Manuel Valls: « Quand vous rencontrez une femme ou un homme qui n’a pas assez pour se payer un steak ou des loisirs, ça vous prend aux tripes. » Quelque chose ne va pas. Quoi ?

Bonjour

« Steak-tripes ». Il était 20 heures 17 le mercredi 2 avril 2014. Ancien « communicant », le nouveau Premier ministre manuel Valls était pour la première fois invité du journal de TF1. Une intronisation moderne. Tendu comme toujours. Et comme toujours comme mécanique, comme sur piles. Aucune variation de rythme. Deux dimensions, jamais trois. Pas déshumanisé certes, mais presque. Du pain béni pour caricaturiste.

Richesse nécessaire

20 heures 15. On va passer au chapitre économique, sous-chapitre socialisme.  «Toute l’action du gouvernement doit être tournée vers ces hommes et ces femmes qui souffrent, qui ont peur du chômage», déclare le nouveau Premier ministre. Dans quelques secondes  Manuel Valls dira : « l’action est au service de l’entreprise, de l’attractivité, de la compétitivité, pour créer cette richesse nécessaire pour libérer les énergies et pour créer de l’emploi ».

Pressent-il alors qu’il est décidément trop langue de bois ? Que sa profession de foi hollandaise est tombée à plat ? Que l’audience dévisse ou va dévisser ? Revoit-il sa séquence de media-training ? C’est alors que le Premier ministre se lâche :

Fausses résonances

« Quand vous rencontrez une femme ou un homme qui n’a pas assez pour se payer un steak ou des loisirs, ça vous prend aux tripes».

Se lâche –t-il ou fait-il mine de se lâcher ? Qui peut le savoir ? Ce que chacun sait c’est que cette phrase ne se tient pas. Elle n’est pas bancale à proprement parler. C’est pire : elle sonne faux. On peut tenter de comprendre pourquoi.  Rapidement. En trois points.

I « Quand vous rencontrez une femme ou un homme (…) ».

L’attaque est trop floue. Qui est ce « vous » ? Pourquoi ce « quand » ? Que veut nous dire précisément notre nouveau Premier ministre ? Nous parle-t-il de « nous » ou nous parle-t-il de lui ? Si oui pourquoi ne oser le Je. Il le peut, lui qui n’est pas journaliste. Et ce verbe « rencontrer ». Veut-il dire « croiser » (à la va-vite) ou  « entrevoir » (via les vitres baissées d’une voiture officielle) ? La suite laissera penser qu’il s’agit bien d’une rencontre impersonnelle, ce celles qui pimente les sorties ministérielles devant les yeux bovins de BFM-TV.

La faute du Premier ministre est commise, déjà indélébile. Cette femme, cet homme, ce n’est pas vous, ce n’est pas nous, ce n’est aucun des millions de téléspectateurs-citoyens qui sont là, devant leurs écrans-plats. Cet homme, cette femme sont ailleurs. Dans ces ombres que les écrans n’éclairent plus. Dans ces espaces sans énergie où compétitivité ne dit plus rien. Et attractivité encore moins.

II « (…) qui n’a pas assez pour se payer un steak ou des loisirs (…) ». Ce ou égalitaire est suicidaire. Comment oser mettre sur le même plan ces deux symboles ? Cette viande rouge souvenir des forces ouvrières  du XXème (siècle) et ces loisirs impalpables que personne ne fait plus rimer avec congés payés. Se payer des loisirs  … On entend déjà phosphorer linguistes, syndicalistes et sociologues. Sans parler de la droite aiguisant ses couteaux.

On vous a offert les 35 heures mais vous n’avez pas l’argent nécessaire pour  occuper votre temps libre. Revenir aux 40 heures pour libérer l’action au service de l’entreprise, de l’attractivité, de la compétitivité, pour créer les richesses nécessaires pour libérer les énergies et pour créer de l’emploi ? Pourquoi pas ? Demain on aura des steaks et des loisirs à volonté.

III « (…) ça vous prend aux tripes ». Etrange retour au for intérieur abdominal. Et sans doute, à la première personne du singulier tant l’expression (datée) ne peut être partagée. Jadis les hommes et les femmes du peuple (souvent de gauche mais pas toujours et qui aimaient la viande) usaient d’une formule un peu plus crue encore : ils parlaient de boyaux retournés.

La biologie et la physiologie modernes le confirment: une émotion intense peut ce localiser dans ces régions organiques dévolues à la digestion. Celle, par exemple, des steaks si on a encore les moyens et les loisirs de s’en acheter. Question: quel lien entre cette émotion rendue publique et l’action politique ?

A demain

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