Création franco-américaine du premier chromosome synthétique. Applaudissements, aucune critique. Les Verts sont en politique

Bonjour

Dimanche 30 mars 2014. Second tour des élections municipales. Défaite de la gauche annoncée et, en pointillé « triomphe » (terme justement contesté) du Front national. La France est au spectacle et le spectacle est politique.

D’autres, ailleurs, regardent vers le scientifique, celui qui façonne aujourd’hui le politique de demain. C’est le cas de The Economist qui se passionne pour la création du premier chromosome synthétique. On peut lire ici l’article de notre confère ultra-libéral britannique. Soyons juste, en France quelques titres généralistes dont  Le Monde (Hervé Morin, sur abonnement) et Le Figaro (voir ici) s’y sont également intéressés.

Quatre-vingts auteurs

L’affaire,  monstrueuse, est impossible à détailler du point de vue technique. Les amateurs pourront jeter un œil à l’hebdomadaire américain Science qui en assure la publication –voir ici (1)  Cette même affaire peut en revanche être aisément résumée.

Cette équipe de quatre-vingts chercheurs est parvenue à reconstituer de manière entièrement synthétique le chromosome III de Saccharomyces cerevisiae, la célèbre levure du boulangerSept ans d’efforts de travaux pour (re)construire ce génome et souder 273 871 paires de base d’ADN de levure. On notera que l’original en comporte 316 667. Mais qu’importe. Le Créateur n’est pas  très regardant puisque, introduit dans une levure vivante qui avait été privée de son chromosome originel la version synthétique y travaille comme son frère.

Empire des eucaryotes

Hors de France cette première déclenche des applaudissements nourris. A l’évidence c’est une étape majeure de la jeune histoire de la biologie synthétique qui s’écrit. Cette biologie entre ainsi pour la première fois solennellement dans l’Empire des eucaryotes – dont nous sommes l’une des branches. Toutefois, contrairement à ce que soutiennent ses prophètes, ce n’est nullement la possibilité de créer ex nihilo une « vie synthétique ». En revanche c’est bien la perspective offerte de nouvelles et profondes manipulations du vivant que nous connaissons.

On annonce déjà des levures néo-synthétiques capables de fabriquer « des médicaments rares », des « biocarburants  plus efficaces », de « digérer la pollution ». Demain des bovins donnant plus de viandes pour moins de foin, des fraises françaises plus précoces que les espagnoles, des farines de blé sans gluten, des chattes devenues obéissantes. La science est aussi un moteur poétique où chacun peut voir le midi de l’Eldorado à sa porte.

Excommunications médiatiques

La réalité ? Elle est que cette nouvelle première ouvre superbement la voie à une nouvelle catégorie d’organismes génétiquement modifiés. Ces mêmes OGM que la France (et une partie de l’Union européenne) rejette pour des raisons qui sont nettement plus fantasmatico-politiques que rationnelles. Ces mêmes OGM qui sont utilisées dans la production de spécialités pharmaceutiques qui ne suscitent guère les mêmes excommunications médiatiquement relayées au nom, précisément, de la santé.

Le moulin, le four et le boulanger

De ce point de vue on ne peut que constater l’assourdissant silence des Verts dans le cortège de louanges qui a salué la première franco-américaine publiée dans Science. Pourquoi ne pas condamner dès maintenant ce qui vient contrecarrer notre destin  et les desseins de Mère Nature ? Pourquoi ne pas dénoncer ce travail in silico qui bouleversera à jamais l’idée que nous nous faisions de la levure de boulanger ?

Peut-être parce qu’il est impossible, en France, d’être au four et au moulin. Même au XXIème siècle. Même en 2014. Et surtout en cette fin du mois de mars électoral. Dans les fourneaux de la politique les Verts ne peuvent rien dire sur le chromosome synthétique.

A demain

(1) La publication de Science est signée de quatre-vingts auteurs de seize institutions scientifiques. Les contributions majeures sont américaines et françaises avec notamment Héloïse Muller, Romain Koszul, Nicolas Agier, Gilles Fischer ; Institut Pasteur, CNRS).

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