Emmanuel Giboulot, le vigneron héraut des bio-bio

Bonjour

C’est une histoire moderne en diable. Celle d’un vigneron bourguignon qui sait que sa terre, elle, ne ment pas. L’histoire d’un vigneron qui refusa courageusement de traiter ses vignes alors qu’une sale épidémie menaçait. Un vigneron moderne qui sait user de la Toile (voir ici ) pour se défendre devant la justice et contre les pouvoir publics de son pays. Un vigneron porté par le soutien épidémique des réseaux sociaux et politiques hyper-réceptifs à ce Robin des bois de la vigne : Europe-Ecologie-Les Verts, le NPA, Greenpeace et Attac. D’autres encore, moins politiques. C’est l’histoire symptomatique d’Emmanuel Giboulot.

Biodynamie

Résumons-là. Soit un homme de 51 ans, viticulteur (une dizaine d’hectares) en côte-de-beaune et en hautes-côtes-de-nuits. Giboulot travaille en biodynamie, une pratique  culturale extrême développée en France avec le succès que l’on sait depuis plus de trente ans par Nicolas Joly dans son angevine Coulée de Serrant. Giboulot et ses confrères sont menacés par une épidémie de flavescence dorée. Au nom de ses principes il refuse de traiter – et, de ce fait, menace les vignes (pinot noir et chardonnay) de la communauté.

Porté en liesse

Poursuivi pour avoir déserté devant l’ennemi il était  appelé le 24 février devant le tribunal correctionnel militaire de Dijon. Il y vint, mais soutenu, porté en liesse par une foule de ses partisans de l’arrière. Il encourt jusqu’à six mois d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Le parquet a fait valoir que M. Giboulot avait « commis une infraction pénale ».  En clair il n’a pas respecté « par choix idéologique » un l’arrêté préfectoral qui imposait de protéger contre l’ennemie dorée toutes les vignes de Côte-d’Or. Une amende de 1 000 euros, assortie pour moitié du sursis, a été requise à son encontre. La juge a mis la décision en délibéré au 7 avril. Nous en reparlerons.

Quintessence

L’affaire a été amplement couverte par la presse nationale. On  voulu y voir la quintessence de l’opposition entre les ringards et les modernes, entre la profession viticole et les militants écologistes. Entre la recherche du profit et le respect de la nature. C’est, à dire vrai, nettement plus compliqué. D’abord parce que cette profession comporte en son sein de nombreux « écologistes » non encartés – notamment en Bourgogne. Ensuite parce que l’énergie contagieuse qui soutient les partisans enfiévrés à ce vigneron ne coule pas toujours de source. A commencer par celle, trouble, d’outre Quiévrain, étiquetée Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN).

Enfin parce que la flavescence dorée est tout sauf une plaisanterie, et que l’affaire dépasse la Côte-d’Or comme on peut le voir ici. C’est aussi une pathologie épidémique qui répond à bien d’autres approches préventives que le recours aux insecticides de l’aveugle  chimie productiviste à commencer par  le Pyrevert.

Cicadelle

Pour sa part Emmanuel Giboulot ne l’entend pas de cette oreille.  « La biodynamie, explique-t-il, consiste à créer  un équilibre global au sein d’un milieu naturel, un écosystème qui fonctionne en autonomie. L’insecticide, même autorisé en agriculture biologique, n’est pas sélectif : il aurait détruit la cicadelle, [Scaphoideus titanus] l’insecte vecteur de la flavescence dorée, mais aussi une partie de la faune auxiliaire sur laquelle je m’appuie pour réguler  cet écosystème. Cela aurait réduit à néant tous mes efforts de développer  des approches alternatives depuis que je me suis lancé en 1985. » Sauver les abeilles et les papillons ?  Ce sont là des arguments que l’on peut entendre.

La question qui tue

M. Giboulot ajoute : « Je ne voulais pas utiliser de produits chimiques dans mes parcelles que ma famille cultive en bio depuis 1970. Je suis donc jugé pour avoir refusé d’empoisonner mes propres terres ». On peut le dire autrement : M. Giboulot a, de ce fait, a mis en danger les vignes de ses voisins et des voisins de ses voisins. Et il a expliqué avoir refusé de traiter parce qu’il ne voyait pas les symptômes de la maladie. C’est là un beau paradoxe vert: M. Giboulot refuse le principe de précaution au motif qu’il voit en lui un empoisonnement potentiel. Le parallèle avec la vaccination ne peut pas, ici, ne pas être fait.

