Ploom®, nouvelle cigarette et vieilles entourloupes de Big Tobacco & C°

Bonjour

Il faudrait toujours lire Le Figaro. Et le lire en écoutant les buralistes. Ce sont deux exercices certes difficiles mais qui  peuvent ne pas manquer de piquant.  « Ploom®» le prouve. « Ploom® c’est tout simplement « repenser le tabac ». Un nouvel usage du tabac et du blabla comme on peut le voir gratuitement ici.

Ecouter

D’emblée précisons qu’il s’agit bien de « Ploom® ». Rien de commun avec le véritable « ploum », celui  de « ploum ploum tralala » du regretté Francis Blanche (écouter ici) ;  le « ploum ploum tralala » à bien différencier du POUM  (Partido Obrero de Unificación Marxista) de la guerre d’Espagne repris sur un air voisin par ceux qui espèrent toujours que l’anarchie vaincra.  Tout ou presque est dit, paroles et musiques, sur ce sujet en pied de ce texte (1).

Ecouter les buralistes ? Nous l’avions fait le 7 avril dernier (« Demain le tabac ne sera plus brûlé. Il sera chauffé, vaporisé. Les buralistes sont au parfum »)  Les buralistes savent mieux que nous ce qu’est le tabac. Ils connaissent les fumeurs et leurs humeurs. Il en est même qui vivent leur métier comme une croix, surtout les buralistes femmes.  Pascal Montredon est le caporal des buralistes, leur mentor, leur guide suprême. Il est à la tête de la Confédération nationale des buralistes (75 rue d’Amsterdam, Paris)..

Certifier

Le 6 avril  Pascal Montredon était aux Sables-d’Olonne (Vendée). Devant 370 débitants, réunis à l’occasion du 29e Rassemblement des buralistes de l’Ouest, M. Montredon est revenu sur l’évolution actuelle de « l’acte de fumer ». Et ce qu’a dit alors M. Montredon est une mine. Extraits certifiés sincères:

• « Des produits de nouvelle génération – ni cigarette conventionnelle, ni cigarette électronique – où du vrai tabac ne sera plus brûlé mais chauffé et vaporisé. C’est une révolution ».

• « Nous devons être capables de bien promouvoir une triple offre – tabac conventionnel ; e-cig ; produits de nouvelle génération – qui laissera la possibilité à nos clients adultes responsables d’exercer leur libre arbitre ».

Commercialiser

Pascal Montedon parle le 6 avril. Le 16 sa parole s’incarne. Et l’incarnation a un nom : Ploom®. Car tel est le nom  de marque d’une cigarette d’un nouveau genre, une cigarette encore non identifiée. Ni cigarette « de tabac » ni cigarette « électronique » elle inaugure un nouvel espace commercial ; celui des cigarettes avec tabac, mais sans les fumées issues de la combustion de ce même tabac.. Les fabricants parlent, d’une manière générale, de produits « à nocivité réduite ».

« Nocivité réduite » est une formule intéressante à double titre. D’abord parce qu’avec elle, les industriels du tabac reconnaissent – de facto et officiellement – que les cigarettes « traditionnelles » sont des substances nocives. Ensuite parce que cette « moindre nocivité », pour vraisemblable qu’elle soit, n’a jamais encore été validée par des autorités sanitaires indépendantes des industriels du tabac.

Vaporiser

« Ploom®» vient d’être lancée sur le marché français par le géant Japan Tobacco International (JTI). Du fait même de sa nouveauté la presse économique et celle d’information générale lui ont assuré une publicité gratuite de grande ampleur. En pratique l’appareil (« de forme élégante et léger en main ») réalise une assure  vaporisation du tabac à basse température. Il se recharge avec des petites capsules de tabac (on parle ici de « vapods »).

En France (et dans un premier temps) cet outil sera exclusivement distribuée exclusivement à travers le réseau des buralistes parisiens. « La Ploom®» a déjà sa storytelling  offerte aux médias. Qui s’en emparent. « Ploom®» est « le fruit de l’imagination créatrice et entrepreneuriale de deux jeunes physiciens américains ». Tous deux tous dont diplômés  de l’université américaine de Stanford, « au cœur de la Silicon Valley », un « lieu mythique où est né Internet ».

