Addictions: Marisol Touraine (2014) devrait s’inspirer de Michèle Barzach (1987)

Bonjour,

Evoquons aujourd’hui sur ce blog un anniversaire généralement ignoré. Celui du 13 mai et d’un décret sur fond de sida signé de Charles Pasqua et de Michèle Barzach. Vingt-sept ans jour pour jour, avec  la désagréable impression d’une régression paradoxale.  Une régression politique dans le champ de la santé publique : celle du moindre risque. Car la politique du moindre risque est devenue, par une étrange perversion,  la politique du principe (mal compris) de précaution.

« Légende noire »

 Le 13 mai 1987 Michèle Barzach signe un décret qui devait marquer durablement l’histoire de la santé publique en France. (Voir ce document ici). Un décret cosigné, après quelques escarmouches sans doute, mais bel et bien signé pour Jacques Chirac, Premier ministre par Philippe Séguin, ministre des Affaires sociales et de l’Emploi , Edouard Balladur, ministre de l’Economie, des Finances et de la Privatisation et Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur. Michèle Barzach est alors ministre déléguée auprès de Philippe Séguin. Elle est chargée de la Santé et de la Famille. C’est un décret qui parle de seringues désormais « à usage unique ». Il sera publié trois jour plus tard au JO.

Ce document  alimentera bien des rumeurs –  jusqu’à  une « légende noire », comme on peut le lire ici.  Près d’un demi-siècle plus tard nous avons contacté  Mme Barzach pour reparler de tout cela. Elle semble ne plus vouloir revenir sur ces événements. Pourquoi ? On ne le saura pas.

Héroïnomanes

En 1986, les autorités françaises commencent à prendre conscience des dégâts que pourrait causer  l’accélération de l’épidémie de sida, maladie alors toujours mortelle. Environ 1500 cas probables depuis  1981 mais 15 000   cas prévisibles à un horizon de cinq ans. Entre juin et septembre 1986, on recense en moyenne deux à trois nouveaux cas de sida par jour.  

Les quelques personnes qui s’intéressent au sujet ont compris que le partage des seringues usagées entre héroïnomanes est un important vecteur de contamination : 60%, voire plus, des héroïnomanes étaient  alors séropositifs. Des personnes qui, alors qu’elles étaient incarcérées avaient donné leur sang, situation incompréhensible qui a largement participé à la transmission du VIH par voie transfusionnelle comme on a longtemps ne pas voulu le savoir en haut lieu. Une histoire que réécrira à sa façon Aquilino Morelle moins de dix ans plus tard depuis son poste privilégié de l’Igas.

Trente ans plus tard

En 1986 la vente de seringues en pharmacie est  strictement réglementée, et ce depuis un décret de 1972, adopté en pleine flambée de consommation d’héroïne ; il s’agissait alors de « dissuader » les toxicomanes : monopole de la vente aux pharmacies et délivrance uniquement aux personnes majeures sur ordonnance (ou sans prescription à condition de noter scrupuleusement l’identité de l’acheteur). 

En mai 1987, Michèle Barzach, obtient, contre l’avis de son parti politique (RPR) la parution d’un décret autorisant (pour un an) la vente libre des seringues en pharmacie. Ce sera le début de la politique dite «de réduction des risques» vis-à-vis du VIH et des toxicomanes. Près de trente ans plus tard, cette politique (assez peu coûteuse) continue à faire la preuve de son efficacité de base. La dernière démonstration, spectaculaire  en est apportée par les derniers chiffres, publiés le 11 avril 2014, par  l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (voir ici notre chronique sur Slate.fr)

E-cig et salles de shoot

Vingt-sept ans plus tard la France ne parvient pas à concrétiser ce qui constituerait une suite logique à cette politique de réduction des risques dans le champ de la toxicomanie par voie injectable : l’autorisation (temporaire et expérimentale) de « salles de shoot » dans les villes qui se sont portées volontaires, toutes couleurs politiciennes confondues. La volonté exprimée par Marisol Touraine, ministre de la Santé depuis deux ans se heurte, pour différentes raisons, étouffée  par de nouvelles oppositions. Où est donc passé le pouvoir ministériel d’agir selon ses convictions au service de l’intérêt général ?

Mais il est aussi un autre front sanitaire qui permettrait au politique d’agir de manière exemplaire au nom de la santé publique et de la politique du moindre risque. Or le gouvernement (celui de Jean-Marc Ayrault hier, celui de Manuel Valls aujourd’hui)  prend  le risque de démontrer qu’il n’a en rien pris la mesure de la révolution que constitue la cigarette électronique. (« E-cig : cette révolution que le gouvernement ne comprend toujours pas (en dépit de l’engagement anti-tabac du Président) »). Le gouvernement c’est à dire la Santé et Bercy.

Responsabilités

Sans doute le contexte et la  temporalité ne sont-ils pas les mêmes. Un fumeur du tabac sur deux meurt prématurément des conséquences de sa consommation d’un produit licite et taxé. Soit 70 000 personnes par an. Des morts toujours à distance du début des  addictions adolescentes. C’est dire la  responsabilité majeure du politique. Une responsabilité-culpabilité dans la durée. Une responsabilité-culpabilité  à laquelle la cigarette électronique vient conférer une nouvelle dimension. Un quart de siècle plus tard c’est une nouvelle affaire en gestation. Et, pour les médias, un nouveau feuilleton.

A demain.

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