Lucentis® / Avastin® : quand l’incroyable gabegie prendra-t-elle fin ?

Bonjour,

C’est l’histoire assez peu croyable de deux médicaments quasi identique : le Lucentis® et l’Avastin®. Les deux peuvent également soigner une même maladie de l’œil qui rend aveugle. Le premier vaut une fortune et il est autorisé. Le second vaut beaucoup moins cher mais il n’est autorisé que dans le traitement d’une maladie cancéreuse. Les deux sont remboursés par notre collectivité. Des médecins ophtalmologistes, soucieux des deniers publics, entreprirent d’utiliser le second à la place du premier. Incroyable mais vrai : la puissance publique les menaça de poursuites. Alertés par des médecins-citoyens quelques journalistes s’intéressèrent au sujet. (cf notre chronique « Traitement contre la cécité ou traitement contre l’absurdité »  Slate.fr, 7 août 2012). Rien ne se passa – ce qui démontre une nouvelle fois que l’on exagère  bien souvent le pouvoir de la presse.

Gouffre

Un an plus tard, le 25 juin 2013, l’absurdité avait empiré. Le Syndicat de la médecine générale dénonçait, preuves chiffrées à l’appui, la situation et le gouffre financier  qu’elle constituait. Il le faisait  de manière lumineuse et imparable dans une lettre ouverte adressée à Marisol Touraine, ministre de la Santé  comme on peut le lire ici. Rien ne se passa – ce qui démontre une nouvelle fois que les syndicats médicaux sont assez peu entendus, du moins quand ils ont le souci de l’intérêt public.

Neuf mois plus tard le vent aurait-il tourné ? Il y a quelques jours Pr. François Chast revenait à la charge sur la Toile. On peut lire ici (1) le texte du chef du service de pharmacie clinique (groupe hospitalier hôpitaux universitaires Paris Centre / Cochin – Hôtel-Dieu – Broca).

Projet

Hier 8 mars 2014 Le Parisien faisait une révélation : l’anticancéreux Avastin® pourrait à terme être autorisé comme traitement alternatif pour la maladie ophtalmologique, actuellement soignée par le  Lucentis®. Un projet de décret du ministère de la Santé était en cours d’élaboration. Marisol Touraine venait de transmettre au Conseil d’Etat un texte qui permettrait, à terme, aux ophtalmologistes d’utiliser Avastin®  dans le traitement de la DMLA, 3. 000 nouveaux cas de cécité par an.

Le projet de décret en lui-même « n’autorise pas l’utilisation Avastin®  ni d’aucun autre médicament en particulier » a aussitôt précisé le ministère de la Santé à l’AFP. Ce décret d’application de la LFSS (loi de financement   de la sécurité sociale) pour 2013 « vient préciser les conditions dans lesquelles l’Agence nationale de sécurité du médicament et la Haute autorité de santé pourront autoriser l’utilisation de certains médicaments dans le cadre de RTU (recommandations temporaires d’utilisation) pour motif économique. »

Enquête

Cette procédure qui pourrait ensuite permettre à l’Agence du médicament d’autoriser les prescriptions d’Avastin®. Il y a quelques jours  l’autorité italienne de la concurrence a infligé une amende d’un total de 182,5 millions d’euros aux deux groupes suisses en estimant qu’ils avaient « conclu un accord illicite pour empêcher l’utilisation ». de l’Avastin pour traiter les pathologies oculaires.  En France, le ministère de la Santé précise avoir « adressé fin 2012 un courrier » au ministre de l’Economie Pierre Moscovici, dans l’objectif que l’Autorité de la concurrence enquête sur une éventuelle entente entre Roche et Novartis. Une enquête est actuellement en cours, a-t-on indiqué au ministère de la Santé.

Le Lucentis a coûté 438 millions d’euros à l’assurance maladie en 2013 et a ainsi représenté « son premier poste de dépenses » concernant les médicaments. Vérité au-delà des Alpes, absurdité en deça.

