Coronavirus MERS : le dromadaire ne doit pas devenir le bouc émissaire

Bonjour

Près de 200 morts, la majorité en Arabie Saoudite. Des menaces grandissantes d’extension géographique de l’infection. Une mise en garde faite aux pèlerins de La Mecque. Avec deux questions lancinantes, inédites dans l’histoire de la lutte contre les épidémies, concernant les camélidés (1).

Faut-il accuser le dromadaire ? Et si oui quelles conséquences pratique faudra-t-il en tirer ? Des mises en quarantaine ? Pire ? L’installation au Moyen-Orient et sur un mode endémique du coronavirus à l’origine du MERS (MERS-CoV) soulève ces deux questions inédites, hautement embarrassantes pour les autorités sanitaires. L’affaire s’enrichit aujourd’hui de nouvelles données.

Mises au point

Deux publications scientifiques, virologiques et vétérinaires. Une mise en garde de l’Organisation Mondiale de la Santé animale (OIE). Cette puissante institution dirigée par le Dr Bernard Vallat (et qui tient sa 82ème  session générale à Paris du 25 au 30 mai) vient de faire une mise au point actualisée sur ce sujet.

Il faut donc désormais compter avec une étude internationale publiée sous l’égide des CDC américains  dans Emerging Infectious Diseases (voir ici). Dirigée par  Chantal B.E.M. Reusken  et Marion P.G. Koopmans (Netherlands Centre for Infectious Disease Control, Bilthoven ;  Erasmus Medical Center, Rotterdam) elle a réuni des chercheurs de plusieurs pays africains (Tunisie, Ethiopie et Nigéria). Après analyses virologiques rétrospectives effectuées sur des échantillons sérologiques de dromadaires les auteurs établissent que le MERS-CoV circulait dans les populations africaines de camélidés avant 2012 et son émergence chez l’homme en Arabie saoudite.

Anticorps

La séropositivité au MERS-CoV (présence d’anticorps)  est ainsi retrouvée chez  plus de 90% des dromadaires au Nigeria et en Éthiopie. Des taux très élevés sont aussi retrouvé chez les animaux d’âges différents au Kenya, en Jordanie, au Soudan ou au Qatar. C’est un peu moins vrai en Tunisie.

Il faut aussi compter avec un autre travail publié dans Emerging Infectious Diseases (voir ici). Il est l’œuvre d’un groupe de chercheurs allemands (University of Bonn Medical Centre) travaillant avec des chercheurs kenyans, suédois ainsi que des membres de Vétérinaires Sans Frontières. Ces auteurs établissent que le MERS-CoV était déjà présent chez des  dromadaires dans différentes régions du Kenya à partir de 1992.

Réservoir animal

Ces nouveaux éléments imposent de repenser la problématique épidémiologique. Animal porteur sain le dromadaire est-il depuis longtemps le réservoir animal du MERS-CoV ? Si oui s’agit-il ici d’une maladie infectieuse qui prévaut depuis longtemps chez l’homme mais dont on commence seulement à prendre conscience de l’existence ? Comment comprendre cette nouvelle cartographie animale africaine spatio-temporelle de la sérologie du MERS-CoV ?

Il faut ici également compter avec la dimension culturelle de la présence du dromadaire dans les populations africaines(lire ici le texte de Slate.com qui vient d’être publié sur Slate.fr : « Le coronavirus MERS est mortel et il va être difficile a arrêter »).

Avril 2012

C’est dans ce contexte que se situe  la position défendue dans ce domaine par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) – position  dont on peut prendre connaissance ici. Elle tranche quelque peu avec une vision humano-centrée défendue par les institutions médicales.

«  Le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) est une infection des voies respiratoires touchant l’homme, rappelle l’OIE. Aucun cas humain de MERS-CoV n’avait été observé avant avril 2012. La plupart des cas humains rapportés résultent d’une transmission d’homme à homme, sans pour autant que la maladie ne se propage facilement d’une personne à une autre. Dans certains cas, l’origine des infections humaines reste inexpliquée.»