Le 24 février la présidente du tribunal de Dijon posa  au vigneron bio la question qui tue : « Si des vignobles avaient été touchés près de vos vignes, votre décision aurait-elle été la même ?». « Non, bien sûr que non, répondit-il. J’ai conscience qu’il s’agit d’une maladie dangereuse ».

Où l’on voit qu’en 2014 il faut encore, parfois, voir la maladie pour y croire.

A demain

10 réflexions sur “Emmanuel Giboulot, le vigneron héraut des bio-bio

  1. Son « succès » (engagement créé) sur les résaux sociaux a été phénoménal en un laps de temps très court. Cette personne me fait un peu penser aux débuts médiatiques de José Bové ; dommage que le bon sens bio soit parfois en conflit direct avec la « loi actuelle »…

  2. Apres lecture de votre article, j’ai demandé à un ami viticulteur ce qu’il en pensait : réponse « Et bien passons les quelques fautes qui auraient pu être corrigées après relecture. Cet article me semble quelque peu ambigu. En effet dans le même paragraphe, il souligne le « refus courageux » d’Emmanuel et la menace qu’il fait peser « sur les vignes de la communauté ». Et plus loin il cite toujours Emmanuel qui avance ses arguments et j’ai un peu de mal à comprendre la position du rédacteur. Je connais Emmanuel et ai d’ailleurs failli travailler pour lui. Je confirme ce qu’il dit et pratique une viticulture saine depuis longtemps, bien avant le très médiatisé Nicolas Joly. Il faut savoir que les invasions éventuelles d’insectes, comme d’autres parasites est le fait de l’utilisation en quantité irréfléchies de produits aux noms ayant pour suffixe « cide ». En effet en détruisant les équilibres parfois fragiles de la nature, certaines espèces vont proliférer et pas seulement les mouches à merde. L’observation d’Emmanuel me semble être pertinente. Si les risques de prolifération de cette cicadelle étaient réel, en ne traitant pas ses vignes alors que ses voisins le faisaient, le gars Giboulot n’aurait plus que les yeux pour pleurer, toutes les bébêtes se seraient rendu dans ce havre de tranquillité. A mon sens et contrairement à ce qui est écrit c’est bien Emmanuel qui a utilisé le principe de précaution. Dans ce domaine comme dans d’autres il faut savoir de quoi on parle et même si la viticulture est la branche qui connait le plus grand essor vers l’AB, les lobbies sont encore puissants et tenaces. « 

  3. Je pensais lire ici un vrai débat ….avec de vrais preuves de ce que vous avancez….je trouve une terre stérile ….des orientations plutôt fumeuses…. et on cherche le reste…. « faim de mots « .
    Peut être est-ce votre profond souhait inconscient :stériliser la vie mais surtout obliger les autres à le faire. Pourquoi obliger autrui à faire comme vous ….une grande peur collective très certainement , qu en pensez vous M. NAU ?
    Identifiez vos peurs et qui sait l’envie d’ aller renifler quelques jolies fleurs , d’observer cette nature vous prendra peut être tout le cœur .

    En revenant à l ‘essentiel si je me vaccine c ‘est pas pour obliger mon voisin à faire de même, au contraire, car si ils sont si efficaces je ne devrais plus rien craindre des personnes non vaccinées et porteuses…. alors la vigne c ‘est pas la même histoire ????

    Si vous avez des enfants peut être qu ils remercieront un jour des gens qui ont donné gratuitement de leur temps pour trouver d autres alternatives à des molécules dont on sait plus quoi faire une fois dans notre assiette ou dans notre verre d’eau ….

