Affaire de l’émir de l’AP-HP : Martin Hirsch écrit « assumer » avoir dit qu’il « assumait »

Bonjour

Ambroise-Paré/Hospitalisation d’un émir : s’approche-t-on de l’armistice ? Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP le souhaite. Il le laisse du moins entendre dans un courrier qui fait suite à celui du Pr Loïc Capron, président de la CME dont nous avons fait état (« L’affaire tourne au bras de fer enter le directeur général et le corps médical »). Le Pr Capron expliquait  que la position de la communauté médicale de l’AP-HP n’était pas celle dont M. Hirsch avait fait état dans la presse.

Sortie des clous républicains

« Personnellement, j’ai toujours été opposé à ce que l’on réserve [aux riches patients étrangers] des conditions particulières de soins et d’hébergement soulignait le Pr Capron. Cela va à l’encontre de ma conception du service public hospitalier. Même si ça nous rapporte de l’argent, un riche émir qui se réserve une salle entière de l’hôpital Ambroise-Paré sort totalement des clous qu’il me semble raisonnable d’imposer à la médecine hospitalière républicaine. »

Des formules d’une particulière fermeté. A la hauteur des enjeux et de la symbolique véhiculée par cette affaire.

Solidarité de principe

« Vous avez été destinataires d’un mail du président de la CME, que celui-ci m’a communiqué, au sujet du patient hospitalisé à Ambroise Paré dans des conditions particulières, écrit aujourd’hui Martin Hirsch. Je précise qu’il ne s’agit pas d’une demande que l’administration aurait formulée ou initiée, mais du souhait d’une équipe médicale que l’Administration de l’hôpital a accompagné. »

Il ajoute : « Je n’ai pas pour principe de me désolidariser de décisions prises au niveau d’une équipe hospitalière appliquant les règles qui ont été énoncées par l’Institution, d’où le terme « assumer » que j’assume. »

Et il conclut : « Cet épisode, y compris les débats qu’il a suscités, aura probablement servi à démontrer notre attachement aux valeurs de service public, à son excellence, à sa réputation et à sa capacité à s’adapter à des situations parfois particulières, sans perdre le sens de l’intérêt général. »

Prise en charge VIP

Il s’agit donc d’un épisode plus qu’une affaire ; et de débats plus qu’une controverse. A ces débats il faut verser les propos de  Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé. Le 20 mai lors de son discours inaugural des Salons de la santé et de l’autonomie elle vu dans cette prise en charge VIP à Ambroise-Paré « un hommage formidable à la qualité du système hospitalier français. « Je veux dire que dès lors que l’accès de tous est garanti à notre système de soins, nous ne devons pas reculer devant cette réalité ».

Dans un entretien accordé au Point (du 22 mai, voir ici) on lui pose la question suivante : « Laurent Fabius estime que notre savoir-faire médical pourrait générer un « tourisme médical » des super riches de la planète venus des pays émergents. Partagez-vous cette ambition pour notre balance commerciale ? »

Caprices de star

Mme Touraine : « Il se trouve que le savoir-faire de nos professionnels de santé est reconnu partout dans le monde. J’en suis fière. Lorsque ces riches patients viennent se faire soigner dans nos hôpitaux, ils paient plus cher que le tarif de la Sécurité sociale. C’est donc un gain financier net pour nos établissements. Dès lors que cela n’affecte pas la prise en charge de tous les patients, pourquoi ne pas favoriser le rayonnement de l’excellence française ? Mais il n’est évidemment pas envisageable que la collectivité finance des caprices de star ou des demandes extravagantes de la part de ces patients. »

Discriminations

Caprices de star ? Demandes extravagantes de la part de patients ? Il faut aussi verser aux débats la lecture du Pr Bernard Granger (hôpital Cochin) l’un des animateurs du « Mouvement de défense de l’hôpital public » :

« Nos points de vue sont loin d’être unanimes, sont-ils pour autant irréconciliables ? Notre déontologie nous fait le devoir de soigner tout patient, sans la moindre discrimination. Le cas de l’émir d’Ambroise Paré est hors norme, d’une légalité douteuse, excessif, choquant : huit ou neuf lits (selon les sources, le nombre n’est pas le même) pour un seul malade, des travaux et des aménagements express, des réservations de places de parking, une administration qui accepte tout et se comporte avec servilité, etc. »

Communication verbeuse

«  On se demande quels sont les textes établissant un tarif pour des personnes bien portantes occupant une chambre d’hôpital et ne recevant aucun soin, quel a été le montant exact de la facture (le chiffre de 270 000 € a circulé, mais l’AP-HP dit que la somme a été inférieure à 200 000 €). Comment, si cette aile devait être fermée une semaine entière, a-t-on pu trouver le personnel pour qu’elle reste ouverte dans des conditions exceptionnelles pour un seul malade et sa suite ? (…) Enfin, comment ne pas déplorer une fois de plus la communication verbeuse et intempestive de la direction générale, qui a ranimé dimanche dernier des braises en train de s’éteindre ? »

Et encore :

« On ne voit pas pourquoi il faudrait refuser d’accueillir les patients étrangers attirés par la qualité et la renommée des équipes soignantes et des médecins français. Ne convient-il pas de le faire, non dans des conditions de soins et d’hébergement spécifiques et dérogatoires, mais dans des conditions décentes et confortables, comme cela devrait être le cas pour tout patient dans l’idéal ?

Nous n’avons pas encore réussi à définir précisément les règles à suivre pour l’accueil de ces malades. L’expérience « Globmed » [du nom d’une entreprise libanaise avec laquelle un contrat avait été passé avec l’ancienne directrice générale de l’AP-HP] est un four. L’argument des recettes potentielles est à prendre en considération, mais tout n’est pas bon pour « râcler du fric ». La tarification pour les patients étrangers n’est pas adaptée. Les tarifs demandés pourraient être établis en fonction de la nature des actes mais aussi en tenant compte des prix pratiqués dans les autres pays développés, et non selon des tarifs fixés arbitrairement par l’ARS et variant considérablement d’un établissement à l’autre. Enfin, avant de rêver à des profits mirifiques, des efforts restent nécessaires pour que les dettes très élevées de plusieurs pays étrangers soient honorées. »

« Touristes »

L’épisode suivant de cette affaire est connu : l’annonce des conclusions du rapport de l’économiste Jean de Kervasdoué. L’ancien directeur général des hôpitaux a été missionné par le ministère de la Santé et celui des Affaires étrangères sur l’intérêt du « tourisme médical » pour la collectivité nationale. « Tourisme médical » ? Peut-être serait-il judicieux de changer de formule. Judicieux et urgent.

A demain

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