Lucentis® : la gabegie a progressé de 10% (soit 428,6 millions d’euros remboursés en 2013)

Bonjour

Que font  les responsables politiques et sanitaires français face aux cas les plus criants de gabegies médicamenteuses  organisées ? Rien.

L’explication la plus simple est peut-être qu’ils ne peuvent rien y faire. Ce n’est pas l’explication la plus rassurante. A fortiori lorsque que des économies sont nécessaires dans le vaste champ de la « santé ». Et que ces économies sont annoncées dans le secteur du médicament.

Un cas d’école

De ce point de vue l’affaire Lucentis® est un formidable révélateur des contradictions majeures de la politique française dans ce domaine. C’est aujourd’hui un vrai cas d’école. Que fera (ou que ne fera pas) le gouvernement Valls sur ce poste de dépenses indues qui bafoue jusqu’aux règles les plus élémentaires de la concurrence

Le site Medscape revenait il y a quelques jours sur les dernières données de l’assurance maladie . En 2013, les remboursements de médicaments en ville ont, pour la deuxième année consécutive, baissé pour s’établir à 22,6 milliards d’euros contre 22,7 milliards en 2012. Soit un (léger) tassement de 0,4%. La substitution générique pour sa part a permis d’engendrer des économies de l’ordre de 2,2%, soit 1,6 milliard d’euros.

Lucentis® en tête

Dans le même temps les médicaments de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) continuent à constituer le gros des dépenses, Lucentis® en tête. Ces médicaments « continuent à être l’une des principales classes de médicaments qui affichent une croissance importante de leurs dépenses (+12,9% soit 51 M€ de plus par rapport à 2012)».

Le Lucentis® reste ainsi le médicament le plus remboursés en 2013 (comme il l’était en 2012) ;  il « concentre » 428,6 millions d’euros des sommes remboursées, soit une augmentation de +10,2% en un an. Eylea® (aflibercept), qui vient d’être autorisé dans l’indication DMLA (en vente depuis novembre 2013) a représenté 12 millions d’euros de remboursement en seulement deux mois.

Une fortune

On connaît l’essentiel de l’histoire, celle, à peine croyable de deux médicaments quasi identique : le Lucentis® et l’Avastin®. Les deux peuvent également soigner la DMLA. Le premier vaut une fortune et il est autorisé. Le second vaut beaucoup moins cher mais il n’est autorisé que dans le traitement d’une maladie cancéreuse. Les deux sont remboursés par notre collectivité.

Des médecins ophtalmologistes, soucieux des deniers publics, osèrent utiliser le second à la place du premier. La puissance publique les menaça de poursuites. Alertés par des médecins-citoyens quelques rares médias s’intéressèrent au sujet. ( «Traitement contre la cécité ou traitement contre l’absurdité »  Slate.fr, 7 août 2012). Rien ne se passa. Où est passé le pouvoir de la presse ?

 Gouffre financier

Un an plus tard le  Syndicat de la médecine générale dénonça, chiffres à l’appui, la situation et le gouffre financier  qu’elle constituait. Il le fit  de manière lumineuse et imparable dans une lettre ouverte adressée à Marisol Touraine, ministre de la Santé  comme on peut le lire ici. Où est passé le pouvoir des syndicats ?

Puis le Pr. François Chast chef du service de pharmacie clinique (groupe hospitalier hôpitaux universitaires Paris Centre / Cochin – Hôtel-Dieu – Broca) revenait à la charge sur la Toile. Il citait le Washington Post indiquant qu’aux Etats-Unis 55% des malades sont traités par Avastin®, 34% par Lucentis® et 11% par Eylea®. Où est passé le pouvoir des mandarins ?

Trop beau scoop

Le dernier rebondissement dans l’affaire , Lucentis® datait de mars dernier (« Lucentis® / Avastin® : quand l’incroyable gabegie prendra-t-elle fin ? »).  Le Parisien révélait alors que l’anticancéreux Avastin® pourrait à terme être autorisé comme traitement alternatif pour la maladie ophtalmologique, actuellement en remplacement du  Lucentis®. Un projet de décret du ministère de la Santé était en cours d’élaboration. Et Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, venait de transmettre au Conseil d’Etat un texte qui permettrait, à terme, aux ophtalmologistes d’utiliser Avastin®  dans le traitement de la DMLA (3. 000 nouveaux cas par an).

Le scoop était trop beau. Le projet de décret en lui-même « n’autorise pas l’utilisation Avastin®  ni d’aucun autre médicament en particulier » avait aussitôt précisé le ministère de la Santé à l’AFP. Ce décret d’application de la LFSS (loi de financement   de la sécurité sociale) pour 2013 viendrait «  préciser les conditions dans lesquelles l’Agence nationale de sécurité du médicament et la Haute autorité de santé pourront autoriser l’utilisation de certains médicaments dans le cadre de RTU (recommandations temporaires d’utilisation) pour motif économique. »

Sanctions en Italie

Cette procédure qui pourrait ensuite permettre à l’Agence du médicament d’autoriser les prescriptions d’Avastin®. On apprenait alors que  l’autorité italienne de la concurrence venait d’infliger une amende d’un total de 182,5 millions d’euros aux deux groupes pharmaceutiques suisses impliqués dans cette affaire (Novartis et Roche) en estimant qu’ils avaient « conclu un accord illicite pour empêcher l’utilisation » de l’Avastin®  dans les pathologies oculaires. Les services de Marisol  Touraine indiquaient alors  avoir « adressé fin 2012 un courrier » au ministre de l’Economie de l’époque (Pierre Moscovici) afin que l’Autorité de la concurrence enquête sur une « éventuelle entente » entre les deux géants Roche et Novartis.

« Une enquête est actuellement en cours » indiquait-on  au ministère de la Santé. Sans doute l’est-elle toujours.

A demain

(1)  Le deuxième médicament le plus remboursé en 2013 est l’adalimumab, Humira® (382,8 millions d’euros, en hausse de 10,6%), Suivent la rosuvastatine, Crestor® (342,8 millions d’euros, +1,4%), et le Doliprane® (315 millions d’euros, +14,1%). La croissance des volumes de vente du Doliprane® serait due au contexte épidémique hivernal de l’année 2013.

Par classe thérapeutique, les traitements du cancer sont ceux qui augmentent le plus en 2013, en hausse de 8,1%, soit 135 millions d’euros, suivie par les médicaments antirhumatismaux (+11,2%) qui augmentent de 79 millions d’euros. En troisième position les médicaments antidiabétiques sont en hausse de 6%, soit 78 millions d’euros. Victoza® (liraglutide GLP1) et Lantus® (insuline glargine) enregistrent les plus fortes hausses. Les remboursements des antiagrégants, antithrombotiques connaissent eux-aussi une progression (+8,7% soit 75 millions d’euros), tout comme les traitements de la sclérose en plaques (+19,4% soit 66 millions d’euros).

 

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