    En attendant permettez moi ceci, j ai utilisé de la phyto. je n avais aucune sensibilité écologique mais quand votre journée se termine que vous « pissez du nez  » avec les yeux rouge, voyez des oiseaux morts en rentrant, …..
    Alors si vous ne réagissez pas c ‘est que vous n êtes plus des vivants….
    En tout cas je ne me mets pas dix pulls en me disant si jamais il va faire froid , j’ajoute un pull supplémentaire que lorsqu il fait froid ! pourquoi partir en guerre à très grand frais, quand vous n avez rien à viser ….même les chasseurs n’en feraient pas autant .
    Vous savez, quand je propose à ceux qui m imposent des traitements, de traiter d abord leur jardin pour voir si il n y a pas d’effets indésirés, ou même d’en prendre au dose soit disant prescrites comme non dangereuse dans de l eau , ils changent bizarrement de sujet ….le regard fuyant … pourquoi ?
    voilà un sujet intéressant pour votre Blog M. NAU …. un vrai… et avec du « CORPS » !
    Pour finir cette petite histoire le seul qui m ait regardé en face m ‘a dit ceci , « vous avez raison je ne voyais pas les choses de cette façon , merci de m avoir rendu la lumière »…. »mais vous savez ça me permet d avoir des avantages pour les vacances … »
    Chacun est libre de choisir ….en tout cas je suis heureux le mien est fait !!

    Mais … car il y a un mais ….je n ‘écris sur votre blog , où je vous remercie au passage de laisser libre expression à ceux qui le souhaitent , que pour une seule et unique raison:

    Nous sommes libre de nos choix individuels (enfin je croyais jusqu’à ce verdict)
    mais « LE CHOIX DE NOTRE PLANÈTE APPARTIENT A TOUS  » et pas uniquement à des personnes qui ont peur et avancent avec comme Crédo détruire puis voir ensuite …..à ce sujet j’ invite chacun a relire « INDIGNEZ-VOUS » de Stephane HESSEL .

    • Merci pour la lecture critique que vous venez de faire de ce billet.

      Trois observations

      1 Il est impossible de traiter (le plus objectivement possible) de certains sujets sans déclencher de très vives passions. C’est notamment le cas, aujourd’hui, de la vigne des vins « bios » ou des ondes électromagnétiques. Hier il s’agissait de l’homéopathie, des « leucémies près des centrales nucléaires » ou de la dimension thérapeutique de la psychanalyse. Avant-hier les passions se nourrissaient de la génération spontanée, des preuves de l’existence de Dieu (du Diable) ou, plus difficile encore, du sexe des anges.

      2 L’affaire Giboulot m’a semblé être une quintessence de ces passions. J’ai commencé à la traiter sous cet angle – en sachant que je prenais le risque de ne pas être compris. Ce risque existait donc bel et bien. Je reviendrai sur cette affaire exemplaire.

      3 Vous écrivez:
      « En revenant à l ‘essentiel si je me vaccine c ‘est pas pour obliger mon voisin à faire de même, au contraire, car si ils sont si efficaces je ne devrais plus rien craindre des personnes non vaccinées et porteuses…. alors la vigne c ‘est pas la même histoire ???? »
      Je ne connais pas les raisons qui vous poussent ou non à vous faire vacciner. vous devez en revanche reconnaître que si tous vos voisins se vaccinent il vous offrent l’opportunité de ne pas vous faire vacciner. Eux se protègent en prenant les risques inhérents à cette protection. Ce faisant ils vous protègent. Il en va de même pour les vignes de M. Giboulot. Où il est démontré que « vacciner-traiter » rime assez bien avec solidarité.

      J.-Y. N.

  4. @J.Y. Nau : comme vous l’écrivez vous mêmes, il est parfois difficile d’aborder certains sujet tant la polémique qui les entoure fait que la réception d’un exposé est immédiatement saisi par une vue partisane. Voilà pourquoi je ne comprends pas que d’emblée vous rangiez les prises de positions d’E. Giboulot dans la catégorie pétainiste ( « la terre ne ment pas ») : ça ne permet pas d’examiner sereinement ses arguments. Et le reste de l’article est à l’avenant en le décrivant comme déserteur et autres qualificatifs. Cette qualification de déserteur outre qu’elle pourrait très bien avoir été proférée par les partisans du maréchal à l’encontre de ceux qui n’acceptaient pas le principe de réalité alors que l’Europe semblait devoir être allemande, est en l’occurrence inexacte puisque E. Giboulot est monté au front quelques années auparavant en proposant une solution de précaution, l’échaudage des plants, qui a été refusée par les autorités….
    Monsieur le Président Je vous fais une lettre Que vous lirez peut-être Si vous avez le temps…

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