Elections européennes: donneriez-vous votre rein à un Roumain ?

Bonjour

« Réparer les vivants » (1) C’est un livre hors du commun. Un ouvrage qui commence à faire grand bruit. Nous y reviendrons sous peu. C’est, en un mot, le roman d’une transplantation. Ou plus précisément la sublimation romancée d’une greffe cardiaque. Avec les unités de la tragédie classique revisitées au rythme d’une écriture étonnante. Aux frontière de l’époustouflant. Parfois surjoué. Jamais lassant. Palpitant serait sans doute le terme le plus juste.

Cette exposition littéraire de la solidarité biologique se joue dans le cadre hexagonal. Entre les vagues de la Seine-Maritime et l’espace salvateur, toujours sacré, des mandarins de La Pitié. Prélèvement au Havre, transport du caisson grumeleux à Paris. Et dans le même temps dispersion des autres greffons en différents point du royaume de France. Maylis de Kerangal  ne fait  rien d’autre ici que réincarner le séquençage corporel véridique et symbolique de l’un des deux corps de nos vieux  rois.  « Chanson de gestes » dit l’éditeur.  Oui mais réinventée, une chanson sous tension extrême, une chanson faite de brutalités charnelles et de précautions chirurgicales infinies. Une aventure métaphysique et collective mais aussi et surtout  citoyenne. Dans un nouvel espace fait d’anonymat, de bénévolat et de gratuité.

Bond des dons des vivants

Ne pas s’endormir à la lecture. Pour un peu Mme de Kerangal nous bercerait dans l’illusion que tout va bien dans la meilleure France possible. C’est faux. Nul ne sait encore si les économies drastiques que vient d’annoncer Marisol Touraine, ministre de la Santé affecteront on non les activités de transplantations. Mais il nous faut aussi changer de focale : regarder l’affaire à l’échelon continental.  Les greffes d’organe progressent dans l’Union européenne. Mais elles ne progressent pas assez pour répondre aux espérances des  60 000 personnes en attente de transplantations, C’est la principale conclusion, transmise par l’Agence France Presse, d’un rapport publié le vendredi 25 avril par la Commission européenne.

Un rapport qui nous dit  que la pénurie de greffons disponible a fait que plus de 4 000 personnes sont mortes en 2012 dans l’Union. Pénurie désormais chronique de greffons cadavériques. Car la principale avancée réalisée (+ 8% de transplantations pour atteindre le nombre de 30 274 en 2012) résulte du bond des dons faits par des donneurs vivants : + 32 % pour les greffes de rein et 16 % pour les greffes hépatiques.

De l’Espagne à la Bulgarie

Pour la Commission européenne l’urgence est de développer ce type de dons, gratuits et volontaires, en assurant la protection des donneurs, face notamment aux risques de trafic. Les transplantations effectuées à partir de greffons cadavériques ont quant à elles augmenté de 16 %. C’est l’Espagne qui demeure la championne incontestée dans ce domaine avec un taux de prélèvement de 35 par millions d’habitants. L’effort le plus important a été accompli par la Croatie (passant d’un taux de 13,1 à 34,8). La France stagne (taux de 26) tandis que la Bulgarie est très loin derrière (taux passent de 1,3 à 0,3).

Face à ces écarts considérables Bruxelles préconise « un recensement des donneurs au niveau européen », et le « développement des dons transfrontaliers ». L’échange d’organes à greffer entre les 28 Etats-membres permettrait  aussi « de mieux adapter » les offres aux demandes de greffes.

Front national français

Tout ceci pourrait être un superbe socle de solidarité ; une nouvelle aventure collective permettant d’incarner une réalité de l’Union. Bien autre chose que la liberté de circulation des personnes et des marchandises. A ce titre cela pourrait être un bien beau sujet pour les prochaines élections européennes du  25 mai prochain. Que pensent, en France, de tels échanges les responsables du Front national, lui que l’on nous promet grand vainqueur ?

Qu’en pensent plus généralement tous les partis anti-européens qui se présentent aux suffrages en réclamant la dissolution de l’Union. Mutualiser les dons et les greffes des organes humains ? On observera que c’est, précisément, l’un des sujets  dont ne nous parlent jamais les politiques. Regardez bien : ils sont désespérément allergiques au symbolique.

A demain

(1) Maylis de Kerangal. Réparer les vivants. Paris : Collection Verticales. Editions Gallimard, 2014.

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