La morte des urgences de Cochin : le mystère de l’autopsie manquante

Bonjour,

La lumière ne sera pas faire. La lumière médicale s’entend. Aucune théorie du complot ici. Mais la simple lecture des faits tels qu’ils nous sont donnés à lire par la direction générale de l’AP-HP. (« La morte des urgences de Cochin : à 21h 18 elle était toujours vivante ». Soit une lumière administrative. Et une administration hospitalière qui a décidé de faire en son sein par ses propres moyens. Comme la Police des polices le fait à sa façon. Pas d’œil externe.

La  direction générale de l’AP-HP a fait réaliser l’enquête par  le «Bureau d’Enquête-Analyse du Groupe Hospitalier Hôpitaux Universitaires Paris Centre». Cette enquête a été réalisée entre le jeudi 20 février et le mercredi 26 février. Ce rapport peut être consulté  ici. Les médias qui s’intéressent encore à l’affaire en ont reproduit le résumé qui leur été fourni : on retient que l’AP-HP reconnaît des « dysfonctionnement ». C’est bien le moins quand on prend connaissance de la somme de ce qui a dysfonctionné.

« Mort subite »

L’enquête qui nous est offerte est presque parfaite. Tirée à trois épingles. C’est dire qu’il manque un élément, un élément majeur : la cause de la mort de cette femme. La direction de l’AP-HP balaie l’affaire en trois lignes.  Une seule mention est apportée dans le rapport où l’on cite  les Prs Loïc Capron, Pierre Carli et Bruno Rion. Ces trois spécialistes réputés expliquent ne pouvoir évoquer qu’une hypothèse: «Mort subite présumée d’origine cardiaque. Diagnostic retenu après analyse du dossier médical et scanner post mortem, à défaut d’autopsie refusée par les proches.» 

Refusée par les proches ? Nous avons interrogé le service de presse de l’AP-HP. En substance, rien à déclarer. Tout est dit dans le rapport. La famille ne voulait pas d’autopsie. On argumente. On tente d’expliquer que la question n’est pas celle de savoir si la famille « veut » ou non qu’une autopsie soit pratiquée. Qu’il s’agit d’une mort inexpliquée, d’une mort suspecte. Que l’affaire la dépasse, qu’elle est du ressort de la justice comme le dispose le code pénal.

« Mort inopinée »

Notre interlocuteur se renseigne, revient. Rien. « C’était une mort inopinée » consentira-t-il. Il faut donc circuler. On ne saura pas si l’hypothèse d’une saisine du procureur de la République de Paris a été évoquée ; de même que l’on ne saura peut-être jamais pourquoi ce même procureur ne s’est pas saisi de l’affaire (hautement médiatisée) pour demander qu’une autopsie médico-légale soit réalisée.

Rumeurs

De quoi cette femme est-elle réellement morte ? Des rumeurs commencent à circuler dans le milieu médical parisien. On évoque des scénarios médicaux fondés sur des confidences de ceux qui ont eu connaissance des faits. C’est immanquable et c’est la pire des choses.  Pour sa part avant même les conclusions de l’enquête Martin Hirsch avait déclaré, sur France Inter,  qu’en toute hypothèse cette femme «ne pouvait pas être sauvée». Pourquoi ? Pourquoi n’a-t-on pas pratiqué d’autopsie médico-légale aux fins de rechercher les causes exactes de la mort ?

Responsabilité de l’AP-HP

« Du strict point de vue du droit l’absence d’autopsie médico-légale est totalement incompréhensible nous a déclaré, pour Slate.fr  (1) Michel  Sabourault, ancien procureur général. Cette femme aurait, dans la rue, était victime d’une mort suspecte ou inexpliquée on aurait mieux cherché à comprendre qu’on ne l’a fait ici. Le refus de la famille ne peut en aucune manière s’opposer à l’action du parquet. Cette recherche des causes de la mort dans un cadre médico-légal est d’autant plus importante qu’elle aurait permis de dire si les failles reconnues et incontestables dans la prise en charge de cette patiente ont pu, ou non, être des facteurs aggravants. La justice n’étant pas saisie pour des raisons que l’on ignore l’AP-HP ne peut être mise en cause. Ceci donne clairement le sentiment que l’AP-HP fonctionne dans un espace spécifique, hors du cadre commun. C’est difficilement compréhensible et hautement regrettable.»

Blancheur cadavérique

Cette même analyse peut être faite sous un autre angle. «Voici donc une jeune sexagénaire, venue aux urgences de Cochin pour une petite blessure au pied, à qui on pose un bracelet pour l’identifier et qui meurt assise, six heures plus tard, sans bruit et sans plainte, à côté de quatre personnes et en face du box infirmier, nous a résumé, également pour Slate.fr, le Dr William Lowenstein, interniste ancien responsable des urgences de Laennec et praticien de l’AP-HP,  aujourd’hui président de SOS Addictions. Ce n’est que lorsque la blancheur cadavérique intrigue une aide-soignante que le décès est constaté. On ne veut pas connaître les causes de la mort. La direction de l’AP-HP ne sait pas ce qui s’est exactement passé mais assure qu’il n’y a pas eu de faute. Et formule des recommandations pour une cause première qu’elle dit ignorerCe n’est ni crédible, ni rassurant.»

Il est bien difficile d’accepter, sans plus d’explication,  une telle mort. Il est incompréhensible que l’on n’ait pas tout mis en œuvre pour en connaître les causes. Pourquoi ne pas avoir voulu faire, pleinement, la lumière ?

A demain

(1) Voir sur Slate.fr : « Urgences de Cochin : faute d’autopsie on ne saura jamais la vérité »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s