Designer

Les deux inventeurs sont Adam Bowen et James Monsees. Ce sont eux deux qui ont trouvé un moyen pour  vaporiser à basse température du tabac encapsulé. Eux aussi qui  ont « designé » une première « Ploom® ». Au look, « follement tendance ». En 2011 ces deux inventeurs  signent un contrat de coopération exclusive avec JPI qui  prend une participation au capital de leur entreprise et développera les ventes dans l’ensemble du monde, hors Etats-Unis. C’est ainsi que l’on voit apparaître aujourd’hui sur le Vieux Continent (à partir d’une usine de JTI située en Allemagne) la deuxième génération de «Ploom®» associée aux indispensables « vapods®».

Incarner

Associé à de l’eau et du glycol propylène, le tabac  est chauffé à 180°. Il en résulte une vapeur aromatisée chargée en nicotine, inhalée par l’utilisateur. Les publicistes et leur blabla : c’est un « traitement novateur du tabac ». Ploom®, c’est « l’incarnation de l’évolution dans l’acte de fumer. »

Evolution salvatrice ? Evolution toxique ? C’est ici qu’il faut lire Le Figaro. Le quotidien de Serge Dassault a  interrogé Japan Tobacco International (Camel® et Winston®). Toxique ou pas ? Japan Tobacco International ne sait pas.  «Nous n’avons pas conduit d’étude sur la toxicité de ‘’Ploom®’’, reconnaît le fabricant. Le produit n’a été lancé qu’en juillet aux États-Unis et, de toute façon, ce sont les institutions publiques qui conduisent ce genre d’enquête. Notre métier, c’est le tabac, et nous nous positionnons comme un produit du tabac: Ploom®et ses recharges sont vendues en bureau de tabac et porteront des avertissements sanitaires.»

Fidéliser

L’entourloupe est là.  Le fabricant fabrique. Il avertit que le consommateur que le produit peut-être dangereux. Aux « institutions publiques » de faire la part des choses. Que disent-elles ?  «Avec ce nouveau produit, l’industrie du tabac, qui a déjà commencé à investir massivement dans l’e-cigarette, va pouvoir récupérer et fidéliser un public qui lui échappait: ceux qui, voulant arrêter de fumer, se sont tournés vers la cigarette électronique, mais ont été déçus», explique toujours au Figaro, le Pr Albert Ouazana, qui a supervisé les recommandations de la Haute Autorité de Santé sur le sevrage tabagique.

Pour le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme le caractère addictif d’un tel produit « ne laisse guère de doute.  «Il y a de la nicotine, il y a du tabac, il y a donc tout lieu de penser qu’elle créera une dépendance».

Goudronner

Et c’est le grand flou pour ce qui (au-delà de la simple dépendance) concerne la toxicité. Il est bien établi que les dégâts considérables causés par la consommation de tabac (cancers broncho-pulmonaires et pathologies cardio-vasculaires) sont directement associés au phénomène de combustion. C’est cette combustion qui conduit à la production du monoxyde de carbone et de goudrons. Ici on reste à 180 °C et à la vaporisation.  «Il n’y aura pas de dégagement monoxyde de carbone, reconnaît le Pr Ouazana, mais vu la température, il y aura sûrement un dégagement de certains composants chimiques, même s’il est difficile de savoir lesquels à ce stade.»

Pour le tabacologue Philippe Presle (coordinateur français de l’appel des « 100 médecins en faveur de la cigarette électronique ») l’affaire est assez claire. « Avec ce nouveau système, on élimine tous les produits de la combustion du tabac qui sont ceux qui sont gravement dangereux, comme les goudrons qui donnent les cancers, explique-t-il. La nicotine n’est pas dangereuse pour la santé, elle ne donne ni cancer, ni infarctus. On est à un niveau de dangerosité, évidemment, infiniment moindre qu’une cigarette classique avec combustion. »

Benzopyrèner

Opinion opposée du Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de Prévention du Tabagisme, qui dénonce un « marché de dupes ».  « L’industrie du tabac commercialise ce produit de façon ambiguë, en faisant croire que ce n’est ni une cigarette ni une e-cigarette, que c’est entre les deux et que ce n’est pas dangereux, accuse-t-il. S’il n’y a pas de combustion, il n’y a certes pas de benzopyrène qui est un des produits cancérigènes du tabac. Mais une partie des autres produits cancérigènes demeurent.»

