Alcoolisme-baclofène : mandarins et fantassins remontent au front

Bonjour

L’alcoolisme n’est pas un vice. Ce n’est pas non plus une faiblesse de caractère. Mais qu’est-ce donc que ce penchant qui vous fait réclamer  quel qu’en soit le prix. L’ivresse massive et non plus le bel auxey- duresses ? Cela peut être assez simplement dit : l’alcoolisme n’est qu’une maladie. Une maladie qui se soigne. Surtout quand on en parle.

C’est le rappel fait aux citoyens en ce matin du 27 février. Rappel signé par ceux qui repartent au front du baclofène. Un groupe de fantassins et mandarins, d’active ou de réserve, dont on trouvera les noms ci-dessous.

Ils redisent l’état du pays:  entre 2 et 3 millions de citoyens alcoolo-dépendants. Qui se cachent le plus souvent ; ou que l’on cache. Une bombe à fragmentation qui fait plus de 130 morts prématurées par jour. Dans l’indifférence quasi générale.

Un coût social pour l’Etat entre 20 et 37 milliards d’euros par an. Presque 1,5% du PIB d’un pays qui commence à racler ses fonds de tiroirs Empire. « Ce sont les coûts et les ravages d’une épidémie sans trêve » disent ces soldats qui savent écrire – et qui apprennent à parler dans les micros.

Ecoutons-les :

« L’abstinence est encore bien souvent la seule proposition faite aux malades. La volonté, les associations de soutien et de prévention, quelques médicaments à l’effet pour le moins modeste ou les cures de sevrage sont tous destinés à maintenir l’abstinence. Le malade supporte mieux sa maladie mais reste malade, condamné à vie à lutter seul contre son addiction. Dans ce combat inhumain, l’immense majorité rechute. D’autres abdiquent et succombent à une mort prématurée. »

Ecoutons-les dégoupiller :

« Pourtant il existe désormais un traitement très efficace. Le baclofène, découvert en 1962, est un relaxant musculaire. Cette molécule est très proche du neurotransmetteur GABA que le cerveau produit naturellement. Le baclofène se fixe sur le neurorécepteur GABAb. Cela entraînerait la régulation de la production de dopamine, neuromédiateur principal du système de récompense possiblement à l’origine de la dépendance. L’addiction à l’alcool disparaîtrait alors car l’équilibre de ce système serait rétabli. »

Ecoutons-les se souvenir,  se recueillir :  

 «  Cette découverte médicale date de 2004. Elle est due au Pr Olivier Ameisen, un cardiologue français, lui-même dépendant à l’alcool. Cette vieille molécule ne présente aucun intérêt commercial, ce qui explique en partie sa difficulté à s’imposer. »

Ecoutons-les dénoncer l’ennemi-intérieur :

« La France est le pays où cette prescription médicale est la plus avancée mais encore trop méconnue, trop étouffée. Depuis 2008, notes d’informations dissuasives ou menaçantes, tribunes de dénigrement, commissions médicales corporatistes se succèdent. Tout l’arsenal de l’obscurantisme est déployé, renforcé par les conflits d’intérêts. Malgré cela, plus de 10 000 médecins prescrivent ce traitement avec courage et humanisme. Deux associations (Aubes et Baclofène) fédérant 12 000 membres animent bénévolement deux forums Internet où s’échangent chaque jour plus de 300 messages de soutien et de conseils pour favoriser un suivi médical de qualité et de proximité. Une association (Resab) est née pour former les médecins et améliorer les taux de succès. Deux études en double aveugle contre placebo sont en cours pour apporter de nouvelles preuves scientifiques d’efficacité. Les études déjà publiées montrent un taux durable d’efficacité d’au moins 50 %, avec une qualité de guérison jamais observée dans ce domaine.

 Des milliers de malades goûtent enfin à une vie libre, saine et au plaisir d’apprécier un verre de vin comme tout le monde. Ce sont autant de parcours socio-professionnels se réinscrivant dans la réussite, autant de familles, de proches retrouvant sérénité et confiance dans l’avenir. Autant de coûts sociaux que l’Etat ne supporte plus. »

Ecoutons-les en appeler au soutien pour ce qu’il pense être la victoire.

 « Le Pr Maraninchi, directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) l’a compris. Le 3 juin 2013 à l’hôpital Cochin, devant une assemblée de médecins, de patients, et en présence du Pr Olivier Ameisen, il a annoncé officiellement une prochaine recommandation temporaire d’utilisation (RTU) du baclofène à hautes doses dans l’addiction à l’alcool. »

Ecoutons-les se faire menaçants :

« Depuis, on attend. Prévue pour fin de l’été 2013, cette RTU a été repoussée à l’automne, puis à janvier 2014 et maintenant courant premier semestre. Un projet de limitation les doses prescrites risque de provoquer l’échec du traitement pour un patient sur trois. Les malades atteints de troubles psychiatriques n’auraient pas le droit d’être traités, victimes une fois de plus d’une indigne discrimination. Le traitement des informations recueillies lors de cette RTU nécessite de saisir la CNIL, qui n’a toujours pas rendu son avis. Quels seront demain les nouveaux obstacles que dressera notre bureaucratie pour retarder encore cette RTU ? »

