Demain le tabac ne sera plus brûlé. Il sera chauffé, vaporisé. Les buralistes sont au parfum.

Bonjour

Il faut se méfier des buralistes. Ils savent mieux que nous ce qu’est le tabac. Ils connaissent les fumeurs et leurs humeurs. Il en est qui vivent leur métier comme une croix, surtout les buralistes femmes. Ces buralistes ne vous l’avoueront jamais mais ils aimeraient vendre autre chose que du tabac.

Il faut se méfier de Pascal Montredon. M. Montredon est à la tête de la Confédération nationale des buralistes (75 rue d’Amsterdam, Paris). Il vient de faire savoir qu’en novembre prochain il briguerait un troisième mandat. Il y aura bientôt un an nous animions un travail de groupe au sein de l’Ecole des hautes études en santé publique (Ehesp). Une enquête volontairement paradoxale. Il s’agissait de savoir si « les buralistes pouvaient être des acteurs de santé publique ». On trouvera ici le rapport auquel a donné lieu ce travail.

Sans explications ni excuses

Au chapitre des « limites de leur travail » les élèves du groupe (qui ont rencontré de nombreux buralistes rennais – l’Ehesp est située à Rennes) notent qu’en dépit de leur relances successives les responsables de la Confédération ont refusé de s’exprimer – et ce « sans explication ni excuses ». Nous avions alors pris la peine de contacter Pascal Montredon. Nous nous présentâmes. Plusieurs tentatives. Impossible de lui parler. Refus à peine poli du préposé. Refus  d’autant plus curieux que M. Montredon s’exprime beaucoup dans les médias. Comme on peut le voir ici dans Le Point. Que craignait donc M. Montredon ? M. Montredon redoute-t-il à ce point les journalistes ? M. Montredon représente-t-il véritablement les 27 500 buralistes français ?

Sables-d’Olonne

L’actuel président de la Confédération des buralistes était le 6 avril  aux Sables-d’Olonne (Vendée). Nous n’y étions pas mais nous savons tout des déplacements de Pascal Montredon grâce à lemondedutabac.com, un site que les tabacologues devraient inventer s’il n’existait pas.

Devant 370 débitants, réunis à l’occasion du 29e Rassemblement des buralistes de l’Ouest, Pascal Montredon est revenu sur l’évolution actuelle de « l’acte de fumer ». Et ce qu’a dit alors M. Montredon est une mine. Extraits :

Trois confidences pour buralistes

• « D’abord, nous devons être un vrai rouleau compresseur sur le marché de la cigarette électronique. Il est hors de question que l’on se fasse damer le pion par des boutiques plus opportunistes que spécialisées …

• « Je demande à tous les buralistes de monter en gamme dans leur offre de cigarettes électroniques ».

• « Il nous faut prendre le leadership sur ce marché, car il correspond à une étape incontournable et importante dans l’évolution de l’acte de fumer. En effet, vont arriver incessamment  sur le marché d’autres produits …

• « Des produits de nouvelle génération – ni cigarette conventionnelle, ni cigarette électronique – où du vrai tabac ne sera plus brûlé mais chauffé et vaporisé. C’est une révolution ».

• « Nous devons être capables de bien promouvoir une triple offre – tabac conventionnel ; e-cig ; produits de nouvelle génération – qui laissera la possibilité à nos clients adultes responsables d’exercer leur libre arbitre ».

 Vendeurs à la civette

 Où l’on voit que les responsables du monde du tabac prennent pleinement la mesure de la révolution qui s’annoncent, la Révolution des Volutes. Où l’on voit aussi qu’ils ne réclament pas de ne vendre que du tabac, de la fumée et des goudrons. Ils ne veulent que rester sur le marché de la dépendance. Celle à la nicotine puisque c’est le lot qui leur est attribué dans l’espace des dealers autorisés, des vendeurs à la civette.

L’argumentaire du Dr Presles

Dans cet avenir décrit par le prophète Montredon les buralistes devront prendre la défense de la cigarette électronique contre le tabac de papa. Ils pourront alors se nourrir de l’argumentaire que vient de développer le Dr Phlippe Presles. Le Dr Presles est tabacologue,  coordinateur de l’appel des 100 médecins en faveur de la cigarette électronique. Il est aussi l’auteur de « La cigarette électronique. Enfin la méthode pour arrêter de fumer facilement » (Edition Versilio, 2013)

Un argumentaire pour éclairer ce qui se trame actuellement sur le front du vieux tabac ; là où  le fait d’attaquer les e-liquides correspond, qu’on le veuille ou non, à faire la promotion du tabac et du goudron. («Aux dernières nouvelles les e-liquides seraient moins dangereux que l’Eau de Javel ») Le Dr Presles nous a transmis cet argumentaire. Nous vous le livrons.

A demain

« La vérité chiffrée sur la toxicité américaine des e – liquides

Le 23 mars 2014, le New York Times[1] publiait un article alarmant sur le nombre croissant d’appels aux centres antipoisons américains pour des intoxications avec des e-liquides, soit 1.351 cas en 2013, dont la moitié pour des enfants de moins de 5 ans. Un toxicologue interviewé ajoutait qu’une petite cuillère de e-liquide pouvait tuer un adulte. La plupart des médias partout dans le monde se sont empressés de propager l’information telle quelle, sans aucune vérification, ni mise en perspective.

