Affaire de la morte de Cochin : un réquisitoire venu de Suisse

Bonjour

Il y aura bientôt un mois qu’une femme âgée de 61 ans est morte aux urgences de l’hôpital Cochin de Paris. Elle y était venue après une chute à son domicile pour une petite blessure au pied. Elle y a été retrouvée morte six heures plus tard dans la salle d’attente. L’article 74 du code de procédure pénale ne semble pas, ici, avoir été été respecté. Aucune autopsie n’a été pratiquée. Nul ne connaît avec certitude les causes de la mort.

Manifestation de la vérité

L’affaire n’est toutefois pas close. Rien ne dit que l’on ne pourra pas progresser vers la manifestation de la vérité. Pourquoi le procureur de la République de Paris ne s’est-il pas saisi de ce dossier très largement médiatisé pour faire en sorte que l’on se rapproche de cette vérité ? Nous avons abordé ce sujet à plusieurs reprises sur ce blog ainsi que sur Slate.fr.

Nous y revenons ici avec l’analyse faite par le Pr Patrice Mangin. médecin chef du Centre universitaire romand de médecine légale.  Voici ses réponses à nos questions :

« Nos collègues hospitaliers en France comme en Suisse sont toujours réticents à annoncer à l’autorité judiciaire les cas de décès survenus en institution hospitalière et qui posent un problème médico-légal car engageant la responsabilité de l’établissement et du personnel soignant.

« Plus que discutable »

Dans le cas présent, en l’absence d’autopsie qui aurait pu permettre d’établir ou de présumer la cause du décès, on risque une nouvelle fois de se perdre en conjonctures. A cet égard, je trouve que la déclaration du directeur de l’AP-HP [Martin Hirsch] est plus que discutable lorsqu’il dit qu’il n’y a pas eu de faute de la part du service des urgences alors que la cause du décès n’est pas formellement établie.

 Parmi les investigations effectuées en post mortem, y compris le CT-scan, aucune ne permet d’établir positivement le diagnostic de mort subite ou inopinée d’origine cardiaque (vraisemblablement d’origine coronarienne ?). Seule une angiographie avec CT-scan aurait eu au moins le mérite d’évaluer la vascularisation coronarienne.

Conseil de l’Europe

Je partage totalement l’avis de Michel Sabourault, ancien procureur général [cité sur Slate.fr] quand il s’étonne qu’aucune autopsie n’a été effectuée. Très vraisemblablement, le décès de cette femme a du être annoncé comme ne présentant pas d’obstacle médico-légal. De ce fait, le ministère public n’a pas dû être informé et, de ce fait, aucune autopsie ordonnée.

Pour terminer, je voudrais rappeler l’existence des recommandations du Conseil de l’Europe en matière d’autopsie médico-légale, texte non contraignant mais tout de même validé par l’ensemble des pays concernés 1. Selon ces recommandations, il aurait été impératif de faire procéder à une autopsie médico-légale dans une telle situation. Encore une illustration de l’écart qui existe entre la théorie et la pratique. »

Cet écart pourra-t-il, prochainement, se réduire ?

A demain

 1 On trouvera ces recommandations ici.

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