Suspense sur la fessée: la France va-t-elle la condamner dans le marbre de sa loi ?

Bonjour

Plus de PMA, encore moins de GPA. On aurait pu penser que  l’examen de la proposition de loi sur l’autorité parentale et l’intérêt de l’enfant ne déclencherait pas la polémique. C’était compter sans les allergies dont sont aujourd’hui victimes les politiques quand il s’agit de réformer la société. A commencer par cet espace qu’est la famille – espace d’autant plus intouchable qu’il est souvent « recomposé ».

Gifle et/ou fessée

19 mai 2014. Ciel parisien orageux et ouverture de l’examen de cette proposition. Avec le coup de théâtre que l’on n’attendait pas. Il est l’œuvre du député  Sergio Coronado, qui a déposé un amendement au nom du groupe EELV. Un amendement « anti-fessée ». Un amendement à un texte qui dispose que « les titulaires de l’autorité parentale ne peuvent user de châtiments corporels ou de violences physiques à l’égard de l’enfant ». Car si la législation française punit les violences contre les enfants en pratique seuls les actes graves et répétés sont généralement réprimés. La violence caractérisée, la maltraitance établie. Pas les gifles ni les fessées.

Deux arguments sont avancés pour graver explicitement  dans le marbre de la loi la condamnation du parent qui gifle et/ou qui fesse. Le premier est que ces gestes n’auraient aucune valeur éducative et pourraient même avoir des effets transmissibles (reproduction sans fin du cycle de la violence à travers les générations) l’usage de la violence aux enfants. Le second est que la France serait menacée de sanction par le Conseil de l’Europe pour ne pas avoir aboli les châtiments corporels – à la différence d’une trentaine de pays dans le monde.

« Intrusion dans les foyers »

L’argumentaire des Verts se fonde sur des études réalisées outre-Atlantique établissant des liens entre le fait d’avoir subi des châtiments corporels et une plus grande agressivité ultérieure voire une dégradation du lien parents-enfants. « Il faut cesser de confondre violence physique et éducation se justifie le député Coronado. La violence n’est jamais obligatoire pour assurer l’autorité parentale. » Selon cette thèse, ne pas frapper n’empêche pas de dire non. D’ailleurs tous les enfants en fournissent fréquemment la démonstration.

« Mais cette intrusion dans les foyers, même sous la forme d’une injonction symbolique (l’application effective de la mesure soulèverait d’importantes difficultés) serait très impopulaire, observe Le Monde. Selon les derniers sondages, 80 % des Français y seraient hostiles. En outre, certains y voient une suspicion injuste jetée sur les adultes et une atteinte à la légitimité du pouvoir parental, déjà mise à mal. Le sujet divise dans tous les camps politiques. » (1).

Par la fenêtre

Tous les gouvernements ont toujours reculé devant l’obstacle. La proposition de loi déposée en 2009 par la pédiatre Edwige Antier, alors députée UMP, n’avait jamais été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée. La fessée revient cinq ans plus tard par la fenêtre des amendements et la volonté des Verts.

Sans vouloir peser sur les débats du Parlement,  versons au dossier les résultats de chercheurs américains et canadiens qui ont voulu en savoir plus sur ce sujet. Non pas sur la légitimité de ces châtiments, mais sur leur efficacité pour ce qui est des changements ultérieurs de comportement. Les premiers viennent de présenter leurs conclusions dans le Journal of Family Psychology , revue de l’American Psychological Association On trouvera ici un résumé de leur travail.

Inefficacité radicale

Ces chercheurs de l’Université Southern Methodist  de Dallas ont mené leur enquête auprès de trente-trois familles. Les mères y étaient âgées en moyenne de 34 ans et les enfants âgés de 2 à 5 ans. Ces chercheurs ont pris garde de ne pas se limiter aux seules déclarations des parents : ils ont surveillé le recours aux châtiments corporels au moyen d’enregistrements radiophoniques réalisés au domicile de ces  familles. Ces chercheurs ont évalué tous les incidents sur la base de recommandations de bonnes pratiques postulant que dans certains cas des formes de punitions corporelles pourraient être justifiées.

Après analyses de leurs documents,  les chercheurs texans ont conclu que le recours à ces punitions était effectif chez 50% des familles suivies. Ils concluent aussi que ce type de châtiment est effectué  (dans 50% des cas) en dehors de fautes graves et souvent sous le coup de la colère. Mais un autre élément important est également mis en évidence : trois fois sur quatre  l’enfant recommence, dans les dix minutes qui suivent, à adopter le comportement qui avait conduit à la fessée. Comment mieux dire que ce châtiment n’atteint l’objectif qu’il se propose officiellement d’atteindre ?

Troubles et vertus

Une large étude menée par des chercheurs canadiens publiée en 2012 dans la revue Pediatrics (voir ici)avait confirmé le lien entre  les châtiments corporels dans l’enfance (en dehors des cas de maltraitance caractérisée) et l’apparition ultérieures de troubles de la personnalité.

Certains psychologues spécialistes estiment toutefois que la fessée peut avoir dans certains cas, quelques vertus pédagogiques – notamment  si l’enfant la perçoit comme étant motivée pour son bien. Utilisée de manière appropriée elle pourrait  éradiquer des comportements déviants ultérieurs. A chacun de trancher.

A demain

(1) Dernière minute ! Le gouvernement a tremblé. L’écologiste François-Michel Lambert, qui avait déposé l’amendement interdisant les punitions corporelles à la proposition de loi sur la famille, l’a retiré dans la soirée du  19 mai. Il dit avoir eu l’engagement du gouvernement de « reprendre la discussion lors d’une prochaine proposition de loi ». Il n’a pas précisé quand. Ni comment. A suivre.

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