Alcoolisme : la suite de la très édifiante histoire de Philippe, 54 ans, qui attendait des huîtres … (avec des commentaires du Dr William Lowenstein)

Bonjour

Certains mots ont des échos. De beaux échos. Ce fut le cas aujourd’hui du billet que nous avons consacré à la condamnation à un an de prison d’un malade alcoolique à la dérive ; Philippe X, 54 ans, tribunal correctionnel de Blois, comparution immédiate pour récidive de conduite en état d’ivresse manifeste et sans permis (« Alcoolisme : la très édifiante histoire de Philippe, 54 ans, qui attendait des huîtres et qui s’est fait piéger comme un corps céleste par un trou noir »). Pas de violence, pas de sang, aucune larme. Un an de prison. Un grand alcoolique qui assure qu’il ne l’est pas. Un grand classique.

Double peine pour l’esclave

Un autre grand classique, aussi : la justice qui ne peut entendre le déni comme le symptôme majeur d’un mal dont souffre celui qu’elle juge. Celui qu’elle condamne au motif que celui qui s’est alcoolisé est coupable de l’avoir fait. Pire : ce sera la double peine. Commettre des actes délictueux criminels, sous l’emprise de l’alcool, sous l’empire de l’état alcoolique, c’est être doublement responsable. Pourquoi ?

Avocat, on userait volontiers de la métaphore de l’esclave condamné pour avoir obéi à son maître. Serait-ce audible ? Dans l’affaire qui a conduit Philippe, 54 ans, en prison pour une année l’avocat a tenté de la dire.

Me Rapin

« Son déni est un symptôme de son alcoolisme » a plaidé Me Rapin. Il a aussi rappelé une évidence :« pour juger, il faut comprendre. » Dès lors pourquoi Me Rapin a-t-il cru devoir plaisanter ? Pourquoi dire aux juges de son client : « Il s’est fait capturer comme un trou noir le fait d’un corps céleste, ce qui a permis d’éviter un accident » ?

Pour faire rire sans doute. Avant le drame les symptômes de l’alcoolisme font toujours rire. Un réflexe. Nul n’y échappe. Sauf, peut-être, certains grands alcooliques.

 Questions du Dr Lowenstein

« Parmi toutes les questions que soulève ce « sentant de solitude » et son amour des huîtres il y celle de l’accès aux traitements, commente le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. On soigne son cancer de la gorge mais qu’en est-il du traitement de son addiction à l’alcool ? ».

« Il y a aussi le « massacre » des comparutions immédiates avec « récidive », ajoute-t-il. Un véritable scoop que la récidive quand il est question d’addiction … Que ce soit pour le cannabis ou l’alcool, cette procédure est un facteur de jugement plus lourd, pas seulement plus rapide. »

« Il y a encore la formation des avocats et des magistrats sur les addictions. Ils jugent, défendent ou accusent sans connaitre ou si peu le versant médical et neurologique, biologique et psychologique de cette maladie..Ce n’est pas un reproche mais une incitation réaliste à promouvoir la formation  des « grandes robes ». Le Premier ministre nomme des magistrats à la tête de la Mildt ou MildCa, ce devrait être une voie privilégiée pour améliorer cette formation sur les addictions – 10%, 20% 30% des affaires ? Plus peut-être. Une voie privilégiée, aussi, pour huiler les articulations santé-justice sur ce sujet. »

Jospin, Cahuzac, Chirac

« Il y a enfin et surtout la question du déni. Sans doute existe-t-il de jolis travaux et de grands textes sur le « Déni ». Où sont-ils ? Nous connaissons tous, ou nous pensons tous comprendre :

. le « Déni pédiatrique » (l’enfant pris la main dans le pot de confiture qui crie : « ce n’est pas moi ! »).

. le « Déni politique » : Lionel Jospin et son « ça ne me ressemble pas » après l’injure gériatrique faite au président Jacques Chirac ; sans parler de la prestation proprement délirante de Jérôme Cahuzac à l’Assemblée nationale.

–  le « Déni de grossesse,  exemple vertigineux de la complexité des fonctionnements neuro-psychiatriques et neuro-hormonaux. Dans ce cas, on perçoit le dépassement du Sujet et on ne résume pas le cas à une « femme qui se ment ou ment à tous »

Dans ce contexte le « Déni dans l’addiction »  se résume pour le plus grand nombre à un mensonge qui s’ajouterait à la faute addictive… C’est là un  package obscurantiste et culpabilisateur. Il nous reste bien du travail pou comprendre avant que d’autres jugent.  Quels sont les dysfonctionnements identifiés pouvant expliquer cette forme d »autisme addictologique »  induit par une substance ? Quelle IRM fonctionnelle, quelle lecture neurologique et psychopathologique  pourrait nous orienter pour préciser ce qui se passe lors du fameux  » J’ai pas bu » de l’homme qui est dans un total état d’ébriété.

Délires

De nombreux écrits et travaux ce sont penchés sur le délire. Les psychanalystes y voient  une fabuleuse tentative cérébrale pour s’arranger avec ce qui se délite et menace. Les neurobiologistes y perçoivent  pour les psychanalystes, dysfonctionnement aigu des neuromédiateurs et de la neuro-excitabilité.

Existe-t-il des ponts entre le délire et le déni rencontré dans les addictions ? C’est une question essentielle. Qui nous aidera à y répondre ? »

A demain

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