Nouvelle rassurante

Or c’est là une  nouvelle  très rassurante : malgré les millions de flacons de e-liquides circulants, en constante augmentation, aucune mort n’est à déplorer et les appels aux centres antipoisons ne représentent que 0,06 % des cas d’intoxications aux États-Unis. Ne tombons pas dans le piège du « Sang à la Une » et regardons concrètement tous les chiffres disponibles. En 2011, il y a eu plus de 2,3 millions d’appels aux centres antipoisons aux États-Unis pour des humains[2] (2.334.004 exactement), dont la moitié pour des enfants de 5 ans (46,94 %).

Ces appels concernaient des médicaments dans 715.544 cas. Les cas les plus fréquents étaient le fait d’analgésiques pour 11,7 % des cas, de cosmétiques pour 8 % des cas, de produits ménagers pour 7 % des cas et d’anxiolytiques pour 6,1 % des cas. Le nombre de décès s’est élevé à 1.995 cas, dont 18 cas d’enfants (soit seulement 1 % heureusement). Les médicaments constituent de loin la première cause de décès et en voici le palmarès pour les trois catégories les plus dangereuses.

Morts médicamenteuses

Médicaments analgésiques : Paracétamol : 276 morts (dont 159 par paracétamol-codéïne). Morphine et Fentalyl : 158 morts. Méthadone : 134 morts. Tébaïne : 120 morts. Aspirine : 39 morts. Tramadol : 24 morts. Médicaments psycho-actifs : Antidépresseurs : 148 morts (dont 17 avec le Bupropion, utilisé notamment pour le sevrage tabagique). Anxiolytiques : 111 morts. Médicaments cardiovasculaires : 128 morts.

Concernant les 18 décès d’enfants, les substances en cause étaient des analgésiques dans 11 cas, des amphétamines dans 6 cas, des médicaments contre le rhume dans 5 cas, et des produits ménagers dans 4 cas, la prise de plusieurs substances étant possible).

Médicaments emballés

Au vu de ces chiffres, on ne peut que regretter qu’aucun médicament ne soit délivré dans des emballages de sécurité. Les plus puissants des antalgiques, des antidépresseurs, des anxiolytiques et les produits cardiovasculaires les plus dangereux sont en libre circulation depuis des dizaines d’années et tuent des milliers de gens par accident sans que personne ne s’en émeuve.

Réexaminons les chiffres rapportés par le New York Times : 1.351 appels aux centres antipoisons en 2013 pour des e-liquides, dont 365 hospitalisations (et non pas cas graves comme on a pu le lire partout), et zéro mort. Cela ne représente que 0,06 % du total des appels et aucun cas dramatique n’a été à déplorer. Cela confirmerait plutôt l’efficacité des bouchons de sécurité équipant les flacons de e-liquides.

A quoi joue le New York Times ?

Le 3 avril 2014, les CDC américains (Centers for Disease Control and Prevention) publiait à son tour un communiqué de presse dans lequel il ne signalait rien de plus que le New York Times si ce n’est 2.405 expositions aux e-cigarettes entre septembre 2010 et février 2014. Le directeur du CDC, le Dr Tom Frieden ajoutait que si la moitié des appels concernaient des enfants, ce devait être du fait de leurs « arômes de bonbons ou de fruits qui les attirent ». Nous avons vu que tous les appels pour intoxication concernent dans la moitié des cas les enfants, ce qui rend cette conclusion vide de sens.

Trois conclusions évidentes 

–       – La première est que les e-liquides avec leurs bouchons de sécurité sont très peu dangereux.

–      – La deuxième est que l’industrie du tabac, qui est manifestement derrière l’article du New York Times, recommence la guerre médiatique qu’elle avait si bien réussie contre les substituts nicotiniques. Vous vous souvenez certainement de cette rumeur complètement fausse : « Si vous fumez avec un patch, vous risquez de mourir d’un infarctus ! » Elle était aussi lancée par le New York Times en 1992[3], un an après l’autorisation de commercialisation des patchs. Cette rumeur a tué beaucoup de gens qui ont préféré refumer que continuer leur patch. Et les nouvelles rumeurs marchent : les ventes d’e-cigarettes commencent à s’infléchir, et elles sont maintenant interdites à New York, Boston, Chicago, Los Angeles…

–      –  La troisième est que les institutions officielles de santé publique participent naïvement à ces rumeurs sans prendre de recul. Ce fut le cas cette année du CDC, et en 1992 de la FDA. De fait beaucoup d’acteurs de la lutte antitabac dans le monde agissent aujourd’hui contre la cigarette électronique se faisant les Alliés de facto de l’industrie du tabac. N’est-ce pas inconséquent quand le constat est fait que jamais la consommation de tabac n’a autant reculé qu’en 2013 dans les pays occidentaux, grâce à l’essor de la cigarette électronique ? Dans ce contexte on ne peut que saluer la prise de position pro e-cigarette du Royal College of Physicians le 20 mars dernier[4]. »

Dr Philippe Presles

[1] New York Times. Selling a Poison by the Barrel: Liquid Nicotine for E-Cigarettes. Published: March 24, 2014.

[2] Clin Toxicol (Phila). 2012 Dec;50(10):911-1164. doi:10.3109/15563650.2012.746424.

Bronstein AC. 2011 Annual report of the American Association of Poison Control Centers’ National Poison Data System (NPDS): 29th Annual Report.

[3] New York Times. F.D.A. Will Look Into Heart Attacks by Users of Nicotine Patches. Published: June 20, 1992.

[4] http://www.rcplondon.ac.uk/commentary/what-you-need-know-about-electronic-cigarettes

Une réflexion sur “Demain le tabac ne sera plus brûlé. Il sera chauffé, vaporisé. Les buralistes sont au parfum.

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