François Hollande personnellement interpellé dans l’affaire du Gardasil®

Bonjour

L’affaire vient d’être révélée par Le Journal du Dimanche (voir ici). Et elle est relayée par l’Agence France Presse  (AFP) – ce qui lui garantit crédibilité et large diffusion, nationale et internationale. Résumons-là.

Sous la forme d’une pétition  420 médecins réclament  la création d’une mission parlementaire pour évaluer « l’opportunité » de la  vaccination aujourd’hui officiellement recommandée contre le cancer du col de l’utérus. Depuis six ans Il existe en France deux vaccins : le Gardasil® et le Cervarix®. Le premier (Sanofi Pasteur MSD), plus complet,  est de loin le leader sur le marché français devant celui de GlaxoSmithKline.

C’est le dernier épisode en date d’une contestation récurrente contre cette vaccination coûteuse (123,44 euros le  Gardasil®  – 111, 52 le Cervarix®) la dose –  trois doses nécessaires) dont la réelle utilité (individuelle et collective) demeure sujette à caution.

Président de la République

Mais c’est aussi et surtout le premier épisode politique de cette contestation. Episode qui conduira à comprendre comment le président de la République a pu être amené à monter en première ligne pour annoncer une multiplication par deux dans les cinq ans de la couverture vaccinale des petites filles – et ce alors que ce vaccin n’est que recommandé.

On trouvera ici le texte de cette pétition adressée au président de la République. C’est là une initiative peu commune est soutenue par le Formindep. Elle est  due au Dr Philippe de Chazournes (Saint-Denis de la Réunion), président de l’association  de formation médicale et continue Med’Ocean (voir ici). On trouvera ici la liste de 420 signataires médecins. Parmi eux : les Drs Nicole Delepine, Dominique Dupagne (créateur du site http://www.atoute.org) et la pneumologue brestoise Irène Frachon. De très nombreux médecins généralistes. Pas ou peu de cancérologues, très peu de gynécologues-obstétriciens mais, par ailleurs, près de deux cents sages-femmes.

Plan judiciaire

Cette affaire se développe dans deux cadres différents. L’un est judiciaire. C’est le plus visible mais ce n’est pas le plus important. « En décembre 2013, neuf femmes victimes des effets néfastes présumés du vaccin Gardasil®

ont déposé une plainte contre X pour « atteinte involontaire à l’intégrité physique et tromperie aggravée » au tribunal de Bobigny, rappelle l’AFP. Cependant, la plainte ne vise pas nommément le laboratoire Sanofi Pasteur MSD, qui a lancé en 2006 ce vaccin contre le cancer du col de l’utérus. Selon leur avocate, ces neuf femmes, âgées de 18 à 24 ans et habitant en France, « ont en commun d’avoir contracté des maladies très invalidantes dans les semaines et les mois qui ont suivi la vaccination alors qu’elles n’avaient pas d’antécédents médicaux ». »

On sait que la démonstration de causalité n’est nullement établie et qu’elle pourrait ne jamais l’être.

Pour sa part la multinationale française  Sanofi Pasteur MSD avait démenti fin novembre 2013 tout lien entre son  Gardasil® et le déclenchement de maladies (du type sclérose en plaques). Des femmes ont déjà saisi des commissions régionales d’indemnisation des accidents médicaux pour des effets secondaires liés, selon elles, au Gardasil®.

Santé publique

L’autre plan est celui de la santé publique. Il concerne le manque de recul dont on dispose. Il tient au fait que cette vaccination (qui ne touche pas les garçons) ne permettra en aucun cas l’éradication du réservoir viral. Il tient compte enfin du fait que cette vaccination pratiquée chez les filles avant les premiers rapports sexuels ne peut en aucune manière permettre de faire l’économie du dépistage (par frottis) du cancer du col de l’utérus. Et ce dans un pays richement médicalisé (la France) qui n’a toujours pas été capable de mettre en place une organisation nationale et égalitaire de ce dépistage.

C’est dire si, comme le résume l’AFP « l’utilité du vaccin contre le cancer du col de l’utérus fait débat en France ». Et c’est dans ce contexte que survient l’initiative malencontreuse du président de la République. C’était le 4 février dernier. François Hollande lançait solennellement le troisième volet du « Plan cancer ». On peut lire son discours ici.

Extrait du discours de François Hollande:

« Le cancer du col de l’utérus fera également – et c’est l’une des annonces du Plan Cancer – l’objet d’un dépistage systématique. Ce cancer atteint aujourd’hui 3 000 femmes et provoque plus de 1 000 décès chaque année. Dès lors, la généralisation du frottis tous les trois ans pour 80% des femmes, contre 60% aujourd’hui, réduira la mortalité de 30% en dix ans.

Le cancer du col de l’utérus est le seul – je dis bien le seul – pour lequel il existe un vaccin, et pourtant, en France, ce vaccin n’est administré qu’à 30% des jeunes filles. C’est une source nouvelle d’inégalités. Certes, je connais les réserves que suscitent des campagnes mal conçues de vaccination mais, ce vaccin a fait la preuve de son efficacité. Aussi, d’ici cinq ans, nous doublerons la couverture vaccinale contre le cancer du col de l’utérus, ce qui permettra son éradication à terme. »

Hépatite B

Nous avions pour notre part relevé et dénoncé l’incompréhensible erreur qui consistait, de la part des auteurs de l’allocution présidentielle) à vouloir impérativement effacer l’existence du vaccin contre l’hépatite B, mis au point en France il y a quarante ans par Philippe Maupas et aujourd’hui présenté par l’OMS comme le principal, sinon le seul vaccin anticancéreux (cancer du foie)  – (voir : « La contre-vérité du président de la République »).

Nous n’avions pas relevé l’incongruité qui consistait à faire dire au président de la République qu’un plan avait été mis au point qui permettrait à la France de « doubler sa couverture vaccinale contre la cancer du col de l’utérus. Comment évoquer un plan quinquennal  alors que cette vaccination est simplement recommandée et qu’elle suscite des critiques montantes.

Questions journalistiques

Depuis le 4 février plusieurs sources concordantes et haut placées nous ont fait part de l’émotion suscitée par les propos présidentiels dans le monde du médicament. La pétition dont il est fait aujourd’hui la publicité entre en résonance avec cette émotion. Si elle est créée la mission parlementaire s’intéressera peut-être à la généalogie de l’écriture du discours  présidentiel du 4 février. Elle prendra alors le relais de questions journalistiques publiques qui, faute de pouvoir, sont restées sans suites.

A demain

 

 

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