Affaire Vincent Lambert : les trois experts répondront-ils au Conseil d’Etat ?

Bonjour

Où en est l’affaire Vincent Lambert ? Mi-février février dernier, le Conseil d’Etat rendait ordonnait une nouvelle expertise médicale de ce cas hors des normes. Sur proposition de trois institutions médicales et éthiques il nommait trois experts en charge de ce travail. Le 26 février ces trois experts prêtaient serment.

Il s’agissait,  sur proposition de l’Académie nationale de médecine,  de Mme Marie-Germaine Bousser, professeur émérite des universités, chef de service honoraire à l’hôpital Lariboisière de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) ; sur la proposition du Comité consultatif national d’éthique, de M. Lionel Naccache, professeur des universités – praticien hospitalier, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de l’AP-HP ; et sur la proposition du Conseil national de l’Ordre des médecins, de M. Jacques Luauté, professeur des universités – praticien hospitalier, chef de service à l’hôpital Henry Gabrielle du centre hospitalier universitaire de Lyon.

Visites à deux reprises

Leurs travaux devront être achevés avant mai. Pour l’heure ces trois expertsse sont rendus à deux reprises auprès de Vincent Lambert ainsi que de l’équipe soignante du CHU de Reims : le 5 mars et le 25 mars.

La tâche de la mission fixée par le Conseil d’Etat est considérable. Elle consistera à :

–          décrire l’état clinique actuel de M. Lambert ;

–          se prononcer sur le caractère irréversible des lésions cérébrales dont il souffre et sur le pronostic clinique ;

–          déterminer s’il est en mesure de communiquer, de quelque manière que ce soit, avec son entourage ;

–          apprécier l’existence éventuelle de signes manifestant une volonté d’interruption ou au contraire de prolongation du traitement qui le maintient en vie.

Lumières de la science

Les magistrats du Palais-Royal estimaient en effet que «  les éléments médicaux figurant au dossier qui lui était soumis ne lui fournissaient pas, notamment en raison de l’ancienneté de certains documents et d’indications médicales contradictoires données au cours de l’instruction et à l’audience de référé, une information suffisamment complète pour lui permettre de statuer sur le litige ». Bref, les juges avaient besoin pour juger des lumières de la science et de la médecine.

Au-delà de leur notoriété et de leurs compétences ces trois experts pourront-ils à eux seuls répondre aux questions d’une incroyable complexité qui leur sont soumises ? Rappelons que de leurs réponses (unanimes ou contradictoires) dépendra la vie ou la mort de Vincent Lambert. Soit maintien des soins/traitements actuels ; soit arrêt de la nutrition/hydratation de cet homme dont on ne connaît toujours pas le « niveau de conscience ». Un arrêt de nutrition/hydratation qui sera maintenu (plus ou moins associé à une sédation) jusqu’à la mort.

Hypothèse réfutée

La situation ainsi créée est à ce point paradoxale que l’on peut soutenir que plus encore que les magistrats de Conseil d’Etat, ce seront ces trois médecins qui, en amont, prononceront le jugement terminal. Nous avions avancé cette hypothèse lors d’un « échange avec la presse » organisé place du Palais-Royal – hypothèse bien évidemment totalement balayée par Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’Etat.

En toute hypothèse une question pratique d’importance se pose aujourd’hui. Elle concerne la demande que pourrait faire les trois experts à une autre expertise, de renommée internationale, celle du Coma science group de l’Université de Liège dirifé par le Pr Steven Laureys et qui avait déjà été amenée Vincent Lambert comme l’avait détaillé M. Rémi Keller, rapporteur public dans ses conclusions.

Rapport public :

« M. Vincent Lambert a été examiné en juillet 2011 par le Coma science group de l’université de Liège. Les experts ont conclu qu’il se trouvait dans un état de conscience minimale« plus », un terme qui a été repris par le tribunal et qui correspond à une classification propre, semble-t-il, aux experts de Liège, établie en fonction des réactions aux différents tests effectués sur le patient, écrivait M. Keller.

A l’issue de ce bilan, les experts ont suggéré à l’équipe de Reims d’essayer d’établir un code de communication avec M. Vincent Lambert, consistant par exemple à fermer les yeux pour la réponse « oui » ou bouger la tête pour la réponse « non ». Dans ce but, 87 séances ont été organisées au CHU de Reims par une orthophoniste entre avril et septembre 2012. 69 % des séances n’ont fait apparaître aucune « participation active ». Dans 31 % des cas, on a constaté une « participation active », qui se caractérisait notamment par « des yeux très ouverts et un regard intense avec déplacement donnant le sentiment de suivre activement ce qui est proposé ». Mais dans le même temps, l’orthophoniste ne constatait aucune cohérence dans ces réactions car « l’intensité du regard ne se reproduisait pas pour une même stimulation ». Et finalement, aucun code de communication n’a pu être établi.

C’est à partir de la fin de l’année 2012 que les constatations peu à peu unanimes de l’équipe soignante sur d’apparents refus de soins ont conduit à engager la réflexion collégiale sur l’interruption du traitement.

Eux ou pas

L’examen de Vincent Lambert  à près de trois ans de distance par la même équipe de spécialistes, avec les mêmes appareils et les mêmes procédures fournirait une pièce précieuse, indispensable, pour situer ce qu’il en est de l’évolution de l’état de ce malade et, plus précisément, de son niveau de conscience.

On imagine mal que les trois médecins experts français puissent, sans cela, répondre justement aux magistrats du Conseil d’Etat. Et que ce soit eux ou pas qui « jugent », on sait d’ores et déjà ce qui résultera de leurs réponses.

A demain

 

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