphe dans la tronche qu’il faut enchaîner avec un autre. J’ai bossé comme un fou pour avoir le texte bien en bouche. » On peut voir là une forme d’humour. Voire un hommage au talent de Blondin. On peut aussi ne pas apprécier.

Blondin

Sans doute n’est-il pas nécessaire d’avoir croisé Blondin pour saisir de Le singe n’a rien de franchement drôle. Ou plus précisément que l’on est ici dans la tragi-comédie. On peut même songer que cette Normandie d’opérette est un clin d’œil francophone d’Antoine à William, qui écrivit de l’autre côté de la Manche.

Relire ce qui a été écrit sur Le singe est souvent désespérant se superficialité. Pas toujours. Blondin savait mieux que personne de quoi il retournait. Mais on peut aussi postuler qu’il était déjà ailleurs, rue Mazarine, ronflant à l’ombre des Immortels. On lit ceci, par exemple, écrit dans le journal dominical à l’occasion d’un festival de cinéma :

Audiard

«  Qu’est-ce qu’ils picolent, mais qu’est-ce qu’on les aime! Qui n’a jamais vu Un singe en hiver, d’Henri Verneuil, devrait immédiatement remédier à cet oubli cul sec. Car voilà la meilleure biture offerte par le cinéma français ces cinquante dernières années. Ça fuse, ça tangue, ça pétille, ça danse du flamenco au son des castagnettes. De Gabin, incarnation de la tradition avec sa gouaille inimitable – « Si je buvais moins, je serais un autre homme, mais j’y tiens pas » – à Belmondo, acteur fétiche de la nouvelle vague – « Monsieur Esnault, si la connerie n’est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille! » – le film imposait en cette année 1962 un casting d’anthologie sur des répliques cultes signées Michel Audiard « On va leur montrer ce qu’un jeune et un vieux peuvent faire », lançait ce tandem de pochtrons magnifiques. Car cette adaptation du roman d’Antoine Blondin résonne comme un hymne à la soûlographie et à ses bienfaits. « Je ne sais pas si Verneuil pourrait le tourner aujourd’hui, dit Thierry Frémaux, organisateur du festival Lumière, présidé par Bertrand Tavernier. Un singe en hiver est une grande apologie de l’ivresse obtenue par l’alcool, mais c’est aussi la métaphore de l’ivresse de la vie, de la vieillesse, de la jeunesse. » »

Quentin-Gabin-Flon

On peut encore voir dans le succès du singe sur écran une histoire anarchisante dans une époque où le gaullisme commençait, déjà, à prendre de l’âge. On peut aussi et surtout entendre l’appel désespéré d’un Blondin a mi-chemin, écartelé entre une suite alcoolique connue et l’espérance d’un sevrage salvateur. Une véritable croisée des chemins. On sait celui qui fut le sien. Ce ne fut pas celui d’Albert Quentin. Et Le singe est le signe, l’unité tragique du sevré tenté par une reviviscence délétère. Ici l’échange Gabin Flon est une merveille d’écriture alcoolique.

Depuis Le singe sur écran d’autres ont tenté de mettre en scène la sortie de l’alcoolisme. Ce fut une petite sortie du virage avec « Le dernier pour la route ». Nettement moins avec « Le bruit des glaçons ».  Aller voir la version théâtralisée d’un chef d’œuvre – un livre dont le cinéma ne sut rendre qu’une fraction ? Peut-être. Nous en reparlerons.

A demain

(1) Alcoolisme et médias :  l’association Aubes annonce pour cette journée du 24 février une « opération média » sur le Baclofène. Pour en savoir plus, écouter Europe 1

(2) « Un singe en hiver », à partir du 27 février au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 75009 Paris. theatredeparis.com

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