A demain

(1) « Avastin®/ Lucentis® : « Chaque jour c’est 1 million d’€ dépensés pour rien ! »

Il y a autour de cette ténébreuse histoire Avastin®/ Lucentis®, un silence pesant de la part des autorités françaises. Pourtant les médias se sont fait un large écho de ce qui est devenu un scandale économique car à un moment où l’Assurance maladie envisage un déficit de 6 milliards d’euros, 7% de ce déficit serait lié à l’emploi intempestif d’un de ces deux médicaments : Lucentis® : 40 fois plus coûteux que la préparation hospitalière d’Avastin®, interdite en France, par les services de Marisol Touraine en juillet 2012.

Aucun autre pays n’a interdit l’Avastin® en ophtalmologie. Et même mieux, en avril 2013, la Cour Européenne de Justice a donné tort à Novartis qui voulait faire interdire la fabrication des seringues d’Avastin® en Allemagne.

En effet six études internationales démontrent l’identité d’action de ces deux médicaments dans la DMLA, la rétinopathie diabétique, l’occlusion veineuse centrale de la rétine, etc. En France, une étude retenue dans le Programme Hospitalier de Recherche Clinique, financé par le Ministère de la santé, l’étude GEFAL a, une fois encore, démontré l’identité d’activité des deux médicaments pour le traitement de la DMLA : les ophtalmologistes français ont obtenu les mêmes résultats que leurs confrères américains ou britanniques. 

Aux USA,  selon une source Medicare cité par le Washington Post, 55% des malades sont traités par Avastin®, 34% par Lucentis® ; 11% par Eylea® (un nouveau venu).

Le problème est qu’à la base il y a eu en 2006, un véritable Yalta opéré par trois industriels qui ont le monopole des Anti-VEGF, ces médicaments qui s’opposent à la prolifération des néo-vaisseaux tant dans les tumeurs cancéreuses que dans les rétinopathies :

·         Genentech (petit génie des « biotech »acheté par Roche pour 43 milliards de $ il y a quelques années) découvreur d’Avastin® et de Lucentis® qui conserve le monopole de Lucentis® aux USA,

·         Roche qui n’expérimente pas Avastin® en Ophtalmologie pour laisser le champ libre à Lucentis® et qui commercialise Avastin® en cancérologie partout dans le Monde. Ses bénéfices en 2012, 9.5 milliards de $, ont représenté  presque autant que le déficit de l’assurance maladie en France.

·         Novartis qui possède 33% des actions de de la firme Roche, et donc très proche de Genentech, et commercialise Lucentis® hors des Etats-Unis. Ses bénéfices en 2014 (14 milliards de $ représenteront 1,5 le déficit de l’assurance maladie en France.

Qu’il nous soit permis de nous interroger sur les raisons pour lesquelles 14 mois après la publication de l’article 57 de la loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 (financement de la sécurité sociale pour 2013) qui prévoyait une recommandation temporaire d’utilisation possible pour raison économique, on attende encore une application de cette Loi. Chaque jour c’est 1 million d’€ dépensés pour rien ! C’est autant qui entre au quotidien dans la poche des actionnaires des deux firmes suisses. Chaque année c’est dix mille emplois d’infirmières qui partent en fumée ! »

 

5 réflexions sur “Lucentis® / Avastin® : quand l’incroyable gabegie prendra-t-elle fin ?

      • Vous semblez ignorer que, le 15 décembre 2013, l’ « U.F.C.- Que Choisir du Haut-Rhin » a écrit au Premier Président de la Cour des Comptes pour s’étonner de ce scandale et lui a demandé son aide. Elle semble avoir été écoutée. Depuis, le relais a été passé à la fédération nationale connue sous le nom de « U.F.C. -Que Choisir ». Cf. la presse du 11 avril 2014.

      • J’ignorais. Dès lors question: que fait le service de communication de l’U.F.C. -Que Choisir » ?
        Et pourquoi ne pas saisir les autorités européennes en charge du respect des règles sacro-saintes de la concurrence ?
        J.-Y. N.

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