Cannabis : les suites de la polémique. Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Libération.

Bonjour

Poursuivons la publication des textes témoignant de la résurgence de la polémique sur le cannabis. Une polémique sagement réalimentée aujourd’hui le quotidien Libération (1).

Le texte du Dr William Lowenstein fait suite à celui du Pr Jean Costentin, membre de l’Académie de médecine (« Oui ou non, le cannabis est-il le diable ? »). Le Pr Costentin répondait au Dr Didier Jayle, ancien président de la MILDT, très critique vis-à-vis des préconisations de l’Académie concernant la consommation de cannabis (« Non, l’Académie de médecine ne remplit pas sa mission ! »).

Voici ce texte :

« Le cannabis est-il le diable ? Je ne sais si mon pedigree m’autorise à parler à Dieu. Médecin interniste, DESC d’addictologie, Dea de Parasitologie, Habilité  à diriger la recherche depuis 1991 (université Paris V), ancien interne,  chef de clinique-Assistant et PH- Médecin des Hôpitaux de Paris, auteur  ou co-auteur d’une soixantaine d’articles à impact factor, n’est-ce pas  un peu blasphématoire de vouloir échanger avec le Pr Costentin, Expert addictologique de l’Académie de Médecine ?

Honneur

J’ose cependant le faire, aujourd’hui, sur la forme bien plus que sur le fond  (qui appellera, bientôt je l’espère, des nouvelles conclusions académiques,  mieux éclairées et plus sereines).

Je le fais non seulement pour défendre l’honneur de mon collègue et ami, le  Dr Didier Jayle, Professeur au CNAM – dont j’admire et soutiens le parcours  personnel et professionnel, celui-ci plaidant pour son œuvre bien mieux que je ne saurais le faire- mais aussi en mémoire du Pr Charles Haas, un de mes maitres en Médecine Interne.

Humanisme

En 2012, la mort le faucha avant qu’il ne puisse postuler à une nomination Académique. Il admirait l’Académie nationale de médecine, son savoir et sa  sagesse. Il nous y fit présenter, avec le Dr Laurent Karila, un état des lieux  sur « la cocaïne et le crack, nouveau problème de santé publique. » quelques  mois avant que la maladie ne l’atteigne.

Le Pr Charles Haas, merveilleux sémiologue, humaniste discret et numismate  distingué (il légua sa collection à l’Académie), eut été attristé du ton si peu respectueux de notre collègue Costentin. Il aurait été incrédule à la lecture de ces lignes méprisantes à l’égard de Mme Nicole Maestracci et du Dr  Didier Jayle, lignes si peu confraternelles pour ceux qui ne partagent pas son expertise.

Devoir

Nous avons tous le devoir de nous interroger sur la dangerosité du cannabis, notamment et avant tout chez les plus jeunes. En aucun cas, ce devoir autorise le ton employé par le Pr Costentin. Sa passion contamine sa réflexion et donne de l’Académie Nationale de Médecine, une image inhabituelle, sans distance, ni sagesse.

Je ne sais ce qu’en pensent les autres Académiciens, dont le Pr Roger Henrion. Son rapport et son action, au temps des années sida, furent salués  par le plus grand nombre pour la force du travail accompli et la dignité des propositions de Sante Publique. Je crains que l’outrance du Pr Costentin ne nuise non seulement à l’avancée  des travaux et décisions sanitaires sur le cannabis mais aussi à l’image d’une  Académie que mon Maitre et ami, le Pr Charles Haas, vénérait et tentait de faire connaître à tous les « simples médecins ». »

Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions

 

(1)     « Droguez-vous avec modération ». C’est le titre de Une du quotidien Libération de ce lundi 14 avril. Ce journal  explique s’être associé à l’enquête  « Global Drug Survey » qui « tente de faire le point sur les consommations » et qui, dans son millésime 2014  « englobe la France pour la première fois ». « Global Drug Survey  est une initiative d’Adam Winstock, un psychiatre londonien qui a lancé depuis plusieurs années une « enquête mondiale sur les drogues » faisant appel aux usagers volontaires.

Voici ce que l’on peut lire au chapitre du cannabis :

« Cannabis, toujours plus fort. La skunk, variété d’herbe la plus violente, est la préférée (57%), devant l’herbe «normale» (29%) et la résine (9%). Voilà pour les goûts. Dans la réalité, la résine est la plus utilisée, devant l’herbe, la skunk et l’huile. Les consommateurs ont des souhaits paradoxaux : ils désirent un cannabis plus pur et plus fort, mais craignent ses effets négatifs (torpeur hébétée, pertes de mémoire…)

. Deux tiers se fournissent auprès d’un dealer, payant de 6 à 12 euros le gramme. 22% font pousser leur herbe. Sur le mode de consommation, 90% le mélangent avec du tabac, forme la plus nocive. Seuls 3,6% utilisent un vaporisateur, moins risqué pour les poumons car il dégage les principes actifs sans combustion ni tabac. Et à peine 0,7% ingèrent. Rappelons que, selon les études, 1 utilisateur sur 10 est dépendant, et la consommation chez les ados peut provoquer des dommages graves. D’où l’utilité de mesurer sa consommation (sur Drugsmeter.com). »

Voici par ailleurs l’éditorial de Libération, signé François Sergent :

« Anathème

La marque des proverbiaux paradis artificiels est d’emmener au paradis. Comme le dit le professeur britannique Adam Winstock, psychiatre et auteur depuis des années de la Global Drug Survey (à laquelle Libération s’est associé pour sa première incursion en France), «les chercheurs font des choses intéressantes sur les drogues, mais la plupart mettent l’accent sur le mal que les drogues provoquent et non sur le plaisir qu’elles apportent à la vie des gens».

Au contraire des faux témoins du tribunal des rêves, cette étude sans hypocrisie ni a priori voit le monde des amateurs de drogues – tabac ou alcool, cannabis ou ecstasy – tel qu’il est. Une consommation de masse, addictive, croissante. Preuve s’il en est que la prohibition a échoué. L’interdiction, notamment en France, championne de cette approche sécuritaire n’interdit rien. Pis, cette politique de l’anathème empêche tout débat, toute discussion, toute information auprès des usagers des drogues. Notamment des plus jeunes et des plus vulnérables.

Aucune drogue n’est un produit anodin ou bénin : le ballon de rouge, comme les joints ou les anxiolytiques. Internet, avec des sites comme Silk Road (l’Amazon du commerce anonyme de la drogue) a encore accru l’offre des paradis interdits, notamment des dangereux et puissants produits de synthèse. Il est plus que temps de subroger l’éducation à la répression. D’apprendre les dangers de ses conduites à risque afin que chacun soit maître de ses addictions, sache ce qu’il consomme et comment. Pour apprendre à se droguer avec modération. »

 

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