Il n’y a plus de Lévothyrox® dans les pharmacies françaises ! Faut-il en parler au « 20 heures » ?

Bonjour

Faut-il laisser les médias « grand public » dramatiser les ruptures de stocks de médicaments ? Des ruptures de plus en plus fréquentes. C’est l’un des sujets abordés, sur France-Culture, avec la dernière livraison de Science Publique de Michel Alberganti – émission qui peut être écoutée ici (1). Emission qui démontre une nouvelle fois à quel point les questions se pressent en foule dès que les médias  osent s’approcher du monde merveilleux des médicaments, de ses mystères, de ses dysfonctionnements.

Scandales

Le starter était ici le Lévothyrox®, et plus précisément sa récente disparition des pharmacies françaises d’officine. Ce fut un épisode assez confus qui démontra concrètement à deux ou trois millions de personnes  que la « sécurité médicamenteuse » n’était pas un acquis assuré pour l’éternité. Non pas la sécurité que la pharmacovigilance peine à assurer, qui déclenche ici et là des scandales amplifiés par les médias. Non: la sécurité en termes d’approvisionnement . Au même titre que las « sécurité alimentaire » peut ne pas désigner la prévention des intoxications aux salmonelles mais l’assurance de pouvoir manger à sa faim, si possible tout au long de sa vie.

Assomption 2013

Lévothyrox®, donc. Sujet que nous évoquâmes sur ce blog en août dernier (« A l’Assomption Lévothyrox® deviendra gratuit ». Un affaire assez complexe qui vit Marisol Touraine, ministre de la Santé reprendre à l’attention de la presse  les informations que l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) détaille sur son site. Tout se passait alors comme si les médias devaient faire écho aux mesures connues depuis quelque temps par les professionnels de la santé, les sociétés savantes et les associations de malades.  Aucun scandale mais le Lévothyrox® n’était plus là et nous devions, collectivement nous organiser pour que les malades de la thyroïde n’en souffrent pas.

TF1 et France Télévisions

L’affaire fit un certain bruit. Patrick Errard, président du Leem s’en souvient. Il le dit sur France Culture pour regretter que l’Ansm ait jugé utile d’informer de la situation les médias grand public, et parmi eux les chaînes de télévision. « L’affaire fit deux fois le 20 heures, sur France Télévisions et sur TF1 » se souvient M. Errard qui recadre le phénomène. A savoir une augmentation de la demande – du fait d’une augmentation des thyroïdectomies, conséquence d’une modification des recommandations sur les nodules froids.

Pénurie de sucre

Un producteur quasi-unique qui informe comme il le doit de ses difficultés l’Ansm qui en informe à son tour les professionnels de santé, prescripteurs et distributeurs.  Mais aussi les médias. Ce qui fut, selon M. Errard « une erreur ». Non qu’il faille ici cacher un scandale mais parce que la diffusion (a fortiori télévisée) de l’information ne fit qu’amplifier les conséquences du phénomène dont les médias faisaient état. Ce fut selon lui comme si TF1 et France Télévisions annonçaient la pénurie imminente de sucre.

Dire ou ne pas dire ?

Pour le président du Leem la raison eût été de gérer sagement entre professionnel les stocks existants. Faute de quoi on vit des patients, avec l’aide des prescripteurs, se constituer des stocks de quelques boîtes ; il s’agit là pour eux d’un médicament vital. On pourrait répondre au président du Leem que l’alternative n’est plus, pour l’Ansm, celle de dire ou de ne pas dire. Tout se sait – à commencer par une rupture de stock de médicament. Et les relations entre le monde des médias et celui des médicaments sont suffisamment à vif pour que la moindre suspicion soit des larmes d’huile tombant sur des braises toujours vivantes.

Doxycline®

Aucune autre solution, donc, que d’en parler aux médias. En espérant que loin d’être des ennemis déclarés –  toujours libres d’enquêter mais soumis, eux aussi, à la concurrence – ils puissent ne pas compliquer une situation dont ils ne pourront pas ne pas parler. Voire même participer à la résolution de l’équation.  C’est là un sujet d’avenir puisque tout laisse craindre que ces situations soient de plus en fréquentes. Un exemple assez spectaculaire en a été donné dernièrement avec la Doxycline® (« Doxycycline® de quoi ta disparition est-elle le nom ? »).

Assurance maladie

Pour le reste ce fut une émission riche de pistes et de sujets de réflexions. Autour du mouvement de l’Open data dans le champ du médicament – mouvement qui rencontre décidemment bien des résistances sur lesquelles l’assurance maladie devra un jour s’expliquer. Autour des conséquences de la mondialisation sur l’industrie de  la pharmacie. (Sujet traité sur Slate.fr ). Autour  des  rapports éminemment complexes entre la morale (de l’industrie pharmaceutique) et course aux profits (de la même industrie).

Une émission à laquelle l’Ansm n’avait pas pu ou pas souhaité participer. Ce qui, pour les auditeurs, fut assurément dommage.

A demain

(1) Etaient invités à cette émission (à laquelle nous participions) Patrick Guérin directeur de la société Celtipharm (organisme de suivi de la consommation de médicaments), Jean Luc Delmas, vice-président de de l’Académie nationale de Pharmacie et Patrick Errard  et président du Leem (Les Entreprises du Médicament).

Une réflexion sur “Il n’y a plus de Lévothyrox® dans les pharmacies françaises ! Faut-il en parler au « 20 heures » ?

  1. « Faut-il laisser les médias … ? « . Avons-nous le choix ? Parce que si oui, on aurait pu d’abord leur interdire de colporter des conneries sans nom qui sont responsables de la « vaccinophobie » et de la « chimiophobie » généralisées et qui empoisonnent bien nos patients

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