Pour en finir :  

« Un traitement de l’alcoolisme existe et a fait ses preuves. Ne pas le rendre accessible facilement à ceux qui en ont besoin, leur vie étant en jeu, c’est se rendre coupable de non-assistance à personne en danger et cautionner ce drame humanitaire. La France serait-il le pays des droits de l’homme où celui de guérir de l’alcoolisme serait refusé ? Question posée aussi à la ministre de la Santé, car aujourd’hui plus de deux millions de malades n’ont d’autre perspective que la souffrance à vie ou la mort prématurée. »

Ces fantassins lettrés, ces mandarins d’active et de réserve auraient pu filer leur métaphore. Marisol Touraine seraient passée de ministre de la Santé à ministre des Armées. Et sans doute auraient-ils pu entrer directement au Palais de l’Elysée ; Palais où, comme chacun sait, siège le Chef des armées _ où il est entouré de ses conseillers pour la santé de Français.

En primeur :

On peut imaginer que leur message résumé y sera bientôt lu. Le voici, en primeur :

« Le baclofène, formidable découverte, constitue une révolution médicale majeure. Comme dans d’autres domaines, la France est à la pointe de l’innovation médicale et à l’origine de nouvelles avancées  sanitaires, économiques et sociales, dont le monde entier pourra profiter. Notre Agence du médicament a comme mission « d’offrir un accès équitable à l’innovation pour tous les patients ». L’engagement responsable de don directeur général, le Pr Dominique Maraninchi doit être tenu rapidement, sans restriction des doses contraire aux données actuelles de la science, ni exclusion de catégories de patients ou de prescripteurs.

Des centaines de milliers de malades alcoolo-dépendants, des milliers de médecins n’attendent plus que cette validation administrative. Depuis le 3 juin 2013, l’alcool a tué plus de 30 000 personnes. Combien en faut-il encore pour que les pouvoirs publics se décident à agir? »

Nous sommes le 27 févier. Bientôt les Ides de Mars.

A demain

Renaud de Beaurepaire, Psychiatre, neurobiologiste, chef de service à l’hôpital Paul Guirard – Villejuif ; Sibel Bilal-de La Selle, TA Santé Services, Directrice ; Jacques-Louis Binet, Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie nationale de Médecine ; Samuel Blaise, Entrepreneur ; Yves Brasey, Vice-Président de l’association Baclofène ; François Chast, professeur de pharmacologie, ancien président de l’Académie Nationale de Pharmacie ; Roland Dardennes, Professeur de Psychiatrie, Université Paris Descartes – Paris ; Bernard Debré, Professeur d’Urologie, Député, ancien membre du Comité Consultatif National d’Ethique, Pascal Gache, Médecin alcoologue, addictologue, Président de l’association Aubes ; Bernard Granger, Professeur de psychiatrie, Chef de l’unité de psychiatrie de l’hôpital Tarnier – Paris ; Sylvie Imbert, Présidente de l’association Baclofène ; Philippe Jaury, Médecin généraliste, addictologue, Université Paris Descartes – Paris ; Bernard Joussaume, Médecin généraliste, co-fondateur de l’association Aubes ; Patrick de La Selle, Médecin généraliste, Président de l’association Resab ; Christophe Lançon, Psychiatre à l’hôpital Sainte-Marguerite – Marseille ; Jean-RogerLe Gall,  Membre de l’Académie nationale de Médecine ; Pierre Leclerc, Coordinateur du Collectif « 7 ans, 100.000 morts » ; Thierry Poynard, Médecin, chef du service d’hépato-gastro-entérologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière – Paris ; Annie Rapp, Omnipraticien, psychotherapeute – Paris ; Didier Sicard, Professeur de Médecine, Président d’onneur du Comité Consultatif National d’Ethique ;  Florence Thibaut Psychiatre, Hôpital Tarnier – Paris.

 

3 réflexions sur “Alcoolisme-baclofène : mandarins et fantassins remontent au front

  1. On ne comprend pas trop le sens de l’article… Est-ce un bine ? un mal ? Une réussite assurée ? Le ton persifleur de l’article est un peu dommage si l’on est vraiment devant une avancée dans la lutte contre le fléau alcoolique…

    • Persifleur ? « Qui aime à tourner quelqu’un en ridicule en employant un ton de plaisanterie ironique ou en feignant de le louer, de lui témoigner de la sympathie, de l’intérêt. »
      Je suis navré que vous ayez pu interpréter de la sorte ce qui est une métaphore filée. Il s’agit ici de raconter les évènements de ce qui constitue bel et bien un affrontement.
      Quant à l’ampleur exacte de cette avancée il faudra encore patienter.
      J.-Y N.

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