Femme morte des urgences de Cochin : l’espoir de l’autopsie

Bonjour

Pourquoi un tel silence ? Qui ces questions dérangent-elles ? On se souvient : il y a peu plus d’un mois une anonyme âgée de 61 ans mourait à Paris. Elle mourait  dans la plus extrême et la plus paradoxale des solitudes. Une aide-soignante la retrouvait morte vers 23 heures dans la salle de surveillance des urgences de l’hôpital Cochin. Elle y avait été accueillie six heures plus tôt, amenée par les Sapeurs-Pompiers de la capitale. Ils avaient été appelé par l’aide-soignante de celle qui, entrant à l’hôpital, devenait une patiente. Une petite plaie au pied droit, conséquence d’une chute à son domicile.

Filtrage

Cette femme, dont nul ne connaît le nom, arrive aux urgences de l’hôpital  Cochin au milieu de l’après-midi du 15 février 2014. Cette femme ne recevra aucun soin. Nul ne connaîtra (officiellement) ce que consignera  l’infirmière  d’accueil.  Elle était déjà venue à ces urgences et avait été hospitalisée. Nul ne saura (officiellement) pourquoi. L’information ne filtre pas dans la presse. Puis, finalement,  Le Parisien semble avoir été informé.

Cinq jours après la mort Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP  réclame l’ouverture d’une enquête administrative. Celle-ci sera menée non par l’Inspection générale des affaires sociales mais par l’AP-HP. Deux semaines plus tard on rendra publique l’enquête demandée (officiellement) cinq  jours après la mort.  Daté du 28 février l’enquête administrative est disponible ici.

France Inter

On y explique ne pas connaître les causes de la mort. Aucune autopsie n’a été pratiquée au motif …. que la famille s’était opposée à une autopsie. Ce qu’aucun spécialiste du droit ou de médecine légale ne comprend.  Martin Hirsch avait préalablement expliqué sur France Inter qu’en toute hypothèse cette femme n’aurait pu être sauvée. Ce qui, au vu des données disponibles, demeure impossible à comprendre.

Ce n’est que début mars, semble-t-il, que le procureur de la République de Paris jugera nécessaire d’ouvrir une enquête à la recherche des causes de la mort – ce qu’il aurait dû faire dès le 16 février (article 74 du code de procédure pénale) – (1). On pouvait dès lors  espérer que l’affaire ne serait  pas classée. Nous avons exposé les différentes pièces de cette affaire sur ce blog ainsi que  sur Slate.fr.

Autopsie refusée

De quoi cette femme est-elle potentiellement morte ? Le fait qu’elle a été laissée seule durant six heures au sein même du service des urgences a-t-il été constitué une perte de chance pour cette femme? Serait-elle encore en vie si des médecins l’avait prise en charge ? Comment savoir faute de diagnostic, faute d’autopsie ? En marge du rapport administratif on dispose des « compléments fournis au rapport établi par le groupe hospitalier (GH) Hôpitaux universitaires Paris Centre sur l’accident survenu au SAU de Cochin le 15 février 2014, sur lecture Prs Loïc Capron, Pierre Carli et Bruno Riou, le 27 février 2014. »

 « Cause du décès de la patiente : Mort subite présumée d’origine cardiaque. Diagnostic retenu après analyse du dossier médical et scanner post mortem, à défaut d’autopsie refusée par les proches ».

Autopsie encore possible

Et maintenant ? Pour le Pr Patrick Mangin  chef du service de médecine légale des CHU de Lausanne et Genève une autopsie est toujours possible.  « Même après un mois, l’autopsie est utile. Les investigations histologiques surtout pour des analyses immunologie-histo-chimique (dans le cadre d’un diagnostic précoce d’infarctus du myocarde seront très probablement impossibles car inexploitables, nous a-t-il expliqué. En revanche l’angiographie post mortem selon la technique mise au point à Lausanne par ma collaboratrice la Dr Silke Grabherr pourrait  encore être tentée. Nous avons obtenu des résultats inespérés sur des corps en état d’altération cadavérique avancée. »  Que décidera, ici, la justice ? Y a-t-il eu crémation ?

Et puis il y a cette phrase-clef  du rapport administratif de l’AP-HP:

 « L’anomalie qui préoccupe est de ne pas avoir trouvé la patiente et non pas son décès ».

Message codé ?

Cette phrase avait choqué les responsables du syndicat national des médecins hospitaliers rattaché à Force ouvrière (SNMH-FO) qui l’avait fait savoir  au directeur général de l’AP-HP dans une lettre était citée le 11 mars par Le Quotidien du Médecin.

« L’anomalie qui préoccupe est de ne pas avoir trouvé la patiente et non pas son décès ».

Est-ce un message à peine codé ? Un aveu d’impuissance ? Nous avons demandé à plusieurs reprises au responsable du service de presse de l’AP-HP la signification exacte de cette phrase. Aucune réponse. Pour l’heure les services du procureur de la République de Paris n’ont pas fait connaître les résultats de l’enquête sur les causes de la mort de cette anonyme. Pourquoi tant de silences ? Peut-on  encore espérer connaître, un jour, la vérité ?

A demain

(1) Exemple du jour. Dramatique accident à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), samedi 22 mars. Peu avant 20 heures, un très jeune enfant rom d’un an et demi, qui habitait avec ses parents dans un camp le long de la rue Léon-Geffroy, a été renversé par une voiture. Le conducteur présumé, qui n’aurait pas réalisé immédiatement ce qui s’était passé, s’est rendu de lui-même à la police deux heures après. D’après les premiers éléments de l’enquête, le petit garçon aurait échappé à la surveillance de ses parents et tenté de traverser la rue. C’est à ce moment qu’il aurait été renversé. Le corps inerte de l’enfant, blessé à la tête a été découvert quelques minutes plus tard par un conducteur de bus RATP.  Une autopsie doit être réalisée sur l’enfant pour tenter de déterminer les circonstances exactes du drame.

 

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