Sclérose en plaques et vaccin contre l’hépatite B : le Pr Bernard Bégaud accuse (Libération) mais n’en dit pas assez

Bonjour,

Cela pourrait être le début d’un chapitre inédit de l’histoire de la santé publique en Franc. Il pourrait commencer vingt ans après les faits. Ce serait un chapitre qui réveillerait quelques souvenirs. Il réclamerait que chacun assume, enfin, ses responsabilités. A coup sûr ce serait un exercice difficile mais, au final, une œuvre utile.

C’est le Pr Bernard Bégaud qui agite aujourd’hui le chiffon rouge. Il le fait dans Libération qui s’intéresse aujourd’hui aux vaccins (1). Ou plus précisément à la désaffection des Français pour la vaccination (« Vaccins : des questions veines ? ». Libération interroge à cette occasion  un pharmacologue : le Pr Bernard Bégaud qui pourrait, dit-on, être amené à occuper de hautes fonctions parisiennes. Pour l’heure le Pr Bégaud est à Bordeaux où il est professeur de pharmacologie et où il dirige l’unité de recherche «Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de santé sur les populations» à l’Inserm l’unité de recherche «Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de santé sur les populations» de l’Inserm qui emploie pas moins de dix-sept chercheurs.

Libération lui demande d’expliquer la relation des Français à la vaccination ». Il expliquera : « en raison de dévoiements et de crises mal gérées, une défiance s’est installée ». « Dévoiements » ? « Crises mal gérées » ? Pour l’essentiel le Pr Bégaud fait tout commencer avec le vaccin contre l’hépatite virale de type B ; Un vaccin mis au point pour la première fois au monde en France il y aura bientôt quarante ans, un vaccin protecteur, notamment, contre le cancer du foie et recommandé à ce titre par l’Organisation Mondiale de la Santé.

« Enorme gâchis »

Extraits :

« C’est un gâchis énorme. Jusque dans les années 80, les Français étaient très attachés aux vaccins. Il me paraît clair que l’inversion est liée à la campagne de vaccination contre l’hépatite B lancée en 1994. Certes, il existait déjà un courant méfiant, autour de concepts bio et nature, mais pas plus qu’en Allemagne. Ce qui a été le catalyseur et le déclencheur de cette méfiance, c’est le virus de l’hépatite B (VHB) et la polémique autour des cas de sclérose en plaques éventuellement induits par le vaccin. On a menti et on a continué à mentir, volontairement ou non, pour la bonne cause. Or, chaque fois que l’on ment, même et surtout avec une bonne intention, on provoque une catastrophe. Et la suspicion s’installe.

Il y a eu une campagne massive à destination des nourrissons et des enfants de 10-11 ans. On a lancé cette campagne sans mettre en place de système de surveillance et d’information, sans se donner les moyens de savoir quels étaient les gens que l’on vaccinait, sans informer les médecins ni le public du pourquoi de la campagne, sans aucun message clair. Il aurait pourtant été simple de vérifier si la campagne de vaccination se déroulait comme prévu à destination des cibles choisies ; ce n’est que trois ans plus tard que l’on a noté que sur les 90 millions de doses consommées, les deux tiers avaient été utilisées pour des adultes, et non pour des nourrissons et des enfants.

« Inévitable »

En ayant vacciné autant d’adultes, il était attendu, normal, inévitable que l’on voie apparaître un certain nombre de cas de sclérose en plaques (SEP). Et c’est ce qui s’est passé : on a vu des cas remonter, sans pouvoir savoir si c’étaient des coïncidences ou bien des SEP induites par le vaccin. En clair, la polémique qui allait suivre n’aurait jamais existé si la campagne était restée dans les clous. Dans les pays où cela a été le cas, comme au Royaume-Uni et en Italie, il n’y a pas eu de cas de SEP, car il n’y a pas eu de vaccination massive des adultes.

