Affaire Giboulot : vins bio ou pas, l’obligation thérapeutique est là

Bonjour

Saint et presque martyr, Emmanuel Giboulot  était devenu une icône. Europe-Ecologie-Les-Verts, le NPA, Greenpeace et Attac l’avaient porté en triomphe.  C’était à Dijon, en mars dernier. M. Giboulot était aussi soutenu par d’autres, moins connus, des militants venus de courants de pensée opposés à la « médecine officielle ». Comme les adeptes de l’Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN). Ils l’avaient largement aidé à médiatiser son action et son procès comme  on peut le voir ici.

 Une amende de 1000 euros

Au moment de son procès Nous avons rapporté l’histoire d’Emmanuel Giboulot, vigneron bourguignon. (« Emmanuel Giboulot le vigneron héraut  des bio-bio »). La sentence est aujourd’hui connue. Ce sera 1000 euros d’amende, dont 500 avec sursis. Le tribunal correctionnel de Dijon a condamné lundi 7 avril  Emmanuel Giboulot pour avoir refusé, durant l’été 2013, de traiter ses vignes contre une maladie épidémique qui menaçait l’ensemble du vignoble de la Côte d’Or. Il avait refusé mais il l’avait surtout fait savoir. Urbi et orbi. Le tribunal  a suivi le réquisitoire du parquet. Emmanuel Giboulot encourait jusqu’à six mois d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

Injuste

A l’annonce du jugement M. Giboulot a estimé que cette condamnation quoique « symbolique », n’était « pas juste ». En faisant appel il espère obtenir la relaxe. « Une  relaxe serait un signal fort adressé à tous les viticulteurs, a-t-il déclaré. A chaque fois que nous pouvons ne pas utiliser de pesticides, c’est une victoire pour la santé de tous.»

Emmanuel Giboulot, 51 ans  travaille une dizaine d’hectares en côte-de-beaune et en hautes-côtes-de-nuits. Il les travaille en « biodynamie », une pratique  culturale extrême. Une pratique qui peut apparaître sympathique. Mais certains y voient une forme, viticole, d’intégrisme. Est-ce incompatible ? Est-ce excessif ?  En juin 2013 les vignes du département de la Côte d’or étaient  menacées par une épidémie de flavescence dorée, grave  maladie bactérienne transmisse par un insecte, la cicadelle, [Scaphoideus titanus]. Obligation préfectorale de traiter.

Autonomie

Nul besoin d’avoir recours à des insecticides produits par l’industrie chimique : il existe en un produit compatible avec la démarche bio : le Pyrevert. Mais refus obstiné d’Emmanuel Giboulot. Il s’en explique. « La biodynamie, explique-t-il, consiste à créer  un équilibre global au sein d’un milieu naturel, un écosystème qui fonctionne en autonomie. L’insecticide, même autorisé en agriculture biologique, n’est pas sélectif : il aurait détruit la cicadelle  mais aussi une partie de la faune auxiliaire sur laquelle je m’appuie pour réguler  cet écosystème. Cela aurait réduit à néant tous mes efforts de développer  des approches alternatives depuis que je me suis lancé en 1985. »

Empoisonnement

M. Giboulot a le chic des formules-choc. Il allait être condamné  « pour avoir refusé d’empoisonner ses propres terres ». On peut le dire autrement.  M. Giboulot a délibérément pris le risque de voir son vignoble atteint mais aussi le risque de propager la contagion. A l’inverse on peut soutenir que le vignoble de M. Giboulot n’a pas été atteint précisément parce que ses voisins avaient pris soin de traiter de manière préventive.

Désobéissance et désertion

On peut faire le parallèle avec les vaccinations humaines : en cas d’épidémie et de contagion rapide  les militants anti-vaccinaux ne sont pas atteints parce qu’ils vivent au sein d’une communauté qui dans son immense majorité est immunisée.  Mais le non-vacciné devient un vecteur privilégié de diffusion de l’agent pathogène. Geste de prévention individuelle la vaccination est aussi un geste solidaire. Ne pas se vacciner n’est pas tout à fait l’équivalent de la désobéissance civique. Cela peut même ressembler  à une désertion. Et pour certains à une trahison. D’où l’obligation vaccinale, cette forme préventive d’injonction thérapeutique.

Revue XXI

Il peut en aller de même dans le vignoble avec les pesticides, la chimie industrielle et le respect de la biodiversité. Il faut choisir son camp : le démon vs les anges, la mort vs la résurrection.  Les pesticides tiennent actuellement la corde médiatique. On peut en percevoir  un symptôme dans les louanges radiophoniques célébrant le dernier numéro de la revue XXI (voir ici le parallèle fait avec l’amiante)

La condamnation de M. Giboulot par le tribunal correctionnel de Dijon dépasse de beaucoup la seule Bourgogne. Un Bourgogne qui a su, comme la Loire, faire évoluer ses pratiques culturales. Qui s’est engagée dans la viticulture raisonnée sans le clamer haut et fort. On peut discuter de l’intérêt de la vaccination contre les HPV en insistant pour que celle contre le VHB soit pratiquée chez les toxicomanes usant de la voie intraveineuse.

La raison de Dijon

La vigne a toujours été proche de l’homme. Au point que ce dernier y voit parfois son sang. Il faudra, là aussi, trouver les moyens de dépasser les outrances d’un militantisme stérile et le confort du complexe agro-chimique viticole.  Paradoxalement, dans leur sagesse, les magistrats de Dijon pourraient y aider. Il faut avoir confiance dans la justice de son pays, surtout quand y fleurissent les icônes.

A demain,

2 réflexions sur “Affaire Giboulot : vins bio ou pas, l’obligation thérapeutique est là

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s