L’entourloupe, toujours. Le fabricant ne fait rien pour préciser ce qu’il en est da la toxicité. Les autorités sanitaires laissent faire. On se renvoie de part et d’autre la balle de la charge de la preuve. Et on laisse les experts débattre, devant les caméras, d’une question à laquelle ils ne peuvent raisonnablement répondre. Pendant les débats les ventes continuent.

Authentifier

Autre sachant  appelé à la barre médiatique : le président des buralistes de Paris-Nord. Son témoignage : « J’ai goûté, j’ai été assez surpris parce que, effectivement, on retrouve des saveurs plus proches de l’authenticité du goût du tabac ». Les buralistes sont des experts en produits du tabac. Y compris ceux  à nocivité dite réduite.

A demain

1On écoutera ici l’une des versions anarchisantes chantée glorifiant les espoirs marxistes du POUM

Et ici la version tonique et originale (1946) de ce chef d’œuvre  en noir et blanc, signée de Francis Blanche  (1921-1974). La démonstration imparable qu’il y a soixante-dix ans on chantait dans les quartiers de la capitale française (Paroles: Francis Blanche. Musique: Rolf Marbot. Interprète: Georges Gosset 1946)

http://gauterdo.com/ref/oo/on.chante.dans.mon.quartier.html

On chante dans mon quartier

– 1 –

Si vous vous prom’nez dans mon quartier
Vous y verrez comme on a l’coeur gai
Vous entendrez les maisons
Murmurer des chansons
Le cordonnier chante en cordonnant
Le menuisier chante en menuisant
Et l’sergent d’ville sur son sifflet
Joue un menuet… Merci monsieur l’agent!

Refrain 1
On chante dans mon quartier
Le jour tout entier
De vagues romances
On chante dès le matin
Quand un air s’éteint
Un autre commence
Sur un brin de valse lente
Ou des refrains plus légers
Partout, des caves aux greniers,
Tous les jours on chante dans mon quartier.
Attention ! Ploum ploum, tra la la
Voilà c’qu’on chante, voilà c’qu’on chante
Ploum ploum, tra la la
Voilà c’qu’on chante chez moi.

– 2 –
Lorsque Josette a connu Fernand
Comme par hasard, un jour de printemps,
Y avait des gens assemblés
Dans la rue pour chanter
Comme par hasard elle était près d’lui
Comme par hasard il lui a souri
Et comme par hasard ils ont chanté
La même chanson.

Refrain 2
On chante dans mon quartier
Le jour tout entier
De vagues romances
On chante dès le matin
Quand un air s’éteint
Un amour commence
Ce soir c’est jour de vacances
Demain ils vont se marier
Partout, des caves aux greniers,
Tous les jours on chante dans mon quartier
Attention! Ploum ploum, tra la la
Voilà c’qu’on chante, voilà c’qu’on chante
Ploum ploum, tra la la
Voilà c’qu’on chante chez moi.

– 3 –
Pourtant j’vous jure que dans mon quartier
Comme partout dans Paris tout entier
En s’éveillant certain jour
On a l’coeur un peu lourd
Mais c’est la vie qui reprend l’dessus
On s’dit qu’au fond tout n’est pas perdu
Et qu’les murs sont encore bons
Alors vite, une chanson!

(Au refrain 1)

Paroles: Francis Blanche
Musique: Rolf Marbot
Interprète: Georges Gosset (1946)

2 réflexions sur “Ploom®, nouvelle cigarette et vieilles entourloupes de Big Tobacco & C°

  1. S’il existe une alternative à nocivité réduite du tabac, il n’est plus acceptable de vendre le produit nocif lui-même. Celui-ci doit donc être interdit, de la même façon et en utilsant la même logique qu’un médicament qui a la même effiacité qu’un autre mais dont les effets secondaires avérés sont beaucoup plus nocifs est interdit à la vente.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s