Alerte à la diarrhée mortelle : embargo français sur tous les porcs américains. La Bretagne a peur.

Bonjour

L’information paraîtra au Journal Officiel de demain (3 mai 2014) : la France a décidé d’interdire les importations de porcs vivants et de l’ensemble des produits à base de porc en provenance des Etats-Unis, du Canada, du Mexique et du Japon. Une mesure extrême pour se protéger contre le virus de la diarrhée épidémique porcine (PED). Cette maladie a déjà tué plus de sept millions de porcelets aux Etats-Unis où le prix de la viande de porc atteint des records. Il semble que le virus responsable puisse être d’origine chinoise.

« Quand on voit les chiffres, il y a de quoi être inquiet. Il y a peu de maladies qui provoquent une si forte mortalité à une si grande échelle, vient de déclarer  Jean-Luc Angot, directeur général adjoint de direction générale de l’alimentation (DGAL) et chef des services vétérinaires. Si la diarrhée épidémique porcine apparaissait dans des régions comme la Bretagne, qui concentre l’essentiel de la production porcine, cela serait dramatique. »

Sous-produits interdits

L’embargo visera les porcs vivants et le sperme de porc mais aussi tous les « sous-produits » à base de viande de porc comme l’alimentation animale. Des restes de porcs adultes infectés (du sang séché par exemple) peuvent être incorporés dans l’alimentation animale pour porcins, et transmettre ainsi le virus aux élevages intensifs.

La Chine et le Japon ont déjà imposé des restrictions aux importations de porc américain. Pour l’heure, inquiète notamment pour la Bretagne,  la France est le seul pays de l’Union européenne à décréter un embargo.  Paris avait proposé l’adoption d’un embargo européen le mois dernier. Etrangement (compte-tenu de l’intérêt de grands producteurs de porc comme les Pays-Bas, le Danemark ou l’Allemagne) la Commission européenne avait refusé cette initiative, confie M. Angot. Peur de représailles commerciales ?

La France isolée

Comme dans le cas de la vache folle il y a près de vingt ans la France choisit, au nom de la sécurité sanitaire, de faire cavalier seul. Et comme il y a vingt ans le ministère français de l’Agriculture  compte toujours sur un accord de l’Union pour faire cause commune avec Paris. Le ministère a également demandé aux professionnels du secteur (qu’il a rencontrés cette semaine) de renforcer les mesures de biosécurité permettant d’éviter la pénétration de tout virus dans un élevage.

Que sait-on exactement de la situation ? Voici les informations émanant du ministère français de l’Agriculture – Anses (bulletin épidémiologique des maladies animales, septembre 2013)

Du jamais vu aux US

Fin avril 2013, les premiers cas de diarrhée épidémique porcine (DEP – ou PED pour Porcine Epidemic Diarrhea en anglais) ont été détectés aux États-Unis. Stupéfaction : cette maladie n’avait jamais été décrite auparavant sur le continent américain. En septembre dernier plus de 200 sites porcins ont été infectés, la majorité d’entre eux se trouvant dans les États à forte concentration porcine : Iowa, Minnesota, Indiana principalement et récemment en Oklahoma. Quelques cas avaient déjà  été décrits en Ohio, Colorado, Missouri, Illinois, Michigan, Nebraska et Dakota du sud.

Le coronavirus responsable de cette maladie, proche de celui de la gastro-entérite transmissible (GET), n’avait jamais été détecté aux États-Unis jusqu’ici. Ce virus touche les porcs de tous âges, mais entraîne principalement de la mortalité chez les porcelets avant sevrage (jusqu’à 95 %). La maladie est par ailleurs enzootique dans de nombreux pays d’Asie orientale.

Voie oro-fécale

Le virus de la DEP est un coronavirus, classé dans le genre Alphacoronavirus avec le virus de la GET et le coronavirus respiratoire porcin. Il s’agit d’un virus à ARN positif enveloppé de 28kb, peu résistant dans le milieu extérieur. Il ne se conserve pas non plus dans les viandes de porc et ne se transmet pas à l’homme. Ce virus est difficile à cultiver sur cellules. Il se transmet par voie oro-fécale entre porcs. Des formes plus virulentes ont été décrites en 2011 et 2012 en Chine. Par analyse moléculaire il est possible d’identifier différents clusters selon la région d’origine. Les isolats chinois sont très proches des coréens, mais différents génétiquement des souches européennes comme des souches vaccinales.

Diarrhée profuse

Le virus de la DEP est responsable d’une diarrhée profuse, aqueuse pouvant toucher différentes classes d’âge (animaux adultes, porcelets sous la mère, porcs en croissance). Des vomissements peuvent aussi être observés sur les porcelets ou même les truies. Au pic de l’épizootie, le taux de morbidité peut atteindre 100 % et le taux de mortalité est souvent très élevé chez les porcelets sous la mère (50 % en moyenne, pouvant atteindre 100 %). La situation post-épizootie évolue souvent sous une forme enzootique avec persistance de diarrhées chez les porcs en croissance d’âge supérieur.

Souche très virulente

Aujourd’hui le virus de DEP incriminé aux États-Unis est une souche très virulente à l’origine d’une diarrhée aqueuse intense chez les porcs de tous âges accompagnée parfois de vomissements et conduisant jusqu’à 100 % de mortalité chez les porcelets sous la mère. Les autres catégories d’animaux sont affectées, mais moins sévèrement que les jeunes porcelets. L’origine de la contamination du cas index n’a toujours pas été identifiée. Les enquêtes rétrospectives conduites montrent que le premier cas identifié remonte à la mi-avril et il s’agit d’un site d’engraissement situé dans l’Ohio. L’épizootie s’est propagée très rapidement à plus de deux cents sites porcins en quelques mois.

Génétique chinoise

« Le virus a été séquencé et présente plus de 99 % d’identité avec le génome d’un virus de DEP isolé en Chine en 2012. Dans la mesure où ces virus mutent rapidement, ceci semble indiquer une introduction sur le territoire américain relativement récente » souligne le ministère français de l’Agriculture. L’Europe n’est pas à l’abri d’une introduction du virus dont les conséquences sont difficiles à évaluer. »

De ce strict point de vue – et quelles que puissent être les représailles commerciales (elles sont inévitables) –  l’embargo français semble pleinement justifié. Et l’attitude de la Commission européenne une nouvelle fois totalement incompréhensible.

A demain.

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