Le MERS-CoV et des anticorps dirigés contre le virus ont également été décelés chez des camélidés. À ce jour, le MERS-CoV a été isolé exclusivement chez des camélidés et chez l’homme. Bien que les études récentes tendent à indiquer que les camélidés peuvent être source de certaines infections humaines, la relation exacte entre les infections par le MERS-CoV chez l’homme et chez les animaux n’a pas été élucidée. Pour l’OIE des investigations complémentaires sont nécessaires.

Animal coupable

Les animaux sont-ils responsables des cas d’infection humaine ? C’est possible sans que la relation de causalité soit établie. Rien n’est clair. Pour l’OIE plusieurs voies potentielles de transmission sont possibles à l’intérieur des espèces et d’une espèce à l’autre. La plupart des cas humains rapportés résultent d’une transmission d’homme à homme. Pour l’heure trois modes de contamination ont été recensés par l’OMS :

  • les infections extra-hospitalières (les sources d’exposition demeurant inconnues pourraient inclure des contacts directs ou indirects avec des animaux, notamment des camélidés, ou encore un réservoir environnemental)
  • les infections nosocomiales
  • les infections acquises par contacts humains rapprochés (personnes d’un même foyer).

Des informations complémentaires concernant les répercussions sur la santé publique sont accessibles sur le site internet de l’OMS
Camélidés infectés au Qatar

Entre novembre 2013 et mai 2014, le Qatar a signalé à l’OIE que le MERS-CoV avait été identifié chez quatre  camélidés. D’autres études publiées ont indiqué que le MERS-CoV et du matériel génétique correspondant au MERS-CoV avaient été identifiés chez des camélidés dans des pays du Moyen-Orient et du nord-est de l’Afrique ; des publications indiquent également que des anticorps dirigés contre le MERS-CoV ou un virus très similaire ont été décelés dans des prélèvements provenant de camélidés au Moyen-Orient et en Afrique. Les études ont indiqué que des souches similaires de MERS-CoV avaient été identifiées dans des prélèvements effectués sur des camélidés et des personnes de la même localité et que, dans certains cas, il y avait une relation entre les infections humaines et les infections animales.

« Bien que certaines infections des camélidés par le MERS-CoV aient été associées à des symptômes respiratoires mineurs chez les animaux, les observations faites à ce jour n’ont pas révélé de tableau clinique significatif chez les camélidés » souligne l’OIE.

Chauves-souris

Les spécialistes vétérinaires ajoutent qu’un virus apparenté au MERS-CoV a été détecté chez des espèces de chauves-souris (un fragment de matériel génétique viral correspondant au MERS-CoV a été mis en évidence sur une chauve-souris en Arabie saoudite). Pour autant  les données actuelles ne prouvent pas de lien direct entre ces espèces et le MERS-CoV chez l’homme. Comme pour le dromadaire ou d’autres espèces animales des recherches complémentaires seront nécessaires pour établir ou réfuter un lien direct.  Pour l’heure la recherche d’anticorps dirigés contre le MERS-CoV s’est révélée négative chez  les ovins, les caprins, les vaches, les buffles domestiques et les oiseaux sauvages.

Demeure, à la veille des pèlerinages de La Mecque, le mystère dromadaire.

A demain

(1) Des confusions sont faites, ici ou là, entre chameau et dromadaire. Les deux appartiennent à la même « famille ». On les considère parfois plus comme deux variétés régionales plutôt que comme deux espèces. Le dromadaire est un habitant des déserts chauds (Sahara, péninsule arabique…) quand le chameau se retrouve plus en zone froide comme la Mongolie.

Le dromadaire (Camelus dromedarius) est également appelé chameau d’Arabie. L’animal nommé couramment « chameau » (Camelus bactrianus et Camelus ferus) présente deux bosses, alors que le dromadaire n’en possède qu’une seule apparente. Le terme dromadaire est tiré du grec dromas (coureur). Taille : jusqu’à 250 cm au garrot. Poids : entre 400 et 1100 kg. Espérance de vie moyenne de 25 ans.

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