Cœur Carmat® : vivra-t-il après la mort ? Personne ne le sait. Pour l’instant.

Bonjour

La question dérange. Trop intemporelle, comme trop belle. C’est une question en forme d’hommage rendu à la technique humaine. A ce cœur dont a rêvé le Pr Alain Carpentier et que la société Carmat aimerait commercialiser au plus vite. A cette bio-prothèse, incarnation de bien des rêves. A commencer par celui de Carrel-Lindbergh et de leur pompe à perfusion de l’entre-deux guerres.

Battre après la mort ? Le Pr Carpentier ne sait pas y répondre. Il explique simplement que la mort du cœur n’est pas celle du cerveau – ce que  tous les neurologues savent. Il estime que tout cela mériteraint une réflexion approfondie (« Cœur Carmat® : « battra-t-il après la mort ? »).

Encombrante merveille

Le Pr Carpentier n’est pas le seul à ne pas savoir ce qu’il faudra faire, le moment venu, de cette encombrante merveille. Déprogrammer la pompe à distance, comme on peut le faire avec l’arrosage automatique d’un gazon domestique ou d’un champ de maïs ? La laisser poursuivre l’irrigation sanguine d’un corps dont l’âme est en partance vers l’au-delà ( si âme il y a) ? Réimplanter le bijou comme on transplante ces milliers de cœurs offerts à ses prochains ?

Personne ne semble (officiellement) se soucier de tout cela. Ni la puissance publique (Ansm) ni la société Carmat créée par le Pr Carpentier et Jean-Luc Lagardère, capitaine d’industrie. On se passionne pour les questions techniques et réglementaires au point d’en oublier l’essentiel, cette question pratique autant que symbolique.

« Destination therapy »

La question vient d’être posée à celui qui a pratiqué la première implantation du premier Carmat® : le Pr Christian Latrémouille (Hôpital européen-Georges Pompidou, Paris). C’était lors d’un entretien passionnant (Pauline Granger, Pierre Chirsen) que l’on retrouve sur le site http://www.indesciences.com/ (On peut lire et entendre ici).

« Indesciences : En cas de mort encéphalique, si le cœur artificiel implanté continue de fonctionner, quelle décision prendre et qui va le faire ?

Pr Latrémouille : Il n’y a pas de réponse pour l’instant. C’est le principe de la destination therapy. Une prothèse de type ECLS (extracorporeal live support) – deux canules implantées au niveau veineux et artériel au niveau fémoral, prenant en charge le débit comme une circulation extracorporelle – permet de maintenir en vie un patient deux ou trois semaines. On peut aller ensuite vers quelques chose de plus lourd avec ouverture du thorax et l’implantation d’une turbine axiale pour le ventricule gauche – shunt du ventricule gauche – qui a offert un maximum de huit ans d’espérance de vie. Globalement, ce mécanisme dure deux ans, avec risque d’hémolyse, de problème thrombo-embolique. En général, ils sont implantés en attendant le passage à la transplantation. Le passage de l’ECLS à la trombine gauche se nomme le bridge to bridge : d’un système d’attente à un autre système d’attente. Si on passe de l’une des ces méthodes à la transplantation : c’est le bridge to transplantation. On faisait cela parce qu’on n’avait rien d’autre à proposer,.

Psychiatres et psychologues

Maintenant il y a l’alternative de la destination therapy : on implante ces machines de façon définitive. Des chercheurs aux Etats-Unis ont déjà franchi le pas et comme ils ont vu que nous, en Europe, nous travaillions sur un cœur destiné à un protocole définitif, ils ont validé l’aspect définitif pour des traitements qui existent déjà pour tenter de nous devancer. Il y a quelques patients en destination therapy et cela posera des problèmes : la réflexion se fera au cas par cas. Nous avons une équipe de psychiatres et de psychologues qui réfléchit à ces problèmes. Par exemple, chez un patient qui envoie des micro-emboles dans son cerveau et le détruit ainsi, ses autres organes fonctionnent toujours. Que fait-ton ? Il existe une littérature sur ce point, des groupes réfléchissent à ces problématiques mais il n’y a pas d’attitude univoque.

Indesciences : Un comité éthique se penchera-t-il sur la question ?

Pr Latrémouille : Sûrement.

Indesciences :Un cœur Carmat peut-il être réutilisé ?

Pr Latrémouille :  Non, aucun device médical n’est normalement réutilisé. »

Le poids des mots

Aux frontières de la mort le poids des mots est généralement aussi lourd que peut l’être le choc des photos. Destination therapy, donc. L’heure est grave : il est urgent de forger l’équivalent en langue française. Qui s’en charge ?

A demain

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