Eugénisme : la nouvelle semonce de Jacques Testart

Bonjour,

On peut avoir soixante-quinze ans, prêcher les mêmes certitudes depuis un quart de siècle et ne pas avoir totalement tort. C’est le cas de Jacques Testart – biologiste qui restera, pour l’éternité, notre premier lanceur d’alerte « huxleylien » d’après-guerre.  Ce militant de la décroissance reprend la parole dans les colonnes d’une presse qu’il ne goûte généralement guère mais où il s’exprime souvent. Et souvent avec  talent. C’était hier dans Le Journal du Dimanche – sans doute à la demande de son éditeur (Le Seuil ) à l’occasion de la sortie dans les librairies de son prochain ouvrage de vulgarisation 1. Ce sera le 6 mars prochain et ce sera : « Faire des enfants demain ».

Extrême-gauche

Le titre ne doit pas tromper. Nous n’avons pas eu la chance de le consulter avant parution mais au vu du journal dominical on sait qu’il s’agira d’une vulgarisation prophétique aux accents politiques, éthiques avec quelques immanquables accents anti-médecins. C’est que le discours de ce biologiste de la reproduction  ne change pas. Sa pratique professionnelle ne fut pas toujours conforme à ses dires mais qui,  en commençant loin à l’extrême-gauche, peut se vanter de ne jamais avoir dû faire avec la réalité  ?

Salles de rédaction

Trente-ans plus tard les médias ne parviennent pas à imaginer que ce combattant du libéralisme économique  puisse avoir une autre vie que celle de « père  d’Amandine », premier bébé-éprouvette ayant vu le jour sur le sol de France. Depuis trente-deux ans Testart est, avec ou sans guillemets, le père de celle qui, depuis, est devenue mère. A l’état-civil médiatique il l’est certes moins que René Frydman , 71 ans : le gynécologue-obstétricien l’emporte toujours sur le biologiste. Ce fut entre eux deux un couple qui ne dura guère et dont la mémoire agite encore parfois les vieilles salles de rédaction.

Scialytiques

Jacques Testart-RenéFrydman : c’est, soulevée sous des scialytiques médiatiques, la grande question du chirurgien et de l’anesthésiste-réanimateur : les deux ne s’entendent guère que le temps de l’intervention.  L’un trône quand l’autre maugrée. Dans ce cas précis ce divorce  dépasse les deux hommes, il est d’ordre idéologique et c’est en cela qu’il est intéressant. Il fut en outre  sans conséquence : Amandine, née sous la bénédiction d’Emile Papiernik, n’en a nullement souffert. Papiernik aurait aujourd’hui 78 ans.

Dérives du DPI

Dans le Journal du Dimanche Jacques Testart est devenu celui qui a « donné naissance » à Amandine. Avant-hier cela aurait plus qu’irrité l’obstétricien. On pourrait imaginer que, devenu aussi producteur sur France Culture, il puisse en sourire. On retrouve Jacques Testart (on peut aussi le voir et l’entendre ici). On le retrouve et c’est toujours avec bonheur –  quand bien même on ne se retrouve dans pas les impasses de certaines de ses professions de foi.

Lesbiennes 

Il reprend son bâton. Et, au risque de ne pas être compris, il montre les symptômes croissants de l’eugénisme moderne en marche. Un eugénisme qu’il a jadis qualifié de démocratique. Ce n’est en rien un prophète de malheur statufié comme il en existe tant et tant aujourd’hui. Il conserve sa liberté de parole au risque de heurter les militantes féministes en expliquant comment un couple de lesbiennes peut pratiquer une insémination sans médecin ni médecine (« l’insémination artificielle n’est devenue médicale que par abus de pouvoir »). La GPA est « de l’esclavage » et le diagnostic pré-implantatoire (DPI) conduira immanquablement à un eugénisme. Cet eugénisme qui était en gestation dans le mariage de la génétique  et de la procréation médicalement assistée.

Qui voudrait un enfant qui louche ?

« Au Royaume Uni on peut faire un DPI pour éviter le strabisme » dit-il. En France on le met en œuvre pour prévenir les naissances d’enfants qui seraient non pas atteints mais prédisposés à être atteints de certains cancers. Mais qui voudrait donner naissance à un enfant qui louche ? Donner naissance à un enfant qui pourrait mourir prématurément ? Nous venons, sur ce blog, de voir ce qu’il en était de la trisomie 21 et de « Gattaca-Illumina ».

Il y a quelques jours The Daily Telegraph annonçait (28 février) la naissance en 2015 et dans les brouillards de Londres du premier être humain qui aura trois parents biologiques : deux mères et un père pour prévenir la naissance d’un enfant porteur de maladies des mitochondries (voir ici).

Amoureux de  Rostand

« La régulation bioéthique fait l’objet d’une permissivité croissante et la question se pose de savoir jusqu’où ira la médicalisation de la procréation, prévient Jacques Testart. Comment la société pourra-t-elle en maîtriser les dérives sociétales et eugéniques ? »

Cet amoureux aveugle de Jean Rostand brûle désormais des cierges. Il espère que « la décroissance économique, mieux que les lois de bioéthique, impose des limites à la démesure technoscientifique ». Il est vrai que le fait de ne pas disposer de cierges ferait apparaître la situation quelque peu désespérée.

A demain

1 Dans une production vulgarisatrice et militante on notera un étonnant roman : « Simon l’embaumeur ou la solitude du magicien », éditions François Bourin, 1987. Rééd. Gallimard, coll. « Folio » (no 2014)

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