Le psychiatre Jean Oury est mort en sa clinique de La Borde

Bonjour

Au-delà des frontières, au-delà de ses mille et une chapelles, la psychiatrie est en deuil. Le psychiatre et psychanalyste français Jean Oury chef de file de la « psychothérapie institutionnelle » est mort  dans la soirée du 15 mai. Le vent venait du nord. La mort est entrée dans sa clinique de La Borde, à Cour-Cheverny (Loir-et-Cher). La nouvelle a été donnée par son élève et ami Pierre Delion, professeur de pédopsychiatrie à Lille. Jean Oury  a succombé à un cancer du pancréas. Il venait d’entrer dans sa 90ème année. Il soignait et vivait à La Borde depuis soixante ans. Il y avait résisté à bien des difficultés. Le lieu était devenu un mythe. C’est pourquoi on avait dit de lui tout – et parfois n’importe quoi. Au nom de l’antipsychiatrie.

Hériter plus que fondateur

« Jean Oury n’était pas le fondateur, mais l’héritier de la psychothérapie institutionnelle, redira bientôt Elisabeth Roudinesco, gardienne des temples, dans Le Monde. Ce courant de la psychiatrie dont il était devenu l’incarnation la plus célèbre est fondé sur une approche globale de la folie reposant sur l’idée de causalité psychique de la maladie mentale en opposition aux thèses privilégiant des causes purement physico-chimiques. Il vise à réformer l’institution asilaire en privilégiant une relation dynamique entre soignants et patients dans des lieux de soins dits « ouverts » sur le monde extérieur. »  La porte ouverte à toutes les caricatures.

Aventure psychiatrique

L’historienne de la redécouverte de nos  profondeurs dira encore que le terme de « psychothérapie institutionnelle » avait été employé pour la première fois en 1952 par Georges Daumezon. « En France, cette approche, qui existait déjà ailleurs dans le monde, a pris son essor à partir de 1940, sous l’Occupation, à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban (Lozère) où se retrouvèrent pêle-mêle des résistants, des malades mentaux, des réfugiés et des intellectuels de passage comme Paul Eluard ou Georges Canguilhem. »

Une époque en noir et blanc. Pourquoi là ? Pourquoi à cette date ? Le début d’une aventure psychiatrique, culturelle, en langue française. Une aventure qui ne sera pas numérisée et qu’il faut s’évertuer à raconter.

Lacan, pendant vingt ans 

Restent les faits : Jean Oury commence sa carrière médicale en 1947 comme interne en psychiatrie à l’hôpital de Saint-Alban. A La Borde, il travaille notamment avec Félix Guattari, mort en 1992. Membre de l’Ecole freudienne de Paris jusqu’à sa dissolution en 1980, Jean Oury était été analysé par Jacques Lacan pendant vingt ans. Son frère, Fernand Oury, mort en 1997, est le créateur du mouvement de la pédagogie institutionnelle.

Merci

Félix Guattari est mort en 1992. Nous l’avions accompagné plusieurs fois à La Borde. Allergique à l’administration, l’établissement  allait fermer  ; on avait fait appel au Monde pour mobiliser sur le sujet. Puis nous étions retournés à Cour-Cheverny pour réécouter Jean Oury. Un enchantement. Et quelques points remis sur bien des i. Aux frontières de la Sologne La Borde est toujours ouverte. Sur la folie. Pour tenter de la comprendre. Pour essayer de soigner ceux qui en souffrent comme ceux qui la créent.

Aujourd’hui encore le vent vient du nord. Nous sommes nombreux à dire merci au Dr Jean Oury.

A demain

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