Rebondissement politique dans l’affaire des excitations sexuelles de parents d’élèves du Jardin de la France

Bonjour

Sous le « genre », la politique. On se souvient de cette affaire peu ragoûtante de pseudo-théorie du genre (« Excitations sexuelles de parents d’élèves dans une école maternelle du Jardin de la France »). Une sale rumeur, l’affolement des parents. Le recours pervers à la délation moderne via les « réseaux sociaux ». Des accusations proférées contre une enseignante et une école maternelle. Une vive émotion collective à la veille des élections municipales.

Deux jours plus tard, le maire perdait

Cela se passait il y a quelques jours à Joué-lès-Tours, riante commune d’Indre-et-Loire. Cela se passait plus précisément  à l’avant-veille des élections municipales. Le maire socialiste (Philippe Le Breton) avait alors, non sans courage, pris la défense des enseignants et combattu la rumeur. Deux jours plus tard le maire perdait les élections. Contre toute attente, et pour 206 voix ( sur 14 468 suffrages exprimés). C’est aussi ce maire qui, en 2010, avait jugé républicain d’ajouter le beau mot de laïcité au fronton de sa mairie comme on peut le voir ici.

Dans la presse officielle l’affaire était restée cantonnée aux informations de La Nouvelle République et à un commentaire éclairé (signé François Bluteau). Dans son édition datée de ce 2 avril Le Monde s’intéresse au sujet. En ces termes (Mattéa Battaglia, intertitres ajoutés) :

«  La polémique sur le  » genre  » vient de monter d’un cran. Alors que la militante Farida Belghoul appelait, lundi 31 mars, à une nouvelle  » journée de retrait de l’école  » (JRE), la direction académique d’Indre-et-Loire a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse à l’encontre de la représentante d’un collectif local des JRE, emboîtant le pas d’une enseignante et de la directrice d’une école maternelle de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire).

Maman tchétchène

En cause, une vidéo postée le 29 mars sur le site Internet des JRE, où Dalila Hassan, se présentant comme  » responsable de la JRE 37 300 « , prend pour cible le groupe scolaire Blotterie, dans la banlieue sud de Tours. Ici, pas d’expérimentation des ABCD de l’égalité, le dispositif de lutte contre les inégalités accusé d’être le  » cheval de Troie  » de la  » théorie du genre « .

Durant dix minutes, la jeune femme s’indigne d’un  » attentat à la pudeur «  qui, accuse-t-elle, aurait été perpétré par une institutrice contre un garçonnet de 3 ans et l’une de ses camarades. Elle dit se faire l’écho des craintes d’une maman tchétchène. L’enfant  » a expliqué que la maîtresse avait baissé son pantalon, qu’il y avait aussi (…) une petite fille à qui on a baissé le pantalon et (…) que la maîtresse a demandé à la petite fille de toucher ses parties génitales et au petit garçon de toucher les parties génitales de la petite fille et ensuite de se faire des bisous « . Elle signale avoir alerté Farida Belghoul des faits. En clôture de la vidéo, un slogan :  » Vaincre ou mourir. « 

53 000 visions de la vidéo

C’était déjà en diffusant, sur les réseaux sociaux, rumeurs et accusations, que le  » mouvement  » lancé par l’ex-militante de la Marche des Beurs, proche de l’idéologue Alain Soral, s’était fait connaître en janvier. Les SMS dont avaient été bombardées certaines familles – essentiellement musulmanes – faisaient état, entre autres, d’une  » éducation sexuelle prévue en maternelle avec démonstration et apprentissage de la masturbation « . Postée sur Facebook et déjà visionnée plus de 53 000 fois, la vidéo de Dalila Hassan a suscité de nombreuses réactions, souvent scandalisées, parfois menaçantes, quelquefois aussi dubitatives.

 » La peur est devenue irrationnelle « , témoigne Paul Agard, enseignant en élémentaire à la Blotterie, par ailleurs secrétaire départemental du SNUipp-FSU.  » On ne sait pas d’où la rumeur est partie, qui a contacté qui… On ignore qui sont précisément ces représentants des JRE, combien ils sont, qui est derrière eux… Mais leurs accusations semblent impossibles à croire, ici ! «  Elles ont pourtant conduit 60 à 80 personnes à se rassembler devant les portes de l’école de Joué-lès-Tours, vendredi 28 mars vers 17 h 30, pour demander des comptes à l’équipe pédagogique (…) »

Le tract accusant le maire sortant

Aujourd’hui l’affaire rebondit et prend une nouvelle ampleur. Après la rumeur, le tract. Un tract politique accusant nommément  le maire sortant, Philippe Le Breton, de faire appliquer la théorie du genre dans cette école. Un tract incitant à voter pour le maire (UMP) qui vient d’être élu, Frédéric Augis.

La Nouvelle République (voir ici) précise que le document «  ressemble trait pour trait à ceux de la campagne du candidat UMP à la mairie de Joué-lès-Tours ». Il porte notamment le logo de la liste « Une nouvelle ambition pour Joué » et utilise la même typographie que les autres tracts du candidat UMP.  On peut y lire : « Philippe Le Breton et sa majorité socialiste ont déjà bouleversé les valeurs de la famille en permettant le mariage pour tous. Depuis la rentrée, ils imposent l’enseignement de la théorie du genre dans l’école Blotterie, demain dans l’école Rotière et celle de la Mignonne ». Pas de mention d’imprimeur.

Que fera le procureur de la République ?

Ce tract aurait été diffusé dans certaines boîtes à lettres dans la nuit du jeudi au vendredi qui précédaient les élections. Interrogé hier, Frédéric Augis a démenti toute implication dans la diffusion de ce tract. « Je ne sais pas d’où il sort, affirme-t-il. Il s’agit d’une usurpation. Je ne peux que déplorer de tels agissements ». Le futur maire de Joué-lès-Tours envisage de porter plainte. Pour l’heure on attend avec intérêt les décisions que prendra, ou pas, le procureur de la République d’Indre-et-Loire.

A demain

3 réflexions sur “Rebondissement politique dans l’affaire des excitations sexuelles de parents d’élèves du Jardin de la France

  1. Bonjour,
    Merci pour cet article intéressant. Nous en avons repris et publié le lien et avons reçu cette remarque: « L’annulation relève du tribunal administratif pas du procureur. Il peut uniquement déclencher une action pour trouble à l’ordre public ou fraude » (par JD Flaysakier). Que lui répondez-vous? Merci.
    Sinon, il y a une faute de frappe dans la dernière phrase…
    Bonne journée,
    Cordialement,
    Les Indignés du PAF

    • Merci pour votre intérêt. De fait seule la juridiction administrative peut invalider une élection municipale (tribunal administratif avec procédure d’appel). L’ancien maire a d’autre part déposé plainte contre X pour diffamation. Je relaterai sur ce blog les différentes suites de cette affaire.
      Cordialement,
      J.-Y.N.

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