Ceintures sociales : quand Marisol Touraine va-t-elle rétracter son papier du Lancet ?

Bonjour

Aujourd’hui 16 avril 2014 les Français ont commencé à prendre la mesure de ce que peut être un gouvernement  « de combat ». Un gouvernement à la fois socialiste et resserré. Contre qui ce gouvernement combat-il ? On gardera  peut-être en mémoire  l’image du jour : celle atypique d’un Premier ministre portant lui-même sa parole au sortir du conseil de ses ministres. Manuel Valls au pupitre, caporaliste en chef. Avec, à sa droite, Marisol Touraine ministre des Affaires sociales et de la Santé écoutant (en souriant ?) une rafale d’annonces drastiques dans le champ des prestations sociales et, indirectement, de la santé.

« Parcours de soins »

Le Premier ministre a notamment annoncé le gel jusqu’au 1er octobre de la quasi-totalité des allocations, qui normalement progressent chaque année en fonction de l’inflation. Les retraites (dont la date de revalorisation avait déjà été décalée du 1er avril au 1er octobre) n’augmenteront pas en 2014. Les allocations logement et familiales, revalorisées normalement au 1er avril, ne le seront pas non plus au printemps 2015. Ce gel dégagera une économie de près de deux milliards d’euros (sur les onze que veut économiser le gouvernement à partir de la Sécurité sociale) en plus des dix milliards d’économies prévues sur les dépenses de santé. Unanimes les syndicats croient savoir que ces décisions vont pénaliser lourdement les plus défavorisés, et accroître les inégalités, la précarisation et la pauvreté.

Prévoir aussi deux milliards supplémentaires d’économies de gestion dans les caisses de sécurité sociale. Et dix milliards d’économies attendues sur les dépenses de santé. Ici le Premier ministre demeure toujours aussi vague,   évoque « une meilleure organisation du parcours de soin » ou le développement de la « chirurgie ambulatoire ». Et des actions sur les « médicaments génériques ». C’est un peu court pour trouver dix milliards. On en saura plus au sortir du prochain conseil des ministres (23 avril).

Tempêtes

Mais il n’est guère besoin d’en savoir  beaucoup plus pour comprendre que des tempêtes vont se lever dans les champs de la santé. Que restera-il bientôt du nouveau « contrat social » annoncé il y a quelques jours dans les colonnes du Lancet par Marisol Touraine (« Marisol Touraine annonce un nouveau contrat social pour la santé (The Lancet) ».

Souvenons-nous. C’était fin mars. Le président de la République entendait faire de la « Santé » l’un des piliers de sa nouvelle politique. Il l’avait dit lors de sa dernière intervention télévisée. Souvenons-nous. Les communicants proches du Premier ministre confiaient  que ce dernier traiterait de Santé dans son premier discours de politique générale programmé pour le 8 avril. Et Marisol Touraine d’annoncer en anglais et dans le prestigieux Lancet qu’elle entendait mettre en place « un nouveau contrat social afin d’encourager le développement, la durabilité et l’équité du système de santé français ».  Et ce via une nouvelle loi.

Financement de la dépendance

Au menu : « France’s national health strategy ». « Stratégie nationale de Santé ». Un paradoxe de riche puisque la ministre rappelait que la France avait le meilleur système de santé au monde, que les usagers en étaient globalement satisfaits mais qu’elle entendait désormais l’améliorer afin d’en réduire encore les inégalités. « Attendons désormais ce que nous dira sur tout cela le nouveau Premier ministre » écrivions-bous le 6 avril. Nous sommes le 16 avril.

Dix jours pour n’y plus rien comprendre. Et ce alors que personne ne parle plus de financement de la dépendance. Chantier courageusement ouvert par Nicolas Sarkozy lors de la dernière présidence. Avant de le refermer – sans explication ni courage. Faut-il penser que laisser de côté le financement de la dépendance c’est ouvrir toutes grandes les portes au secteur privé des assurances ? Avec, par définition, toutes conséquences profondément inégalitaires que l’on peut imaginer. Et redouter.

« Auteur cadeau » ?

Sur son blog « Rédaction médicale et scientifique » Hervé Maisonneuve revenait ce matin même  sur cette étonnante publication du Lancet  (« Marisol Touraine : auteur honoraire du Lancet ? Qu’en pense le fantôme ? »). Il y revenait avec une distance est une impertinence rafraîchissantes.

« L’article [de Marisol Touraine]  n’est pas du niveau scientifique attendu pour The Lancet. C’est un article autant politique que scientifique avec peu de données factuelles, et beaucoup de très bonnes intentions, et neuf références » écrivait-il. Puis de passer à la grille les critères de paternité. Dans ces termes :  « Marisol Touraine a-t-elle passé plusieurs soirées pour écrire deux  pages rééditées en bon anglais ? Vous avez une opinion ? Pas moi ? En tout cas, son article ne contient aucun remerciement à un collaborateur. Serait-elle ce que l’on appelle un auteur cadeau ? A-t-elle rempli une déclaration de liens d’intérêts ? En pratique, Marisol Touraine nous annonce qu’elle fera une loi avec son nom… Normal, Roselyne  Bachelot, Xavier Bertrand l’ont fait avant elle…  Pourquoi The Lancet accepte ce type d’article, type traduction d’un communiqué de presse ? Est-ce que The Lancet a eu le choix de dire non ? »

Hervé Maisonneuve peut se  rassurer : il n’aura jamais la réponse à ses questions. Mais au vu des déclarations de Manuel Valls de ce jour on lui suggère, d’ores et déjà, d’en poser une autre : la date de rétractation de cette publication.

A demain

 

 

 

 

 

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