Dernières questions sur la femme morte aux urgences de Cochin (après les déclarations de Martin Hirsch au « Quotidien du Médecin »)

Bonjour

Deux mois jour pour jour. Une bien méchante écharde que cette  mort inexpliquée au sein du château-fort de l’AP-HP. Deux mois déjà, et toujours cet incompréhensible manque de transparence de la part de la direction générale. Et bien peu d’empressement de la part du procureur de la République de Paris. Nous avons fait beaucoup, sur ce blog, via Slate.fr  ou la Revue médicale suisse pour  tenter de comprendre ce qui s’est passé à Cochin le 15 février et après. Certainement pas assez.

Cinq points

Restent cinq points. Comme une trop longue suspension. Comme une parenthèse qui tarde trop à se refermer.

1 Comprendre pourquoi nous ne savons rien de vrai, rien d’authentifié sur les causes de la mort de cette femme. Une femme de 61 ans, une femme en bonne santé apparente, légèrement blessée au pied. Une femme  que rien ne prédestinait à mourir,  après son admission dans l’après-midi du samedi 15 février aux urgences de Cochin. Mourir seule six heures plus tard, sans avoir été examinée, sans avoir reçu de soins.  Un cadavre sur un fauteuil de la salle d’attente dans l’un des épicentres les plus médicalisés de la capitale.  Un cadavre qu’une aide-soignante trouva par hasard. Dans la salle d’attente et peu avant minuit.

2 Comprendre pourquoi une enquête et une autopsie n’ont pas aussitôt été décidées par le procureur de la République de Paris (à supposer qu’il ait été informé en temps et en heure de cette mort suspecte). Et comprendre pourquoi on a régulièrement expliqué que cette autopsie n’avait pas été pratiquée pour la simple et bonne raison que la famille de la victime « s’y opposait ». Oubliant ainsi, contre  le droit, l’article ad hoc  du code de procédure pénale. En postulant peut-être que les interlocuteurs n’auraient  ni la vigilance ni l’outrecuidance de faire état de cette évidence.

3 Comprendre pourquoi cette affaire n’a été médiatiquement rendue publique que le jeudi qui a suivi  par la direction générale de l’AP-HP. Et ce après la publication d’un entrefilet dans Le Parisien. Un jeudi marqué par l’annonce de l’ouverture d’une enquête uniquement administrative ;  une enquête confiée non pas à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) mais à un service interne.  Rester dans « l’entre-soi ». Refuser le regard externe. Edicter les règles et vérifier si elles ont été respectées et sinon, le cas échéant, les adapter.

4 Comprendre pourquoi Martin Hirsch, le nouveau directeur général de l’AP-HP a cru pouvoir déclarer publiquement que, quand  bien même cette femme aurait été prise en charge aux urgences,  elle n’aurait pas pu être sauvée. Ceci sans que l’ombre d’un début de diagnostic n’ait été (officiellement) porté.

5 Comprendre ce qu’il en est aujourd’hui de l’état d’avancement de l’ « enquête » qui a tardivement été ouverte par le procureur de Paris. Ouverte après la vérité incomplète écrite et rendue largement publique par le rapport administratif anonyme de l’AP-HP.

Cette femme anonyme de 61 ans est morte il y a deux mois. Jour pour jour. Nous revenons vers elle après avoir lu les toutes récentes déclarations du nouveau directeur général de l’AP-HP au  Quotidien du Médecin. Il y parle de sa vision des mutations à cinq ans du prestigieux ensemble qu’il dirige depuis cinq mois.

Dame « âgée »

Le directeur général est interrogé par Delphine Chardon et Karine Piganeau.  Titre : Martin Hirsch (AP-HP) : « Nous ne voulons pas imposer mais partager notre vision » (sur abonnement) .  Nos deux consœurs posent à leur interlocuteur la question suivante : « Les critiques ont fusé après la mort aux urgences de Cochin, en février, d’une dame âgée venue pour une plaie au pied. Quelles leçons tirez-vous de cet accident ? ».

Réponse du directeur général : « L’AP n’a pas nié les problèmes et a reconnu l’existence de défauts d’organisation.  Des changements seront apportés pour, par exemple, raccourcir le délai d’obtention des résultats biologiques aux urgences. Fin avril ou début mai, nous ferons un bilan des urgences à l’AP-HP, accompagné de mesures. Le temps est venu d’avoir une stratégie forte sur les urgences. »

« Doutes existentiels »

Un peu plus loin Martin Hirsch  explique pourquoi il  veut créer pour les médecins une cellule « haut potentiel ». (« On ne travaille pas à l’AP pour l’argent mais pour y déployer le plus possible ses talents. »). Sur l’abcès antique des « dépassements d’honoraires excessifs » ( tous ses prédécesseurs ont échoués) il confie « ne pas être sensible au chantage ».  Il dit  également « beaucoup aimer l’Hôtel-Dieu,  à qui il entend  « redonner un rôle central et original ».

Il dit aussi ceci de l’AP-HP  « cette maison  résume les contradictions de notre pays : fort sentiment d’appartenance et doutes existentiels ; mélange d’innovation et de conservatisme ». Et encore « des crispations sociales qui l’ont conduit à consacrer beaucoup de temps, depuis son arrivée, à l’écoute au dialogue et à la concertation ». Il ne pense pas que ce soit là « du temps perdu ».

Formule qui claque

Deux mois plus tard nous n’avons pas encore terminé cette enquête à laquelle nous avons pourtant consacré un certain temps. Pour l’heure retenons les trois premières leçons de l’affaire de la femme morte des urgences de Cochin :

1 Le délai d’obtention des résultats biologiques aux urgences de l’AP-HP  sera « raccourci ».

2 Des mesures seront annoncées « fin avril ou début mai ». M. Hirsch pourrait les annoncer à Cochin où il a promis qu’il retournerait.

3 Une formule : « Le temps est venu d’avoir une stratégie forte sur les urgences. » C’est là une  belle formule. Une formule qui sonne. Une formule qui claque. Comment faut-il l’entendre ?

A demain

 

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