Cigarette électronique : l’heure a enfin sonné de la realpolitik. Sauf pour Marisol Touraine.

Bonjour

Enfin du concret pour les vapoteurs, du pratique anti-tabagique. On ne finasse plus, on agit.  Réunis sous l’égide de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT) un groupe de dix experts (1) est parvenu pour la première fois à un consensus sur la conduite que devraient dorénavant tenir les professionnels de santé vis-à-vis de la cigarette électronique.

Ils rendent publiques leurs conclusions ce mercredi 30 avril. On les trouvera ici dans leur intégralité. Voici les principales :

1.    Le fumeur qui envisage d’arrêter avec la cigarette électronique (l’e-cigarette n’est pas le premier choix, mais le professionnel de santé peut accompagner son utilisation en association avec les traitements validés ou seule).

2.    Le vapoteur qui garde quelques cigarettes (le professionnel de santé s’efforcera alors d’éliminer les dernières cigarettes en utilisant les substituts nicotiniques et en optimisant la prise d’e-cigarette, car quelques cigarettes suffisent à maintenir un haut niveau de dépendance).

3.    Le fumeur en sevrage, qui n’arrive pas à éliminer les dernières cigarettes, peut dans certains cas remplacer ces dernières cigarettes par des cigarettes électroniques.

4.    Le vapoteur qui ne parvient pas à décrocher de la cigarette électronique doit être aidé, tout comme le sont ceux qui conservent des substituts nicotiniques oraux au très long cours.

5.    L’ex-fumeur et l’ex-vapoteur qui ne doivent pas toucher à l’e-cigarette susceptible de réveiller la dépendance.

6.    Le professionnel de santé déconseillera toujours l’e-cigarette au non-fumeur.

Ces conseils s’inscrivent dans un contexte où la dimension révolutionnaire de la cigarette électronique se confirme. Cet objet bouleverse la consommation de tabac et la dépendance massive qui lui est associée.  Il y a un an  l’OFT remettait un rapport à Marisol Touraine, ministre de la Santé. La ministre ne voulut alors voir alors dans la e-cigarette qu’une forme de produit du tabac. C’était sans doute une erreur comme le montrent les chiffres d’aujourd’hui? Une erreur malheureusement confirmée aujourd’hui même puisque la ministre semble continuer à ne pas percevoir la dimension révolutionnaire de l’affaire (2).

Que dit Bercy ?

Premier trimestre 2014 : on observe pour la première fois selon l’OFT une baisse très notable des ventes cigarettes (-8.9%), de tabac roulée (-7,5%)  et une baisse encore plus importante du recours à l’arrêt du tabac par les méthodes médicales classiques (-51.6% pour les patchs et -39.4% pour la varenicline). Or ces phénomènes évoluaient sur des tendances inverses avant l’avènement de l’e-cigarette. Comment ne le politique pourra-t-il garder encore longtemps les yeux fermés. Qu’en dit Bercy?

Porte-à-faux

« Médecins et autres professionnels de santé sont en permanence questionnés par leurs patients sur la cigarette électronique qui (enquête Etincela), a été essayée par plus de la moitié des fumeurs. Mais, en l’absence d’études probantes, ils sont parfois en porte-à-faux pour répondre car leur propre expérience est la plupart du temps limitée, éxplique l’OFDT. Dix experts de l’aide à l’arrêt du tabac ont travaillé depuis janvier pour aboutir progressivement à un consensus sur la conduite pratique à tenir par les professionnels de santé (impliqués ou non dans la prise en charge des fumeurs avec les méthodes validées – thérapies comportementales et cognitives, substituts nicotiniques et médicaments de prescription pour l’arrêt du tabac). »

Constats et recommandations

Ces experts ont produit quarante-cinq constats et recommandations abordant les principales situations auxquelles le professionnel de santé peut être confronté. Certaines situations particulières (grossesse, chirurgie) qui justifient une attitude spécifique sont aussi abordées. Enfin les professionnels de santé doivent aider à éviter les accidents avec les e-liquides des cigarettes électroniques.

Sortir du tabac

Pour le Pr  Bertrand Dautzenberg cet avis d’experts a un objectif :  « aider un plus grand nombre de fumeurs à quitter le tabac ». Une opposition se dessinait ces derniers temps entre deux voies de sortie du tabac. « On peut espèrer que la prise en compte optimale par les professionnels de santé du phénomène e-cigarette et des traitements validés de l’arrêt du tabac conduira à dépasser les objectifs du Plan cancer » espère-t-il.

Pragmatique

Ce Plan prévoit  de réduire d’un tiers la consommation de tabac en France dans les quatre ou cinq ans. Sans doute cet objectif  serait-il atteint plus rapidement si la ministre de la Santé et l’ensemble des autorités sanitaires adoptaient, comme le font aujourd’hui les professionnels de santé, une attitude nettement plus pragmatique. Il leur faudra pourtant bien comprendre qu’avec la cigarette électronique, et face à Big Tobacco,  l’heure est venue de la realpolitik.

A demain

(1)   Marion Adler (Clamart),  Bertrand Dautzenberg (Paris), Daniel Garelik (Paris), Jean-François Loubrieu ( Blois), Gérard Peiffer (Metz), Jean Perriot (Clermont-Ferrand), Rose-Marie Rouquet (Toulouse), Audrey Schmitt (Clermont-Ferrant), Michel Underner (Poitiers), Thierry Urban (Angers).

(2) Marisol Touraine persiste malheureusement dans ses choix. Au moment où l’OFT rendait publiques ses conclusions la ministre de la Santé s’exprimait sur BFM-TV.  (voir  ici)  Pour annoncer (comme il y a un an)  qu’elle était « favorable » à l’interdiction de la cigarette électronique dans « certains lieux publics » ajoutant que des dispositions seraient incluses dans la prochaine loi de santé publique.

« Je suis favorable à ce qu’il y ait interdiction dans un certain nombre de lieux publics, là où il y a beaucoup de monde, là où il y a des enfants, là où il y a des jeunes, a déclaré Mme Touraine Je vais présenter une loi de santé publique autour de l’été et nous allons, avec les parlementaires, déterminer les lieux concernés ». « Je serais favorable à ce que des mairies disent que telle plage est sans tabac, que tel jardin public est sans tabac et sans cigarette électronique », a-t-elle précisé

Concernant une nouvelle hausse du prix du paquet de cigarettes, la ministre a indiqué que « la décision [n’était] pas prise ». « Je suis en faveur d’une augmentation des prix, mais augmenter les prix sans rien faire d’autre, ce n’est pas utile. Il faut des campagnes d’information un peu plus ‘’trash’’ en direction des jeunes ». Trash ?  Mme Touraine voudrait «des campagnes qui prennent un peu plus aux tripes». Remise il y a peu au goût du jour par Manuel Valls, cette expression désuète fera-t-elle bientôt florès ? 

 

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