Une nouvelle tragédie Vincent Lambert au CHU de Strasbourg

Bonjour

L’affaire ne peut pas ne pas faire songer à celle dite « Vincent Lambert ». Mais c’est comme une affaire inversée, une affaire en miroir: les médecins veulent faire vivre leur patient. Cette affaire vient de nous être rapportée par l’Agence France Presse et relayée  par notre consœur journaliste et médecin,  Brigitte  Castelnau. On y retrouve une personne dans un coma profond, une équipe médicale qui s’interroge et une famille divisée quant aux choix collectif des médecins. On retrouve aussi la saisine de la justice administrative avant, peut-être, que la pénale entre en scène.

Famille divisée

Résumons les faits. Mardi 8 avril le tribunal administratif de Strasbourg a autorisé  une équipe médicale du VHU de cette ville les médecins à tenter de le réveiller un malade comateux. Pourquoi des juges administratifs se mêlent-ils de médecine dira-t-on ? C’est, comme dans le cas de Vincent Lambert, à cause d’une opposition de la famille. A Reims l’épouse était favorable à ce que les médecins cessent d’alimenter son époux. A Strasbourg l’épouse ne souhaite pas que les médecins tentent de le réveiller. Elle y voit  une «obstination déraisonnable». 

Son mari  a été placé dans  le coma depuis juillet 2013 à la suite d’un « grave accident ».Pris en charge  par le centre hospitalier de Colmar il a été transféré le  2 avril au CHU de Strasbourg. Dans les deux cas les équipes médicales  considèrent que  l’état de ce patient est compatible avec ce qu’elles nomment une  « tentative de réveil ». Elles font valoir qu’une «amélioration notable» de son état «peut être envisagée» : il répond à certaines stimulations de son environnement. Tout démontre qu’il peut « ressentir des émotions ».

Handicap inacceptable

Comme dans l’affaire Vincent Lambert  la famille est divisée. Plusieurs de ses frères et sœurs, sont favorables à la décision des médecins. Mais d’autres pensent que «la gravité des lésions cérébrales pourrait engendrer un handicap probablement inacceptable pour le malade». L’épouse ne partage pas ce point de vue. Elle se souvient (nous reprenons les termes du  tribunal administratif) que son mari lui avait fait part de sa volonté «de ne pas se trouver confronté un jour à un état grabataire». Elle redoute une «obstination déraisonnable» et un «risque de maintien artificiel en vie irréversible».

Cette femme ne veut pas que le choix médical conduise son mari vers «un état de conscience minimale sans dignité». Elle redoute tout particulièrement  que son mari soit «tout au plus (…) conscient de son état et donc en souffrance possible». Elle se refuse à accepter que son mari soit conscient sans pour autant être en mesure de se prononcer lui-même sur la poursuite ou l’arrêt des soins.

La justice en urgence

C’est pourquoi cette femme a choisi de faire appel à la justice. En urgence. Et en urgence la justice a tranché. En donnant tort a cette femme.  Les «soins d’éveil» envisagés par le service de neurochirurgie du CHU de Strasbourg sur ce patient «ne peuvent pas être qualifiés d’inhumains ou dégradants», a estimé le tribunal. Dans ce service, le patient pourra bénéficier de soins palliatifs qui ne porteront pas atteinte à sa «dignité», a ajouté le tribunal administratif dans un communiqué adressé à la presse.

De plus les «soins d’éveil» ne «remettent pas en cause la mise en œuvre  éventuelle» de la loi Leonetti de 2005 sur l’arrêt des traitements visant à un «maintien artificiel» de la vie, fait valoir le tribunal. L’équipe médicale a d’ailleurs fait valoir que, «si la situation devait évoluer défavorablement, toutes les options resteraient ouvertes, même un arrêt des soins».

Conseil d’Etat

L’épouse ne se satisfait pas d’un tel jugement. Elle vient de demander au tribunal d’ordonner une expertise médicale pour «lever les incertitudes». Selon une porte-parole du tribunal, cette expertise devrait être prochainement ordonnée, car les équipes médicales, celle de Colmar comme celle Strasbourg, ne s’y opposent pas. Et ensuite ? Ira-t-on, comme dans l’affaire Vincent Lambert, jusqu’aux magistrats du Conseil d’Etat ? Si oui ces derniers demanderont-ils alors une nouvelle expertise médicale ?

Tragédie

Comment peut-on qualifier d’ « inhumain » le fait que des médecins entreprennent de faire revenir à la conscience un homme qui leur a été confié et qu’ils ont, pour son bien, placé dans le coma ?  Il y a là, comme dans l’affaire Vincent Lambert  tous les éléments d’une  tragédie moderne. Une tragédie qui, comme les anciennes, ne se fonde que sur une seule trame : celle de la définition des vies qui valent –ou  pas-  la peine d’être vécues.

A demain

2 réflexions sur “Une nouvelle tragédie Vincent Lambert au CHU de Strasbourg

  1. juste une remarque :
    « Elle se souvient (nous reprenons les termes du tribunal administratif) que son mari lui avait fait part de sa volonté «de ne pas se trouver confronté un jour à un état grabataire». »

    Vous connaissez quelqu’un qui souhaite finir ses jours grabataire?

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