Marisol Touraine dit « Oui à la vapoteuse ! » (en réponse aux agaceries tabagiques et médiatiques de Nicolas Bedos)

Bonjour

Les puissants doivent-ils répondre aux clowns ? C’est la tendance d’une époque où tout fait spectacle. Au risque de l’insignifiance, du délitement de la puissance. Et puis il y a les exceptions.

Rire de sa drogue

Tout commence le 9 mai dans le magazine féminin Elle. Un humoriste fort du nom de son père s’adresse à Marisol Touraine. C’est un billet-poulet mal tourné intitulé « Chère ministre de ma santé ». Il y est question de la liberté du fumeur de fumer. On retrouvera ce texte signé Nicolas Bedos, 34 ans, sur Lemondedutabac.com (voir ici).

Où il est une nouvelle fois démontré que le drogué ne sait pas rire de sa drogue. Etre clown ne change rien à l’affaire. Extraits :

Biberonner

« (…) Je vous sais gré de vous émouvoir de l’état de mes poumons, mais je peux vous jurer qu’il faudra envoyer la Garde nationale et le GIGN pour m’empêcher de m’en griller une sur une plage au mois d’août ! C’est toute l’armée que j’attends pour m’obliger à l’écraser le long de la Promenade des Anglais ou d’un ruisseau du bois de Boulogne. (…) Fumer tue  ? On le sait. C’est écrit sur les paquets, c’est tatoué sur nos biberons et c’est prélevé dans nos poches. C’est parce que fumer tue que je n’impose pas mon vice aux narines innocentes, que je me les gèle en plein hiver à l’entrée des brasseries … C’est parce que fumer tue que j’essaie d’arrêter en testant chaque bidule que des escrocs nous dealent en toute légalité.(…) »

Moucheté

La ministre devait-elle répondre à l’humoriste ? Comment résister au buzz ? Marisol Touraine n’a guère tardé. Elle vient de le faire via une lettre publiée sur son blog, lettre datée du 12 mai. Un document amplifié via Twitter. « Non pas, selon son entourage, pour rétorquer à une interpellation personnelle qui n’avait rien de violent, mais dans le but d’éviter toute banalisation du sujet. » Passons sur les formules non violentes qui fleurent bon l’ironie de salon à fleuret moucheté. Et passons à l’acte d’accusation. Il est terrible et les intertitres sont de notre fait :

« Ma mission c’est de dire, de répéter, de rabâcher même, dès que l’occasion m’en est donnée, le constat que vous avez vous-même formulé : le tabac tue, light ou pas.

Il tue d’abord les plus vulnérables. Ses ravages sont plus dévastateurs chez les personnes sans emploi et parmi les milieux populaires. Un chômeur sur deux fume. Pas seulement sur une plage au mois d’août, ni le long de la Promenade des Anglais.

« Jean Gabin »

Le tabac tuera demain les jeunes d’aujourd’hui. A 17 ans, près d’un jeune sur trois fume au quotidien avec une dépendance qui s’aggrave année après année. Mais, comme le chantait Jean Gabin, à cet âge là, « on n’sait jamais le bruit, ni la couleur des choses ».

Malgré l’inscription sur les paquets de cigarettes, on ne sait pas qu’un fumeur sur deux mourra à cause du tabac. On ne sait pas non plus, à 17 ans, les souffrances que le cancer inflige. Des vies foutues en l’air, toujours trop tôt.

Fatalité ou pas ?

Le tabac tue plus en France qu’ailleurs. Voilà une autre exception française. Est-ce à dire que nous serions plus libres que l’ensemble de nos voisins européens ? Dans notre pays, une femme sur six fume pendant sa grossesse. Ce chiffre, ce n’est pas, me semble-t- il, la victoire de la liberté.

Au final, on ne fume pas tous autant. On fume de plus en plus jeune. On fume plus en France que dans d’autres pays. Voilà trois constats qui prouvent que le tabagisme n’est pas une fatalité.

Vive la vapoteuse !

Et puis, c’est vrai, les pratiques évoluent. Il y a le développement de la cigarette électronique notamment. Une chose est certaine : elle est moins nocive que la cigarette tout court et peut aider au sevrage. Je dis oui sans réserve à la vapoteuse, lorsqu’elle peut aider à en finir avec le tabac ! Mais pourquoi dans les lieux publics, alors que cela permettrait aujourd’hui la réhabilitation d’un geste qui n’a plus lieu d’être ?

C’est vrai, vous avez raison, les fumeurs, jeunes en particulier, ne nous écoutent pas. Pas suffisamment, de toute évidence. Et, à ce seul motif, vous voudriez que nous baissions les bras, que nous abandonnions, que nous nous taisions faute d’être entendus ?

Cioran

Vous vous faites aussi pessimiste que Cioran, cher Nicolas Bedos. Soyez rassuré : je n’enverrai ni le GIGN, ni la Garde nationale, ni l’armée tout entière pour vous traquer dans le bois de Boulogne. Mais je ne me tairai pas dans la guerre contre le tabac. Je ne cesserai jamais de rappeler, à vous et à tous les fumeurs, qu’à chaque bouffée inhalée, vous perdez de précieux moments d’une vie dont, chaque semaine, vous nous rappelez avec talent dans vos chroniques qu’elle vaut mille fois la peine d’être vécue. »

« Vapoteuse »

Quelle charmante chute (1). On retiendra pour l’avenir la délicieuse « Oui sans réserve à la vapoteuse ! ». Elle marque une évolution notable dans les déclarations ministérielle sur ce sujet. On appréciera également le futur du martial « Je ne me tairai pas dans la guerre contre le tabac ».

Parler pour parler ? Parler pour nous donner des résultats ? Tweets ou pas, nous serons tout ouïe.

A demain

(1) Interrogé par Lemonde.fr Nicolas Bedos dit avoir trouvé la démarche de la ministre « sympathique », et le ton « plutôt malicieux ». Mais on ne la lui fera pas. « Je serai toujours là, dans ma fonction de commentateur, pour m’insurger contre les initiatives liberticides. Quand les ministres deviennent des gendarmes, ils créent des voyous ou des fachos », annonce–t-il. Il a personnellement recours à la vapoteuse pour réduire sa consommation de tabac. Il assure, enfin, qu’il   «n’appartient à personne ». Qui en doutait ? A qui pourrait-il appartenir ? 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s