On a laissé les laboratoires pharmaceutiques faire leur campagne, avec des messages aberrants destinés à faire peur aux parents dans le but de les amener à faire vacciner leurs enfants. On leur disait qu’en France, le VHB tuait plus en un jour que le sida en un an, on a évoqué la transmission par la salive… Or, tout cela était faux. De fausses statistiques ont été données, par exemple sur le nombre de cancers du foie provoqués par le VHB. Au final, toute information, y compris publique, est devenue suspecte, créant la crise que l’on connaît, induisant un sentiment général : «On nous ment.» »

« Piqûre de rappel »

Pour le Pr Bégaud tout vient de là. Comme « l’échec de la campagne contre la grippe H1N1 » qui a agi « comme une piqûre de rappel, en réactivant la méfiance ». IL faut aussi, selon lui, compter avec les « conflits d’intérêts » qui sont « inhérents à cette activité, comme à toute autre ». « Mais dans le domaine des vaccins, ils sont extrêmement puissants car il y a en fait deux lobbys, souligne-t-il. Les laboratoires, bien sûr, qui commercialisent… Mais aussi celui, plus intellectuel, de tous ceux qui refusent de remettre en cause le vaccin, tellement persuadés que c’est un outil merveilleux qui ne présente pas le moindre défaut. Ce sont des gens très respectables, ayant souvent travaillé dans des pays en voie de développement et vu les succès des vaccins. Ils ont, de fait, beaucoup de mal à admettre la moindre critique. »

Qui sont ces « gens très respectables » ? On ne le demande pas au Pr Bégaud et le Pr Bégaud ne le dit pas aux lecteurs de Libération. Le pharmacologue bordelais ajoute, devant la situation actuelle :

« Sidération »

« Quand on est un homme de santé publique, on ne peut être que sidéré. Les vaccins ont changé la face du monde sanitaire avec la disparition de maladies terribles, comme la variole qui faisait des millions de morts. Ils ont fortement réduit l’importance de la tuberculose et de la poliomyélite. Ce sont des outils de santé fabuleux, peut-être plus que n’importe quel médicament. Or, en raison de dévoiements, de campagnes et de crises mal gérées, une défiance s’est installée, au point qu’aujourd’hui, beaucoup de gens ne voient plus dans le vaccin qu’un risque. »

Le risque serait sans aucun doute d’en rester là. A cette notion de dévoiement qui ne renvoie qu’à des mises en cause anonyme concernant des faits datant de vingt ans.

« Mensonge »

Reprenons. Qui a « menti » et qui continue de « mentir »,  « volontairement ou non, pour la bonne cause ». Qui a lancé « une campagne massive à destination des nourrissons et des enfants de 10-11 ans,  sans mettre en place de système de surveillance et d’information, sans se donner les moyens de savoir quels étaient les gens que l’on vaccinait, sans informer les médecins ni le public du pourquoi de la campagne, sans aucun message clair » ?

Qui, au final, est coupable de ce qui était « inévitable » (l’apparition d’un « certain nombre de cas de sclérose en plaques »)? Qui est coupable d’avoir laissé la campagne de vaccination « sortir des clous »? Qui est coupable d’avoir « laissé les laboratoires pharmaceutiques faire leur campagne, avec des messages aberrants destinés à faire peur aux parents dans le but de les amener à faire vacciner leurs enfants »? Qui a établi et diffusé des mensonges, de fausses statistiques sur le nombre des cancers, les voies de transmission du virus ?

Indispensable

De quels laboratoires parle-t-on ici ? De quels médecins ou médias « faiseurs d’opinion » ? De quels responsables sanitaires ? De quels ministres ? Où en est-on aujourd’hui, en France, de cette vaccination chez les enfants chez lesquels aucun effet secondaire démyélinisant n’a jamais pu être observé ? Qu’en est-il de l’épidémiologie française des infections hépatiques par le virus B ?

Vingt ans plus tard l’enquête doit pouvoir être menée.  Elle était depuis longtemps nécessaire. Avec les accusations du Pr Bégaud elle devient indispensable.

A demain

(1) Le quotidien organise aujourd’hui 10 avril un  débat sur les vaccination de 19 heures à 20 h 30, à l’Institut Pasteur (Paris XVe). La Mutualité française et l’Inserm co-organise ce débat. Participeront  Brigitte Autran, professeur d’immunologie, Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne et Serge Montero, président du comité vaccins du Leem. Entrée libre.

 

 

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